Le français met un passif ; l’espagnol d’Amérique préfère presque toujours autre chose. Quatre tournures remplacent notre passif, et la plus fréquente tient dans un seul mot : se.
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L’espagnol possède un passif construit exactement comme le nôtre : fue construido, « il a été construit ». Il l’emploie beaucoup moins que le français, et presque jamais dans la conversation. À sa place, il dispose de trois autres procédés, dont un francophone n’a spontanément l’idée d’aucun.
| Tournure | Domaine | Exemple |
|---|---|---|
| se + verbe accordé | partout, écrit et parlé | se venden casas |
| se + verbe au singulier | énoncés généraux, sans aucun sujet | aquí se trabaja mucho |
| 3e personne du pluriel sans sujet | oral, très fréquent en Amérique | me robaron el celular |
| ser + participe | presse, récit historique, écrit soigné | fue construido en un año |
Une cinquième forme, estar + participe, ressemble beaucoup au passif sans en être un : elle dit un état et non une action. Elle est traitée en fin de page, parce que la confondre avec les précédentes est l’erreur la plus coûteuse de tout le chapitre.
Un mot sur la frontière avec les autres emplois de se, car ils sont nombreux. Le test est binaire et il fonctionne toujours : si l’on peut dire qui ou quoi fait l’action, on n’est pas sur cette page. se levanta, se abrazaron, se me cayó el vaso ont tous un sujet identifiable et relèvent de les valeurs de se. Ici, l’auteur est absent, effacé, ou volontairement passé sous silence.
C’est la tournure reine, celle des petites annonces, des vitrines, des panneaux et de la langue courante. Le verbe se met à la troisième personne et s’accorde avec la chose dont on parle, qui est grammaticalement le sujet même si elle subit l’action.
Tout tient dans l’accord. Une maison, se vende ; plusieurs maisons, se venden. C’est le seul réglage à surveiller, et c’est celui que les francophones oublient, parce que leur propre « on vend des maisons » garde un verbe au singulier.
| Singulier | Pluriel |
|---|---|
| se vende la casa | se venden las casas |
| se busca un perro | se buscan dos perros |
| se repara el celular | se reparan los celulares |
| se firmó el contrato | se firmaron los contratos |
Cette construction a une limite stricte : elle refuse l’agent. On ne dit pas se vendieron las casas por la empresa. Dès que l’auteur de l’action doit être nommé, il faut passer à une phrase active ordinaire, ou au passif avec ser décrit plus bas. Autrement dit, ce se ne sert pas à déguiser un auteur : il sert à ne pas en avoir.
Ce n’est pas le se des verbes pronominaux. se venden casas ne signifie pas que les maisons se vendent elles-mêmes, et personne ne comprend la phrase ainsi. Le repère est simple : une maison ne peut pas vendre, donc il n’y a pas de sujet agissant, donc nous sommes bien dans la construction décrite ici. Quand le sujet peut agir — los niños se lavan —, la lecture est réfléchie, et la page les valeurs de se prend le relais.
Deuxième emploi, très proche du premier à l’œil et très différent dans la structure. Ici, il n’y a plus rien qui puisse être sujet : le verbe reste invariablement au singulier, et la phrase énonce une généralité. C’est l’équivalent exact de notre « on », mais sans pronom visible.
Comparez les deux emplois sur une même racine : se venden casas a un sujet, las casas, et le verbe s’accorde avec lui ; se vende barato n’a pas de sujet du tout et reste au singulier quoi qu’il arrive. Le second est un verbe sans personne, le premier un verbe avec une personne grammaticale qui n’agit pas.
Quand ce dont on parle est une personne ou un groupe de personnes, l’espagnol l’annonce par a, et le verbe cesse alors de s’accorder : il reste au singulier, même devant plusieurs personnes. C’est un détail, mais il trahit immédiatement un débutant.
Ce a n’est pas propre au passif : c’est celui qui annonce partout un complément d’objet de personne, et sa règle entière est exposée sur le a devant le COD. Ce qui appartient à la présente page, c’est la conséquence : avec a, plus d’accord.
Voici la tournure la plus américaine des quatre, et celle qu’un francophone n’invente jamais. Le verbe se met au pluriel, sans sujet exprimé, et ce pluriel ne désigne personne en particulier : il vaut « on », ou notre passif. Elle est partout dans la conversation, du Mexique à la Patagonie.
Notez ce que dit le premier exemple. Le français hésite entre « on m’a volé mon téléphone » et « mon téléphone a été volé » ; l’espagnol d’Amérique n’hésite pas : me robaron el celular, littéralement « ils m’ont volé le téléphone », sans que « ils » renvoie à quiconque. La phrase est d’ailleurs plus précise que la nôtre, car le pronom me dit à qui appartenait l’objet, ce qui rend le possessif inutile.
Quand faut-il la préférer au se de la section précédente ? Deux repères suffisent. D’abord, si la victime ou le bénéficiaire de l’action apparaît dans la phrase, le pluriel sans sujet est plus naturel : me robaron la bicicleta plutôt qu’une construction en se. Ensuite, dans une annonce, une consigne ou un énoncé écrit, c’est le se qui l’emporte.
Attention à un piège de lecture : ce pluriel n’a rien à voir avec ustedes. Il ne s’adresse à personne et ne désigne aucun groupe ; c’est une forme vide, comme notre « on » l’est devenu. Le système des personnes en Amérique, où ustedes est l’unique pluriel de la deuxième personne, est décrit sur tú, usted et ustedes.
Reste un cas où le se impersonnel est mécaniquement impossible : quand le verbe est déjà pronominal. Deux se de suite ne se disent pas, donc l’espagnol change d’outil et emploie uno, littéralement « un ».
Deux remarques utiles. D’abord, uno se met au féminin quand la personne qui parle est une femme et s’inclut dans ce qu’elle dit : una se cansa. Ensuite, uno apparaît aussi hors de toute contrainte grammaticale, pour la raison même qui nous fait dire « on » en parlant de soi à mots couverts : il permet d’énoncer une expérience personnelle comme une vérité générale.
L’oral dispose d’une dernière ressource, exactement comme le français familier : parler à un interlocuteur fictif. La phrase a l’air adressée, elle ne l’est pas.
Cette tournure prend naturellement la forme d’adresse de la région où l’on se trouve, qui n’est pas la même partout en Amérique : les pays du voseo y emploient leur propre série de formes. Le procédé, lui, est identique et se comprend partout.
Venons-en à la tournure qui ressemble le plus au français, et qui est la moins utile à l’apprenant. Elle se construit comme chez nous : ser conjugué, puis le participe du verbe, accordé en genre et en nombre avec le sujet.
L’accord est l’essentiel, et il oppose cette construction à une autre que vous connaissez peut-être déjà : après haber, le participe ne bouge jamais. On écrit las casas han sido destruidas, avec un participe invariable après haber et un participe accordé après ser. La formation du participe et ses formes irrégulières appartiennent entièrement à la page les temps composés ; ce qui se joue ici, c’est uniquement l’accord.
L’agent, quand il est nommé, s’introduit par por : fue construido por la municipalidad. C’est un des emplois de cette préposition, dont le partage avec para est traité sur por ou para ; il n’y a rien de plus à en dire ici.
Où cette tournure se rencontre, et où elle sonne faux. Elle est chez elle dans la presse, les textes officiels, les récits historiques et l’écrit soigné. Dans la conversation, elle est rare, et employée au présent pour une action habituelle elle devient franchement bizarre : la tienda es abierta a las ocho ne se dit pas. Un hispanophone dira la tienda se abre a las ocho ou abren a las ocho. La règle pratique, pour un francophone, tient en une phrase : chaque fois que votre tête produit un passif, essayez d’abord se ou le pluriel sans sujet.
Dernière construction, et la plus utile de toutes, parce qu’elle sert cent fois par jour. estar suivi d’un participe accordé ne raconte aucune action : il décrit l’état dans lequel une chose se trouve, une fois l’action finie. La porte n’est pas fermée par quelqu’un ; elle est fermée, point.
Le participe s’accorde ici comme un adjectif, exactement comme après ser : cerrada, abiertas, lavados. Et c’est bien comme un adjectif qu’il faut le comprendre, ce qui explique le choix de l’auxiliaire : on décrit un état, et l’état appelle estar.
| Phrase | Ce qu’elle dit |
|---|---|
| Se cerró la puerta. | l’événement, sans auteur |
| La puerta fue cerrada por el portero. | l’action, avec son auteur, à l’écrit |
| La puerta está cerrada. | l’état où elle se trouve maintenant |
La troisième est celle dont vous aurez besoin en arrivant devant une porte. Les deux premières racontent, la troisième constate. Confondre les deux dernières conduit à des phrases grammaticalement correctes et absurdes dans la situation : annoncer la puerta fue cerrada devant un magasin fermé revient à raconter un événement là où l’on voulait décrire ce qu’on a sous les yeux.
Pourquoi cela ne relève pas de la page ser ou estar. Le choix entre les deux verbes devant un adjectif ordinaire, avec son critère de décision, est exposé sur ser ou estar, et les adjectifs qui changent de sens selon l’auxiliaire sur les adjectifs à bascule. Ce qui appartient à la présente page, c’est le participe : cerrado, escrito, terminado ne sont pas des adjectifs mais des formes de verbe, et c’est ce qui explique qu’ils disent un résultat.
Ces tournures s’attrapent à l’oreille, pas dans un tableau. me robaron, se venden, está cerrado arrivent dans les phrases les plus ordinaires, et c’est à force de les entendre qu’on cesse de fabriquer des passifs à la française. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes dites par des locuteurs d’Amérique. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Complétez avec la forme qui convient. L’indication entre parenthèses donne le sens attendu. Touchez une réponse, puis Correction.
Action racontée, état constaté, ou tournure sans auteur ? Choisissez la forme qui convient à la situation. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Il n’y a pas de mot unique. Pour une généralité, se + verbe au singulier : aquí se trabaja mucho. Pour un fait raconté, la troisième personne du pluriel sans sujet : me robaron el celular. Et quand le verbe est déjà pronominal, uno : uno se acostumbra.
se venden casas. Le verbe s’accorde avec la chose dont on parle, qui est le sujet grammatical de la phrase. Une seule maison donnerait se vende la casa. C’est l’accord que les francophones oublient, parce que leur « on vend » reste au singulier.
Pas l’éviter, mais le réserver. Cette tournure appartient à la presse, aux textes officiels et au récit écrit. Dans la conversation, l’espagnol d’Amérique préfère se ou la troisième personne du pluriel : ya arreglaron la calle plutôt que la calle fue arreglada.
La première raconte une action : quelqu’un a fermé la porte. La seconde décrit l’état où elle se trouve maintenant, sans rien dire de qui l’a fermée. Devant un magasin fermé, on dit está cerrado.
Après ser et après estar, oui, en genre et en nombre : fueron firmados, están abiertas. Après haber, jamais : dans las casas han sido destruidas, c’est sido qui suit l’auxiliaire et il ne varie pas, tandis que destruidas s’accorde parce qu’il suit ser. Les formes du participe sont détaillées sur les temps composés.
Demandez-vous si quelqu’un ou quelque chose fait l’action. Dans se levanta temprano, oui : c’est un pronominal, traité sur les valeurs de se. Dans se venden casas ou aquí se trabaja mucho, personne n’agit, et la phrase relève de la présente page.
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