L’espagnol ne dispose que de trois constructions pour dire « si » : une pour le possible, une pour l’irréel du présent, une pour l’irréel du passé. Aucune des trois n’admet le présent du subjonctif après si, et cette interdiction ne souffre aucune exception.
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La phrase hypothétique espagnole est l’un des rares chapitres où un francophone n’a presque rien à apprendre : les trois constructions correspondent une à une aux trois du français. Presque rien, mais pas rien du tout — il reste une interdiction à connaître, et elle cause des dégâts à elle seule.
L’interdiction tient en une ligne : le présent du subjonctif n’apparaît jamais après si. C’est d’autant plus surprenant que ce mode se glisse partout ailleurs dès qu’une phrase devient incertaine. Après si, non : la forme est exclue, et les hispanophones ne la produisent jamais. Il faut donc résister à un raisonnement qui paraît logique — l’hypothèse est incertaine, donc subjonctif — et qui est faux.
| Forme exclue | Forme attendue | Sens |
|---|---|---|
| si tengas tiempo | si tienes tiempo | si tu as le temps |
| si tendré tiempo | si tengo tiempo | si j’ai le temps |
| si tendría tiempo | si tuviera tiempo | si j’avais le temps |
| si habría sabido | si hubiera sabido | si j’avais su |
Trois temps sont donc bannis de la proposition en si : le présent du subjonctif, le futur et le conditionnel. Ce qui reste est court, et c’est tout le programme : le présent et les passés de l’indicatif, l’imparfait du subjonctif, le plus-que-parfait du subjonctif.
Cette page ne fabrique aucune forme. Comment se construisent l’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif est expliqué sur fabriquer le subjonctif ; les racines du futur et du conditionnel figurent sur futur et conditionnel. Les conjonctions circonstancielles, qui obéissent à de tout autres règles, sont traitées sur cuando, para que, aunque.
Quand l’hypothèse est ouverte — elle peut se réaliser, rien ne s’y oppose — l’espagnol met le présent de l’indicatif après si. L’autre proposition prend ce que le sens demande : un présent, un futur, la tournure ir a qui sert d’avenir ordinaire en Amérique, ou un ordre.
Le français fonctionne exactement pareil : nous ne disons pas s’il pleuvra. C’est pourquoi ce premier système ne pose aucun problème en pratique, à une nuance près — la tentation d’y glisser un futur quand la phrase parle clairement de demain. Si mañana hace sol ne contient aucun futur, et c’est bien de demain qu’il s’agit.
Le même système accepte un passé de l’indicatif, et il ne s’agit plus alors d’une hypothèse sur l’avenir mais d’une déduction : le fait a peut-être eu lieu, et l’on en tire une conséquence. Cette tournure est très fréquente à l’oral, et elle est parfaitement régulière.
Attention à un faux ami de construction. Si tenía frío, se ponía un suéter n’est pas une hypothèse : c’est un passé d’habitude, « quand il avait froid, il mettait un pull ». L’imparfait de l’indicatif après si existe donc, mais il raconte du réel répété. Pour dire « s’il avait froid, il mettrait un pull » il faut passer au deuxième système. La valeur d’habitude de l’imparfait est détaillée sur prétérit ou imparfait.
Quand l’hypothèse est contraire à la réalité présente, ou très peu probable, l’espagnol met l’imparfait du subjonctif après si et le conditionnel dans l’autre proposition. C’est le système le plus utile de la page, parce que c’est celui de la conversation : on y fait des projets irréalisables, on y donne des conseils, on y imagine.
La dernière phrase montre que ce système n’est pas réservé au présent : il peut porter sur l’avenir, à condition que le locuteur présente l’éventualité comme peu probable. Comparez avec si mañana llueve, cancelamos el paseo, qui envisage la pluie comme une possibilité ordinaire. Les deux phrases sont correctes et elles ne disent pas la même chose.
Le piège pour un francophone est ailleurs, et il est massif. Le français met un imparfait de l’indicatif après si : si j’avais le temps. L’espagnol exige un subjonctif. si tenía tiempo, iría ne traduit pas la phrase française : il faut si tuviera tiempo, iría. C’est le calque le plus fréquent chez les apprenants francophones, et il s’entend immédiatement.
| Français | Calque fautif | Espagnol |
|---|---|---|
| si j’avais de l’argent | si tenía plata | si tuviera plata |
| si tu venais avec nous | si venías con nosotros | si vinieras con nosotros |
| si c’était vrai | si era cierto | si fuera cierto |
Une dernière précision, et elle est propre au continent. L’imparfait du subjonctif possède deux séries de terminaisons, et l’Amérique latine emploie celle en -ra : si tuviera, si pudiera, si fuera. La série en -se — si tuviese, si pudiese — est comprise partout et se lit dans la presse, mais elle sonne écrite sur le continent et reste rare dans la conversation. Produisez la première, reconnaissez la seconde.
Quand l’hypothèse porte sur un passé révolu, l’espagnol met le plus-que-parfait du subjonctif après si et le conditionnel composé dans l’autre proposition. Le français fait exactement la même chose, et la correspondance est mot à mot.
Dans toute l’Amérique latine, la deuxième proposition se dit très souvent avec hubiera au lieu de habría : si hubiera sabido, te hubiera avisado. Ce n’est pas un relâchement, la tournure est admise et vous l’entendrez constamment. Retenez les deux, et notez qu’elle ne fonctionne que dans ce sens : on ne remplace jamais hubiera par habría après si.
Rien n’oblige les deux moitiés de la phrase à rester dans le même système. Une cause située dans le passé peut avoir une conséquence dans le présent, et l’espagnol le dit tel quel, comme le français.
| Ce qu’on dit | Après si | Dans l’autre proposition |
|---|---|---|
| c’est possible | présent de l’indicatif | présent, futur, ir a, ordre |
| ce n’est pas le cas | imparfait du subjonctif | conditionnel |
| ça n’a pas eu lieu | plus-que-parfait du subjonctif | conditionnel composé |
L’ordre des deux propositions est libre. Quand la proposition en si vient en tête, une virgule les sépare ; quand elle vient en second, il n’y en a pas : Iría contigo si tuviera tiempo. Le choix est affaire de mise en relief, et l’espagnol place volontiers en tête ce sur quoi il insiste.
Ni si habría, ni si tendría, jamais. La faute est la même qu’en français, où si j’aurais su est une faute célèbre, et elle est tout aussi nette en espagnol. Le conditionnel appartient à l’autre proposition, celle de la conséquence, et il n’entre pas dans celle de l’hypothèse. Ses emplois propres, dont la conjecture et la politesse, sont décrits sur futur et conditionnel.
La comparaison irréelle se construit avec como si, et elle n’admet que deux formes : l’imparfait du subjonctif pour un fait simultané, le plus-que-parfait du subjonctif pour un fait antérieur. Le temps du verbe principal n’y change rien — même au présent, como si reste suivi d’un passé du subjonctif.
Le piège est le même que pour le deuxième système : le français dit comme s’il était, avec un imparfait de l’indicatif, et l’espagnol exige un subjonctif. como si era el jefe n’existe pas.
Pour dire « au cas où », l’espagnol d’Amérique emploie très largement por si suivi de l’indicatif, et por si acaso qui peut même se passer de verbe. L’imparfait du subjonctif est possible, mais il éloigne l’éventualité et sonne plus soutenu.
Une autre tournure rend la même idée avec un subjonctif obligatoire, et elle relève des conjonctions circonstancielles : vous la trouverez sur cuando, para que, aunque, avec a menos que et les autres.
Le mot sert aussi à introduire une question rapportée, et il n’a plus alors rien de conditionnel : le futur y redevient possible, ce qui est le meilleur moyen de reconnaître qu’on a changé de construction. No sé si vendrá, « je ne sais pas s’il viendra », est une interrogation indirecte, traitée sur qué ou cuál. Enfin, si bien est une concessive à part entière, toujours suivie de l’indicatif : Si bien el examen fue difícil, todos aprobaron. — « Bien que l’examen ait été difficile, tous ont réussi. »
Les trois systèmes se comprennent en dix minutes et se produisent en plusieurs semaines : le réflexe qui fait sortir si tuviera et non si tenía ne vient pas de la règle, il vient de l’avoir entendu et dit assez souvent. C’est le principe de notre cours d’espagnol, entièrement audio, en leçons courtes dites par des locuteurs d’Amérique : on écoute, on répète à voix haute, on réentend quelques jours plus tard. La première leçon est gratuite, la suite est comprise dans l’abonnement.
Choisissez la forme qui peut suivre si. La traduction vous indique de quel système il s’agit. Touchez une réponse, puis Correction.
Complétez la proposition qui accompagne l’hypothèse, ou la tournure signalée. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Jamais. si tengas, si venga, si sea n’existent pas. L’hypothèse ouverte se dit au présent de l’indicatif, si tienes, et l’hypothèse irréelle à l’imparfait du subjonctif, si tuvieras. C’est l’une des rares interdictions absolues de la grammaire espagnole.
Par si tuviera tiempo, avec un subjonctif. Le français emploie un imparfait de l’indicatif, l’espagnol non : si tenía tiempo dirait « quand j’avais le temps », c’est-à-dire une habitude passée. C’est le calque le plus fréquent chez les francophones.
Les deux sont correctes et interchangeables, mais l’Amérique latine emploie la série en -ra dans la conversation. La série en -se se lit dans la presse et les textes soignés ; elle sonne écrite sur le continent. Apprenez à reconnaître les deux et produisez la première.
Non, pas plus qu’on ne dit si j’aurais su en français. Le conditionnel appartient à la proposition de conséquence : Si tuviera tiempo, iría, Si hubiera sabido, te habría avisado. Après si, ni futur ni conditionnel.
Parce que la comparaison est par définition contraire aux faits. Même quand le verbe principal est au présent, la suite est à l’imparfait ou au plus-que-parfait du subjonctif : Habla como si fuera el jefe., Siguieron como si nada hubiera pasado. Le présent de l’indicatif est impossible après como si.
Non, c’est une question rapportée, et le si n’y a aucune valeur conditionnelle. La preuve : le futur y est admis, No sé si vendrá, alors qu’il est exclu d’une vraie hypothèse. Cette construction est traitée sur qué ou cuál.
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