Le darija sait dire « il a été écrit », mais il le dit rarement. Pour rendre un passif français, il repart presque toujours à l’actif — et le procédé qu’il emploie n’a pas d’équivalent en français.
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Mettez le son et répétez à voix haute ce que vous entendez : les soixante-quinze leçons se déroulent toutes de cette façon. Cette page vous explique la règle ; l’enregistrement vous fait parler.
Le français aime le passif. Il en met partout : dans les journaux, dans les courriers administratifs, dans la conversation ordinaire dès qu’on ne veut pas nommer celui qui agit. « La voiture a été volée », « le dossier a été transmis », « cela ne se fait pas ». Un francophone qui apprend le darija cherche donc, très vite, comment fabriquer ces phrases.
La réponse est doublement décevante. Oui, la forme existe : un préfixe n- collé à la racine donne nktab, il a été écrit, et nsreq, il a été volé — c’est la page des formes dérivées qui décrit cette fabrication. Et non, ce n’est presque jamais par là que passe un Algérien qui parle.
Ce n’est pas une paresse ni une lacune. C’est un choix de construction : là où le français retourne la phrase pour mettre l’objet en avant, le darija garde l’ordre habituel et efface simplement celui qui agit.
Il faut d’ailleurs mesurer à quel point notre propre habitude est particulière. Le passif français doit beaucoup à l’écrit et aux usages administratifs, où il permet de dire ce qui a été fait sans dire par qui. Nous l’avons tellement pratiqué qu’il nous paraît neutre, alors qu’il est en réalité un tour de style. Le darija, langue d’abord parlée, n’a pas eu besoin de ce détour : il dispose d’un procédé plus court, et qui sonne parfaitement naturel.
Il tient en une règle : on conjugue le verbe à la troisième personne du pluriel et on n’exprime aucun sujet. Rien d’autre. Le verbe reste actif, la phrase reste dans son ordre normal, et l’agent disparaît parce que personne ne le nomme.
« On a volé la voiture » se construit ainsi, avec serqou suivi de tomobil : littéralement « ils ont volé la voiture », sans que ce « ils » renvoie à qui que ce soit. De même ktabou, « on a écrit », et qalou, « on dit », « il paraît » — cette dernière tournure est l’une des plus fréquentes de la langue parlée.
Le point délicat est ce qui se passe si l’on ajoute le pronom. Dès que houma apparaît devant le verbe, le sens bascule : on ne dit plus « on », on dit « eux », et l’agent redevient un groupe identifié. L’effacement du sujet n’est donc pas une négligence de l’oral : c’est lui qui porte tout le sens. Voir les pronoms et l’art de les omettre.
La tournure n’est pas réservée au passé. Elle vaut à tous les temps, avec la même règle : troisième personne du pluriel, aucun sujet exprimé. Yaktbou, littéralement « ils écrivent », dit « on écrit ». Rien à apprendre de plus, donc, que ce que vous savez déjà conjuguer — et c’est ce qui fait de ce procédé un outil général, là où une forme passive resterait une curiosité.
Un francophone se trompe ici de deux façons. Il cherche d’abord une forme passive, qu’il n’entendra pas. Puis, quand on lui a expliqué qu’il faut employer « on », il traduit ce « on » par « nous » et conjugue à la première personne du pluriel — ce qui fait dire naktbou, nous écrivons, là où l’on attendait ktabou. La phrase reste compréhensible, mais elle désigne un groupe dont le locuteur fait partie.
Dire qu’il ne sert presque pas ne veut pas dire qu’il ne sert jamais. Trois situations le font revenir, et elles se reconnaissent facilement.
Quand l’agent n’est pas seulement inconnu mais hors de propos, et que la phrase porte tout entière sur ce qui est arrivé à l’objet, la forme passive se dit. Elle a alors un effet de constat, un peu détaché, que la tournure à la troisième personne du pluriel ne donne pas tout à fait.
Les formes passives sont beaucoup plus à l’aise dans les registres qui doivent leur vocabulaire à l’arabe classique : informations, textes officiels, formules figées. Un locuteur les comprend sans difficulté et peut les reprendre, sans qu’elles appartiennent pour autant à sa conversation de tous les jours. Voir darija et arabe classique.
C’est le cas le plus fréquent, et il ne demande aucun verbe. « La porte est cassée » ne raconte pas un événement, il décrit un résultat : le darija emploie alors le participe passif, meksour, qui se comporte comme un adjectif. Voir le participe passif.
Le mot « passif » recouvre, en français, des phrases qui n’ont presque rien en commun. Apprendre à les trier avant de traduire est le vrai travail de cette page.
L’agent est inconnu, l’événement compte, et c’est lui qu’on rapporte. Solution : la troisième personne du pluriel sans sujet, serqou. C’est le cas de très loin le plus fréquent dans la conversation, et celui qu’il faut automatiser d’abord.
Aucun événement n’est raconté ici : on décrit l’état d’une chose. Solution : le participe passif, meksour, posé après le nom, sans le moindre verbe dans la phrase. Un francophone met des semaines à accepter qu’une phrase puisse tenir avec si peu.
Cette fois l’agent est nommé. Solution : on refait la phrase à l’actif, avec le service comme sujet. Le passif suivi de son auteur est ce qu’il y a de plus difficile à faire sonner juste en darija, et de plus facile à contourner.
Trois phrases françaises de même allure, trois solutions différentes, et aucune des trois ne passe par la forme passive du verbe. Voilà pourquoi une page sur le passif du darija parle surtout d’autre chose.
Le passif français se construit avec « être ». Or le darija n’a pas de verbe être au présent : il n’y a donc aucun auxiliaire à chercher, et la forme passive, quand elle apparaît, tient dans un seul mot. Voir la phrase sans verbe.
Le français complète volontiers son passif : « volée par des inconnus ». L’usage courant du darija fait l’inverse. Dès que l’agent compte assez pour être nommé, la phrase se refait à l’actif, avec cet agent comme sujet. Un passif suivi de son auteur sonne traduit.
« Cela ne se dit pas », « le pain se vend ici » : le français emploie là un pronom que le darija n’a pas dans cette fonction. Ces phrases passent toutes par la troisième personne du pluriel sans sujet, ou par la négation d’une phrase active.
Ce qu’il faut retenir. Ne cherchez pas à construire des passifs : cherchez à supprimer des sujets. Le jour où « on a dit », « on m’a volé », « on ne fait pas ça » vous viennent directement à la troisième personne du pluriel, sans passer par le français, vous aurez gagné plus que par n’importe quel tableau de formes. Cela s’obtient en entendant ces phrases des dizaines de fois, ce que fait chaque leçon de notre cours de darija algérien.
Chaque question porte sur la valeur passive et sur la façon dont le darija algérien s’en passe. Touchez une réponse, puis Correction.
Soixante-deux pages qui se répondent — la mécanique de la langue d'un côté, le vocabulaire par thème de l'autre, et des exercices corrigés au bas de chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
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En conjuguant le verbe à la troisième personne du pluriel sans exprimer de sujet. Ktabou vaut « on a écrit », qalou vaut « on dit ». Si l’on ajoute houma, le sens devient « eux ».
Oui, avec un préfixe n- collé à la racine : nktab, il a été écrit. Mais la langue parlée y recourt peu et préfère une tournure active sans sujet. La fabrication de cette forme est décrite sur la page des formes dérivées.
Le plus naturel est de dire l’équivalent de « ils ont volé la voiture », avec serqou et aucun sujet exprimé. Le passif est possible, mais il appartient plutôt aux registres écrits et à la langue des médias.
Parce que la première personne du pluriel inclut celui qui parle. Naktbou veut dire « nous écrivons » et non « on a écrit ». Le « on » indéfini du français passe par la troisième personne du pluriel.
Il n’y a là aucun passif à construire : la phrase décrit un état, et le darija emploie le participe passif meksour, qui se comporte comme un adjectif. Voir le participe passif.
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