Vingt-sept lettres, cinq voyelles, et une régularité que le français ne connaît pas. Une lettre écrite se prononce presque toujours de la même façon, et le même son s’écrit presque toujours de la même façon.
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En français, le son « o » s’écrit o, au, eau, et la fin de parlent ne s’entend pas. L’espagnol ignore ce genre de jeu : voyez une lettre, vous savez comment la dire ; entendez un son, vous savez presque toujours comment l’écrire.
Cette régularité est le meilleur cadeau que l’espagnol fasse à un francophone. Un mot lu pour la première fois se prononce sans hésitation, et un mot entendu s’écrit sans devinette. Les écarts entre l’écrit et l’oral tiennent en une courte liste, et cette page en fait le tour.
Il n’y a d’ailleurs presque rien à désapprendre : les consonnes f, l, m, n, p, t se disent comme en français, et les voyelles a, i, o aussi. Le travail porte sur une dizaine de points, pas davantage.
Cette page traite de la valeur des lettres. Deux autres questions de son sont traitées ailleurs, et ne sont pas reprises ici : la prononciation américaine du c, du z, du ll et du y, qui obéit à ses propres règles sur tout le continent, et la syllabe forte du mot et la tilde, qui ne dépendent pas des lettres mais de la forme du mot. Les différences d’un pays à l’autre relèvent enfin des accents d’Amérique.
L’espagnol a cinq voyelles, cinq seulement, et chacune garde la même valeur d’un bout à l’autre du mot. C’est une simplification énorme par rapport au français, qui en compte plus du double si l’on ajoute les nasales.
Trois conséquences méritent d’être retenues, parce qu’elles vont contre des habitudes françaises très solides.
Une voyelle non accentuée se prononce aussi nettement qu’une voyelle accentuée. Dans teléfono, les quatre voyelles s’entendent toutes, y compris le o final. Le francophone qui avale les fins de mots devient vite incompréhensible, alors qu’il croit parler vite.
Les suites an, en, in, on, un ne forment jamais un son unique comme dans banc ou bon. La voyelle se dit, puis le n se dit après elle, détaché.
Le son du français lune est absent de l’espagnol. La lettre u se dit toujours « ou », et la suite ou n’a aucune existence en espagnol : elle n’apparaît que dans des mots étrangers. De même, ni eu ni œu ne notent rien : dans Europa, on entend nettement un e puis un ou.
Quand deux voyelles se suivent, chacune s’entend donc, l’une glissant sur l’autre dans la même syllabe. Il arrive que l’écrit exige au contraire de les séparer en deux syllabes, et c’est justement ce que signale une tilde : ce point appartient à la page de l’accent.
Une réserve régionale. Cette stabilité des voyelles vaut pour la norme américaine dans son ensemble, mais l’altiplano mexicain réduit fortement les voyelles non accentuées, au point d’en effacer certaines. Ce genre d’écart se décrit pays par pays sur la page des accents d’Amérique.
L’alphabet espagnol reprend les vingt-six lettres de l’alphabet latin et ajoute le ñ, soit vingt-sept lettres. Le nom de la lettre sert quand on épelle, ce qui arrive plus souvent qu’on ne croit : au téléphone, à un guichet, pour dicter un nom de famille français à un employé hispanophone.
| Lettre | Nom | Valeur |
|---|---|---|
| a | a | a |
| b | be, souvent be larga en Amérique | un b, le même son que le v |
| c | ce | k devant a, o, u ; autre valeur devant e et i, voir le seseo |
| d | de | d, plus mou qu’en français entre deux voyelles |
| e | e | é fermé, jamais muet |
| f | efe | f |
| g | ge | g dur devant a, o, u ; jota devant e et i |
| h | hache | rien, la lettre ne se prononce pas |
| i | i | i |
| j | jota | souffle de gorge, jamais le j français |
| k | ka | k, dans quelques mots empruntés seulement |
| l | ele | l |
| m | eme | m |
| n | ene | n, toujours détaché de la voyelle |
| ñ | eñe | le gn de montagne |
| o | o | o fermé |
| p | pe | p, sans souffle |
| q | cu | k ; toujours écrit qu devant e et i |
| r | erre, ou ere pour le r simple | un battement entre voyelles, roulé en début de mot |
| s | ese | s sourd, jamais le s de rose |
| t | te | t, sans souffle |
| u | u | ou ; muet dans que, qui, gue, gui |
| v | uve, souvent ve corta en Amérique | le même son que le b |
| w | doble uve, doble ve | ou, dans des mots empruntés |
| x | equis | ks entre voyelles ; jota dans México |
| y | ye, i griega | voir le yeísmo |
| z | zeta | voir le seseo |
Deux groupes de deux lettres se comportent comme un son unique : ch et ll. Ils ont longtemps été comptés comme des lettres à part entière et classés comme telles dans les dictionnaires ; ils ne le sont plus, et un mot en ch se cherche aujourd’hui dans la section du c. Les anciens dictionnaires que vous trouverez en Amérique suivent encore souvent l’ancien classement.
Voici les points où l’espagnol s’écarte du français. Ils sont peu nombreux, et chacun est une règle sans exception.
Pas d’aspiration, pas de souffle, rien : la lettre est là pour l’histoire du mot et pour rien d’autre. hola commence par un o, ahora se dit comme s’il n’y avait pas de h du tout. Le seul cas où la lettre compte est le groupe ch, qui note un son bien réel.
Le son noté j n’a aucun équivalent français. Ce n’est pas le j de jour, ni un simple h : c’est un frottement produit au fond de la bouche, proche du ch allemand de Bach. En Amérique, il est souvent plus léger qu’en Espagne, jusqu’à ressembler au h anglais de house dans les Caraïbes, mais il s’entend toujours.
Ce même son s’écrit g devant e et i. C’est le seul endroit où l’espagnol vous oblige à choisir entre deux graphies pour un son unique, et c’est pourquoi les hispanophones eux-mêmes hésitent parfois entre gi et ji.
Devant a, o, u, la lettre g se dit comme dans gare. Pour obtenir ce g dur devant e ou i, l’espagnol glisse un u qui ne se prononce pas : gue se dit « gué », gui se dit « gui ».
Et lorsque ce u doit malgré tout s’entendre, on lui met un tréma : ü. Le tréma ne sert qu’à cela, et il n’apparaît jamais ailleurs que dans les groupes güe et güi.
Le son k s’écrit c devant a, o, u, et qu devant e et i. Là encore le u est muet, et il n’y a donc jamais de son « kou » derrière un qu : queso se dit « késso », aquí se dit « aki ». La lettre k, elle, ne sert qu’à une poignée de mots venus d’ailleurs, comme kilo.
Le ñ se prononce comme le gn de montagne : un francophone n’a donc rien à apprendre, sinon à l’écrire. Le signe posé sur la lettre s’appelle le tilde, et il fait partie de la lettre : ano et año sont deux mots différents, dont l’un est franchement embarrassant.
L’espagnol distingue deux r, et la différence porte du sens. Entre deux voyelles, le r simple est un battement unique de la langue contre le haut des dents, très bref. Le rr est un roulement de plusieurs battements. Le r simple se prononce aussi roulé en début de mot et derrière l, n ou s : c’est pourquoi Roma et honra sonnent avec un r fort alors qu’un seul r est écrit.
| Un battement | Sens | Roulement | Sens |
|---|---|---|---|
| caro | cher | carro | la voiture |
| pero | mais | perro | le chien |
| para | pour | parra | la vigne |
| coro | le chœur | corro | je cours |
| ahora | maintenant | ahorra | il économise |
Le r français, produit dans la gorge, est compris partout : personne ne vous fera répéter. Il signale simplement, et immédiatement, que vous êtes francophone.
C’est l’une des surprises les plus utiles. Les lettres b et v notent exactement le même son, partout et pour tous les hispanophones. Le v français, avec la lèvre contre les dents, n’existe pas : vaca commence comme barco. Prononcer un v à la française n’empêche pas d’être compris, mais aucun hispanophone ne le fait.
Conséquence directe : l’orthographe de ces mots ne peut pas se déduire de l’oreille, et il faut l’apprendre. Quand un doute survient, un hispanophone demande « ¿con be o con ve? », et beaucoup précisent be de burro ou ve de vaca pour être sûrs de se faire comprendre.
Le groupe ch se dit comme le tch de tchèque, et jamais comme le ch de chat. Le s, de son côté, est toujours sourd, même entre deux voyelles : casa se dit avec le s de sac, ce qui demande un effort réel à un francophone, habitué à sonoriser un s entre deux voyelles. Quant au x, il vaut ks dans examen ou taxi, mais il note la jota dans quelques noms propres américains devenus célèbres, dont México et Oaxaca.
Presque toutes les fautes de prononciation d’un francophone débutant viennent d’un automatisme importé, pas d’une difficulté articulatoire. Les voici, mis côte à côte avec ce que fait l’espagnol.
| Le réflexe | En espagnol | Exemple |
|---|---|---|
| Nasaliser an, on, in | la voyelle et le n se disent l’un après l’autre | con, tan, fin |
| Lire le h | rien, la lettre est muette | hola, ahora |
| Sonoriser le s entre voyelles | s toujours sourd | casa, rosa |
| Dire le v avec la lèvre | même son que le b | vaca, vivir |
| Prononcer le u de qu | le u est muet | queso, aquí |
| Dire le u comme dans lune | u se dit ou | mucho, luna |
| Lire ch comme dans chat | ch se dit tch | mucho, noche |
| Avaler la fin du mot | toutes les voyelles se disent | teléfono, interesante |
| Appuyer sur la dernière syllabe | la syllabe forte est ailleurs, et prévisible | voir l’accent |
Le dernier point de cette liste est le plus coûteux de tous. Le français appuie la fin du groupe de mots, si régulièrement que nous ne l’entendons même plus ; l’espagnol place une syllabe forte dans chaque mot, et elle n’est pas la dernière la plupart du temps. Un francophone qui lit bien chaque lettre mais accentue tout à la française reste difficile à suivre. La règle qui désigne cette syllabe est simple et mécanique : elle fait l’objet de la page de l’accent et de la tilde.
Tout ce qui précède peut se lire en vingt minutes et se retenir dans la journée. La valeur des lettres est une affaire de règles, et les règles se comprennent vite. Ce qui prend du temps est ailleurs : dire une jota sans forcer, poser un seul battement de langue dans pero et plusieurs dans perro, garder un s sourd au milieu d’un mot quand tout votre réflexe français veut le sonoriser.
Ces gestes-là ne s’installent pas par la lecture. Ils s’installent en entendant beaucoup, puis en répétant tout de suite, à voix haute, sans passer par l’écrit. C’est la différence entre savoir qu’un mot se dit d’une certaine façon et le dire.
Une fois les lettres en place, deux pages complètent le tableau sonore : le seseo et le yeísmo, qui donnent la prononciation américaine du c, du z, du ll et du y, et les accents d’Amérique, qui montrent ce qui change d’un pays à l’autre. L’ensemble du dossier est présenté sur la page de grammaire espagnole, et toutes les langues sur la page de grammaire.
La prononciation s’acquiert en écoutant, pas en lisant. C’est exactement ce que travaille notre cours d’espagnol, entièrement audio, en leçons courtes : on y entend des phrases entières dites par des locuteurs d’Amérique, et on les répète immédiatement. La première leçon est gratuite ; la suite se poursuit par abonnement.
Chaque énoncé porte sur une lettre ou un groupe de lettres dans un mot espagnol. Touchez une réponse, puis Correction.
Complétez le mot ou l’énoncé avec la graphie qui convient. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Presque. Les écarts se comptent sur les doigts d’une main : le h ne se dit pas, le u de que, qui, gue, gui ne se dit pas, les lettres b et v notent un seul son, et la jota s’écrit tantôt j tantôt g. Tout le reste se lit tel quel.
Vingt-sept : les vingt-six lettres latines plus le ñ. Les groupes ch et ll notent chacun un son, mais ils ne comptent plus comme des lettres et ne forment plus de section à part dans les dictionnaires récents.
Jamais, où qu’il se trouve dans le mot : hola, ahora et La Habana se disent comme si la lettre n’y était pas. Le seul cas où elle compte est le groupe ch, qui note le son tch.
Pour être compris, non : un r de gorge à la française passe partout. Mais la distinction entre un battement et un roulement, elle, porte du sens : caro veut dire « cher » et carro « la voiture ». C’est cette opposition qu’il faut travailler, plus que la qualité du roulement.
Oui, partout et pour tout le monde. Le v français n’existe pas en espagnol. L’orthographe de ces mots ne s’entend donc pas et doit s’apprendre : c’est pourquoi les hispanophones précisent volontiers be de burro ou ve de vaca quand ils épellent.
Ces quatre lettres se prononcent en Amérique autrement qu’en Espagne, et cela suffit pour en faire un sujet à part : voyez le seseo et le yeísmo. Pour savoir sur quelle syllabe appuyer, voyez l’accent et la tilde.
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