Le russe emploie deux mots là où le français n’en a qu’un. Кто-то désigne une personne réelle que vous ne savez pas nommer ; кто-нибудь n’en désigne aucune en particulier.
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Mettez le son et répétez à voix haute ce que vous entendez : les cinquante leçons se déroulent toutes de cette façon. Cette page vous explique la règle ; l'enregistrement vous fait parler.
Le russe fabrique ses indéfinis avec une grande économie de moyens. Il reprend un mot interrogatif — кто kto « qui », что tchto « quoi », какой kakóï « quel », где gdie « où » — et lui accole une marque. La base garde son sens et sa déclinaison ; la marque ne bouge jamais.
Quatre marques se partagent le travail, et elles ne sont pas interchangeables. Toute la difficulté vient de là : le français les traduit toutes par « quelqu’un » ou « quelque chose ».
| Marque | Ce qu’elle dit | Exemple |
|---|---|---|
| -то | l’être existe, le locuteur ignore lequel | кто-то któ-to — quelqu’un, je ne sais pas qui |
| -нибудь | aucun être en particulier n’est visé | кто-нибудь któ-niboud’ — quelqu’un, n’importe qui |
| кое- | le locuteur sait, mais ne dit pas | кое-кто koie-któ — quelqu’un, et je sais qui |
| -либо | comme -нибудь, registre écrit | кто-либо któ-libo — quiconque |
Toutes ces formes s’écrivent avec un trait d’union — la seule entorse viendra de la série кое-, qu’une préposition peut couper — et le procédé vaut pour la série entière des interrogatifs.
Une remarque sur l’accent. Dans toute la série -нибудь, l’accent principal reste sur le mot interrogatif, exactement comme avec -то : кто-нибудь któ-niboud’, где-нибудь gdié-niboud’, какой-нибудь kakóï-niboud’, когда-нибудь kogdá-niboud’. La finale -нибудь ne porte qu’un accent secondaire, que nous ne notons pas. Le préfixe кое- fait l’inverse : c’est le second élément qui reçoit l’accent, кое-кто koie-któ, кое-что koie-tchtó. Sur la notation de l’accent, voyez l’accent tonique.
C’est le point à travailler en priorité, et le seul que le français ne prépare en rien. La question à se poser n’est pas « est-ce défini ou indéfini ? » mais « existe-t-il un être précis derrière ce mot ? » Avec -то, la réponse est oui : l’être existe, seule son identité échappe au locuteur. Avec -нибудь, elle est non : l’être reste quelconque, encore à trouver, peut-être inexistant.
Cinq situations réclament presque toujours la série non référentielle. Elles se reconnaissent vite et rendent de grands services au débutant.
| Contexte | Exemple |
|---|---|
| Question | Ты что-нибудь ел? Ty tchtó-niboud’ iel ? — As-tu mangé quelque chose ? |
| Ordre, demande | Дайте мне что-нибудь попить. Dáïtie mnie tchtó-niboud’ popít’. — Donnez-moi quelque chose à boire. |
| Futur | Завтра я куплю тебе что-нибудь. Závtra ia kouplioú tiebié tchtó-niboud’. — Demain je t’achèterai quelque chose. |
| Condition | Если кто-нибудь придёт, позвони мне. Iésli któ-niboud’ pridiót, pozvoní mnie. — Si quelqu’un vient, appelle-moi. |
| Action répétée | Он всегда что-нибудь забывает. On vsiegdá tchtó-niboud’ zabyváiet. — Il oublie toujours quelque chose. |
La logique est la même dans les cinq lignes : aucune n’affirme l’existence de quoi que ce soit. Le rapprochement avec les deux futurs et avec l’impératif n’est pas fortuit, car le choix de la série relève de la même façon de penser que le choix de l’aspect, qui interroge lui aussi le réel plutôt que la forme.
Beaucoup de manuels résument la règle en « passé, donc -то ; futur, donc -нибудь ». Le raccourci dépanne, mais il est faux : le critère reste l’existence d’un être précis.
Les deux dernières phrases sont correctes et ne disent pas la même chose : la première suppose qu’une parole a été prononcée et en demande le contenu, la seconde demande si l’on a parlé du tout.
Un indéfini se décline comme le mot interrogatif dont il est tiré, et la désinence apparaît avant la marque, jamais après. La règle est mécanique et ne souffre aucune exception dans les trois séries en -то, -нибудь et -либо.
| Cas | Personnes | Choses |
|---|---|---|
| Nominatif | кто-то któ-to | что-то tchtó-to |
| Génitif | кого-то kogó-to | чего-то tchegó-to |
| Datif | кому-то komoú-to | чему-то tchemoú-to |
| Accusatif | кого-то kogó-to | что-то tchtó-to |
| Instrumental | кем-то kiém-to | чем-то tchém-to |
| Prépositionnel | о ком-то o kóm-to | о чём-то o tchóm-to |
Remplacez -то par -нибудь ou -либо et le tableau reste valable : кому-нибудь, чем-нибудь, о ком-либо. Notez que кто-то se comporte en animé, dont l’accusatif emprunte la forme du génitif, tandis que что-то garde celle du nominatif — voyez animé et inanimé et les six cas.
La préposition se place devant le groupe entier, jamais entre la base et la marque, et cela vaut pour toutes, y compris celles de l’instrumental et du prépositionnel.
Deux d’entre eux ne se comportent pas comme des pronoms, mais comme des adjectifs : ils s’accordent en genre, en nombre et en cas avec le nom, selon la déclinaison de l’adjectif. Какой-то porte sur la qualité, чей-то sur l’appartenance, comme les formes étudiées à la page les possessifs.
Le préfixe кое- ajoute une nuance que le français doit rendre par une périphrase : l’être désigné est parfaitement connu du locuteur, qui choisit de le taire. Il appartient à la conversation familière bien davantage qu’à l’écrit.
La préposition casse le mot en trois. Devant un pronom en кое-, une préposition simple vient se glisser entre le préfixe et le pronom, et les traits d’union disparaissent. Le procédé n’est pas propre à cette série : les pronoms négatifs le connaissent aussi, et donnent ни с кем, ни у кого, не с кем, traités à la page personne, rien, nulle part. Le pronom réciproque друг друга se coupe de la même manière et donne друг с другом, друг о друге — voyez себя et друг друга. Hors de ces trois familles, le russe ignore ce découpage.
On écrit кое с кем en trois mots ; « кое-с-кем » et « с кое-кем » sont fautifs.
Un cas à part. Кое-как koie-kák a quitté le sens indéfini : il signifie « tant bien que mal, à la va-vite » et fonctionne comme un adverbe de manière ordinaire : Он сделал работу кое-как On sdiélal rabótou koie-kák, « il a bâclé son travail ».
Un dernier groupe se forme non par une marque finale, mais par le préfixe не-, toujours accentué. Ces mots se rencontrent surtout à l’écrit.
| Forme | Sens | Particularité |
|---|---|---|
| некто niékto | un certain, un individu | nominatif seulement |
| нечто niétchto | quelque chose | nominatif et accusatif seulement |
| некий niékiï | un certain | se décline : некоего, неким |
| некоторый niékotoryï | certain, quelque | adjectif, surtout au pluriel |
| несколько niéskol’ko | quelques, plusieurs | suivi du génitif pluriel |
Некто et нечто sont défectifs : privés de formes obliques, ils obligent à changer de tournure là où le français dirait « il a parlé à un certain Ivanov ». Quant à несколько, il commande le génitif pluriel comme tout mot de quantité — voyez le cas génitif.
Ne confondez pas deux séries en не-. Le russe possède aussi некого niékogo et нечего niétchego, qui expriment l’absence : Мне нечего делать, « je n’ai rien à faire ». À côté d’eux, la série en ни- — никто niktó, ничто nitchtó — porte l’accent sur la finale et non sur le préfixe. Ces deux familles sont traitées à la page personne, rien, nulle part. Retenez ceci : sous la négation, l’indéfini qui complète le verbe nié cède la place à la série en ни-. On ne dit pas « я не видел кого-то » mais Я никого не видел Ia nikogó nie vídiel. La règle s’arrête là : un adverbe qui porte sur la cause ou sur le but échappe à la portée de la négation et garde sa marque, Он почему-то не отвечает On potchemoú-to nie otvietcháiet, « pour une raison ou une autre, il ne répond pas ».
Le même mécanisme s’applique aux adverbes interrogatifs et produit une série parallèle, avec la même opposition.
| Base | Avec -то | Avec -нибудь |
|---|---|---|
| где où | где-то gdié-to — quelque part | где-нибудь gdié-niboud’ — quelque part, n’importe où |
| куда vers où | куда-то koudá-to — quelque part (mouvement) | куда-нибудь koudá-niboud’ — n’importe où (mouvement) |
| откуда d’où | откуда-то otkoúda-to — de quelque part | откуда-нибудь otkoúda-niboud’ — de n’importe où |
| когда quand | когда-то kogdá-to — autrefois, jadis | когда-нибудь kogdá-niboud’ — un jour ; dans une question, « déjà », « jamais » au sens de « une fois » |
| как comment | как-то kák-to — d’une certaine façon ; un jour | как-нибудь kák-niboud’ — d’une façon ou d’une autre |
| почему pourquoi | почему-то potchemoú-to — pour une raison inconnue | très rare |
Deux emplois déroutent. Dans la langue parlée, где-то sert d’approximatif devant un nombre : где-то в пять часов gdié-to v piat’ tchassóv, « vers cinq heures » ; c’est familier et n’a pas sa place à l’écrit. Et как-то vaut « un jour » quand il ouvre un récit : Как-то раз мы поехали в деревню Kák-to raz my poiékhali v dieriévniou.
La morphologie de cette page est simple : quelques marques, aucune irrégularité, une déclinaison déjà connue. La difficulté est ailleurs. Un francophone dispose d’un seul « quelqu’un » et doit choisir entre quatre formes russes selon une distinction que sa langue maternelle ne l’a jamais entraîné à percevoir. La règle se comprend en cinq minutes ; le réflexe demande beaucoup plus.
Trois erreurs reviennent constamment : -то dans une question, un indéfini complément d’un verbe nié, et la préposition laissée devant la série кое-. Pour situer ces pronoms parmi les autres, voyez les pronoms personnels, les démonstratifs et le possessif réfléchi ; le plan du dossier se trouve à la page la grammaire complète.
Ce choix ne se fait pas par le raisonnement. Dans une phrase qui avance, personne n’a le temps de se demander si un être précis est visé : le tri se fait à l’oreille, après avoir entendu кто-нибудь cent fois dans des questions et кто-то cent fois dans des récits. C’est le travail de notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Кто-то désigne une personne réelle dont le locuteur ignore l’identité : Кто-то звонил, quelqu’un a appelé. Кто-нибудь n’en désigne aucune en particulier : Спроси кого-нибудь, demande à quelqu’un, n’importe qui. La question à se poser n’est pas celle du temps du verbe, mais celle-ci : un être précis se tient-il derrière ce mot ?
Presque toujours dans une question, dans un ordre, au futur ouvert, après если, et pour une action qui se répète. Ces cinq contextes couvrent l’essentiel des emplois, mais ce sont des indices, non la règle : le critère reste l’existence d’un être précis.
Comme le mot interrogatif dont ils sont tirés, la désinence apparaissant avant la marque : кто-то, кого-то, кому-то, кем-то, о ком-то. La marque -то, -нибудь ou -либо ne change jamais. Какой-то et чей-то font exception en ce qu’ils s’accordent comme des adjectifs.
Parce qu’une préposition simple se place entre le préfixe кое- et le pronom, et que les traits d’union disparaissent alors : кое с кем, кое у кого, кое о чём. Les formes « кое-с-кем » et « с кое-кем » sont fautives. Les pronoms négatifs se coupent de la même façon (ни с кем, не с кем), ainsi que le réciproque друг друга (друг с другом) ; hors de ces trois séries, le russe ne connaît pas ce découpage.
Non. Le complément d’un verbe nié passe à la série en ни- : Я никого не видел. La particule не reste obligatoire devant le verbe, car le mot en ни- ne porte pas seul la négation, alors que le français refuse d’ajouter « pas » à « personne ». La règle vaut pour le complément, non pour un adverbe de cause : Он почему-то не отвечает est correct.
Rarement dans la conversation. Ils appartiennent à l’écrit et au registre soutenu, et ils sont défectifs : некто n’a qu’un nominatif, нечто un nominatif et un accusatif. À l’oral, on leur préfère какой-то человек et что-то.
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