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Cours de langues›Donner un ordre

Donner un ordre : habla, hablá, hable, hablen

L’espagnol change de forme selon la personne à qui l’on s’adresse, et une seule de ces formes est un véritable impératif. Toutes les autres, y compris la totalité des ordres négatifs, sont empruntées au subjonctif.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l'application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s'écoutent en ligne, et non sur ce site.

Une forme d’ordre par destinataire

Un ordre espagnol se choisit d’abord en fonction de la personne à qui on parle : on ne commande pas de la même façon à un ami, à un inconnu, à un groupe ou à soi-même avec les autres. Cinq cases suffisent à couvrir l’Amérique entière.

Avant les paradigmes, un fait d’architecture qui simplifie énormément l’apprentissage. L’espagnol ne possède de formes proprement impératives qu’au tutoiement affirmatif — habla pour tú, hablá pour vos. Partout ailleurs, il emprunte les formes du présent du subjonctif : pour vouvoyer, pour s’adresser à un groupe, pour entraîner ses compagnons, et pour tout ordre négatif sans exception. Ce qui ressemble à cinq conjugaisons différentes est en réalité une conjugaison unique, plus deux formes à part.

Les cinq formes d’ordre de hablar
DestinataireOrdreDéfense
túhablano hables
voshabláno hablés, no hables
ustedhableno hable
nosotroshablemosno hablemos
ustedeshablenno hablen

Un francophone formé à l’école remarquera aussitôt une absence, et c’est l’identité même de l’espagnol d’Amérique : il n’y a pas de sixième ligne. La forme en -ad, -ed, -id que l’on apprenait pour s’adresser à plusieurs personnes que l’on tutoie ne s’emploie pas ici. Que vous parliez à deux enfants, à vos meilleurs amis ou à une salle de réunion, l’ordre est le même : hablen. Le pluriel unique et ses conséquences sur toute la morphologie sont décrits à la page tú, usted et ustedes.

C’est une conjugaison entière retirée de votre charge de travail, et il vaut la peine de le mesurer tout de suite : au lieu de six formes affirmatives et six négatives par verbe, vous en avez cinq et cinq, dont la moitié se déduit d’un même paradigme.

L’ordre au tutoiement : habla, come, vive

La règle est d’une simplicité désarmante : l’ordre adressé à tú a exactement la forme du présent de l’indicatif à la troisième personne du singulier. Ce que vous employez pour dire « il parle » vous sert à dire « parle ! ».

Les deux derniers exemples montrent que la règle englobe les verbes à radical changeant : si le présent dit cierra et pide, l’ordre le dit aussi. Il n’y a rien à ajouter, rien à défaire. Les altérations de radical elles-mêmes sont décrites à la page les irréguliers du présent.

Huit formes courtes à connaître par cœur

Huit verbes, tous extrêmement fréquents, ont un ordre raccourci qui ne se déduit d’aucune règle. Ce sont les seules formes de cette page qu’il faut mémoriser telles quelles, et elles en valent la peine : elles reviennent dans chaque conversation.

Les huit ordres irréguliers adressés à tú
InfinitifOrdreExemple
decirdiDi la verdad.
hacerhazHaz la tarea.
irveVe a la tienda.
ponerponPon la mesa.
salirsalSal de aquí.
serséSé amable.
tenertenTen paciencia.
venirvenVen acá.

Deux remarques d’usage. ve est l’ordre de ir et celui de ver à la fois : seule la phrase distingue Ve a la tienda, « va au magasin », de Ve la película, « regarde le film ». Et les verbes construits sur ces huit suivent leur modèle en prenant un accent écrit, parce que la voix tombe sur la dernière syllabe : mantén, detén, propón, deshaz. La règle d’écriture de ces accents est exposée à la page l’accent et la tilde.

L’ordre voseant : hablá, comé, vení

Dans les pays où l’on tutoie avec vos, l’ordre a sa forme propre, et c’est l’une des trois seules cases du verbe où ce pronom se distingue. La fabrication est plus simple encore que celle du tutoiement classique : on retire le -r de l’infinitif et on accentue la voyelle qui restait devant. Aucun changement de radical, aucune liste d’exceptions.

Le même ordre, dans les deux systèmes de tutoiement
InfinitifÀ túÀ vos
hablarhablahablá
comercomecomé
vivirviveviví
decirdidecí
hacerhazhacé
ponerponponé
salirsalsalí
tenertentené
venirvenvení
irveandá

La colonne de droite mérite un regard appuyé, parce qu’elle contient une bonne nouvelle : les huit irrégularités du tutoiement classique s’évanouissent. Là où il fallait retenir di, haz, pon, il suffit de couper l’infinitif. Une seule case fait exception : ir ne fournit pas d’ordre voseant et cède la place à andá, emprunté à andar. ser, lui, garde sé dans les deux systèmes.

  • ¡Vení un ratito! — « Viens une seconde ! »
  • Decime la verdad. — « Dis-moi la vérité. »
  • Hacé lo que quieras. — « Fais ce que tu veux. »
  • Andá a buscarlo. — « Va le chercher. »
  • Sentate, por favor. — « Assieds-toi, s’il te plaît. »

Les deux dernières lignes montrent un détail d’écriture que l’on remarque à peine et qui fait pourtant hésiter : quand un pronom se soude à l’ordre voseant, la voix reste où elle était et l’accent écrit disparaît. sentá devient sentate, decí devient decime, contá devient contame. Le contraste avec le tutoiement classique est net : siéntate porte un accent, sentate n’en porte pas.

Quels pays emploient ce système, dans quels registres, et pourquoi vos ne change pas de radical : tout cela appartient à la page le voseo, qui donne la carte et le reste de la conjugaison. Ici, on s’en tient aux ordres.

usted, ustedes, nosotros : les formes empruntées

Pour vouvoyer, pour s’adresser à un groupe et pour entraîner ses compagnons, l’espagnol prend les formes du présent du subjonctif telles quelles. Une seule opération à retenir : les verbes en -ar prennent les terminaisons d’un verbe en -er, et inversement. C’est l’échange de voyelle caractéristique du subjonctif.

Les trois formes empruntées, aux trois conjugaisons
Destinatairehablarcomervivir
ustedhablecomaviva
ustedeshablencomanvivan
nosotroshablemoscomamosvivamos

Les verbes irréguliers ne compliquent presque rien, parce que la forme se prend sur la première personne du présent de l’indicatif : tengo donne tenga, pongo donne ponga, salgo donne salga, digo donne diga. Cinq verbes seulement échappent à ce procédé et fournissent des ordres qu’il faut connaître : sea, vaya, sepa, esté, dé. Le mécanisme complet, avec ses radicaux et ses temps, est décrit à la page fabriquer le subjonctif ; cette page-ci ne fait que s’y servir.

Un mot sur vamos

Le verbe ir se conduit à part quand on entraîne un groupe : pour dire « allons-y », on ne dit pas vayamos mais vamos, emprunté à l’indicatif. La forme du subjonctif réapparaît en revanche à la défense : no nos vayamos todavía, « ne partons pas encore ».

Plus généralement, l’ordre adressé à nosotros s’entend moins souvent que son équivalent français dans la conversation américaine, parce qu’une autre tournure occupe la place : vamos a comer pour « mangeons », vamos a ver pour « voyons ». Cette construction, employée d’abord pour parler de l’avenir, est traitée à la page futur et conditionnel. hablemos et empecemos restent parfaitement vivants, notamment à l’écrit et dans la bouche d’un enseignant.

Interdire : tout passe par le subjonctif

Voici le point où l’espagnol surprend le plus un francophone, parce que le français se contente d’ajouter une négation devant la même forme. En espagnol, l’ordre négatif n’est jamais l’ordre affirmatif précédé de no : au tutoiement, c’est une forme entièrement différente.

Affirmatif et négatif, cinq destinataires
DestinataireFais-leNe le fais pas
túcomeno comas
voscoméno comás, no comas
ustedcomano coma
nosotroscomamosno comamos
ustedescomanno coman

Trois lignes sur cinq ne changent pas, puisqu’elles empruntaient déjà au subjonctif. Seul le tutoiement bascule, et il bascule complètement : habla devient no hables, ven devient no vengas, haz devient no hagas, sé devient no seas. Les huit formes courtes apprises plus haut disparaissent donc dès qu’on interdit.

Pour vos, deux séries circulent et il faut le savoir pour ne pas croire à une faute quand on entend les deux. La forme accentuée sur la terminaison, no hablés, no comás, no vengás, est solidement installée en Amérique centrale. Dans le Río de la Plata, la conversation l’emploie aussi, mais l’écrit soigné et la langue publique préfèrent la forme du tutoiement classique, no hables. Les deux sont comprises partout, et un apprenant peut se contenter d’en reconnaître une et d’en produire l’autre.

La négation double reste obligatoire. Un ordre négatif suit les mêmes règles que n’importe quelle phrase négative : No le digas nada a nadie porte trois marques négatives et se traduit par une seule en français. Ce fonctionnement est décrit à la page la négation.

Les pronoms, et les ordres qui ne sont pas des impératifs

Un ordre traîne presque toujours un pronom derrière lui, et sa place obéit à une règle brève : soudé derrière l’ordre affirmatif, placé devant l’ordre négatif. Rien d’autre ne change.

La soudure déplace le compte des syllabes et fait souvent apparaître un accent écrit : di n’en porte pas, dímelo en porte un ; traiga n’en porte pas, tráiganos en porte un. Une seule irrégularité de forme, à la personne nosotros : le -s final tombe devant le pronom, ce qui donne sentémonos et vámonos, jamais sentémosnos. Le système complet des pronoms compléments, leurs formes et leur place aux autres temps, appartient à la page les pronoms compléments.

Quatre façons de commander sans impératif

Dans la vie courante, une bonne partie des ordres ne passe pas du tout par les formes ci-dessus. Il faut les reconnaître, parce qu’un apprenant qui ne les connaît pas les prend pour autre chose.

L’infinitif, pour une consigne écrite. Les panneaux, les modes d’emploi et les recettes s’adressent à tout le monde à la fois et emploient l’infinitif nu, seul ou après no.

Le présent de l’indicatif, pour adoucir. Une question au présent vaut demande polie, exactement comme en français, et c’est de très loin la formulation la plus fréquente entre proches.

que et un subjonctif, pour un ordre transmis. Quand l’ordre concerne un tiers, ou quand on le fait passer par quelqu’un, la phrase commence par que.

a et un infinitif, pour un ordre bref. Cette tournure très employée sonne comme un coup de sifflet, dans une famille comme dans une cour d’école.

Reste la question du ton, qui décide de tout. Un impératif nu n’est pas impoli en espagnol, mais il s’accompagne presque toujours d’un mot qui l’arrondit : por favor, nada más, le prénom de la personne, ou un diminutif affectueux. Et quand la demande pèse, on passe au conditionnel, ¿Podría abrir la ventana?, dont les formes sont décrites à la page futur et conditionnel. Quelques formules d’encouragement sont d’ailleurs devenues des marqueurs régionaux : on entend ¡Ándale! et ¡Órale! au Mexique, ¡Dale! en Argentine et en Uruguay, et l’on demande volontiers un service en Colombie par Hágame el favor.

Ces formes s’attrapent dans des phrases entendues. On ne retient pas no te preocupes ni vení en récitant un tableau : on les retient pour les avoir entendus dans des situations réelles, puis répétés à voix haute. C’est le principe de notre cours d’espagnol, entièrement audio, en leçons courtes ; la première leçon est gratuite, la suite est comprise dans l’abonnement.

Première série : l’ordre affirmatif

Le destinataire est indiqué entre parenthèses. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. ___ más despacio, por favor. (hablar, à tú)
  2. ___ la tarea antes de salir. (hacer, à tú)
  3. ___ acá un momento. (venir, à tú)
  4. ___ un ratito, por favor. (venir, à vos)
  5. ___ lo que quieras. (hacer, à vos)
  6. ___ a buscarlo vos mismo. (ir, à vos)
  7. ___, por favor. (pasar, à usted)
  8. ___ un momento, por favor. (esperar, à ustedes)
  9. ___ cuidado con el escalón. (tener, à usted)
  10. ___ al segundo piso, señora. (ir, à usted)
  11. ___ por el principio. (empezar, à nosotros)
  12. Pour dire « allons-y », on dit ___.
  13. À deux amis, en Amérique, on dit ___ la puerta. (cerrar)

Seconde série : interdire, et placer les pronoms

Ordres négatifs, pronoms soudés ou détachés, tournures qui remplacent l’impératif. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. No ___ tan rápido. (hablar, à tú)
  2. No ___ tarde, por favor. (venir, à tú)
  3. No ___ de firmar, señor. (olvidarse, à usted)
  4. Une défense voseante fréquemment entendue est no ___ eso.
  5. Pour « dis-le-moi », on écrit ___.
  6. Pour « ne me le dis pas », on écrit ___.
  7. Pour « asseyons-nous », on écrit ___.
  8. Pour « assieds-toi » dans une région voseante, on écrit ___.
  9. Sur un panneau, « défense de fumer » s’écrit ___.
  10. Entre proches, pour demander le sel : ___ la sal?
  11. Pour « qu’il le fasse, lui » : ___ él.
  12. Pour appeler la famille à table, on lance ___!
  13. Pour « ne dis rien à personne » : No le digas ___.

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Questions fréquentes

Combien de formes d’ordre faut-il apprendre en espagnol d’Amérique ?

Cinq : pour tú ou vos, pour usted, pour nosotros et pour ustedes. La forme adressée à un groupe que l’on tutoie, en -ad ou -ed, ne s’emploie pas en Amérique : à un groupe, on dit toujours hablen.

Pourquoi habla devient-il no hables ?

Parce que l’ordre négatif emprunte ses formes au présent du subjonctif, alors que l’ordre affirmatif du tutoiement est une forme à part. Les deux n’ont donc aucun rapport morphologique : ven donne no vengas, haz donne no hagas, sé donne no seas.

Comment fabrique-t-on l’ordre voseant ?

On retire le -r de l’infinitif et on accentue la voyelle qui restait : hablá, comé, vení, decí, poné. Il n’existe aucun changement de radical. Seul ir manque à l’appel et cède la place à andá.

Un impératif nu est-il impoli ?

Pas en soi. L’espagnol emploie l’impératif beaucoup plus librement que le français, mais il l’arrondit presque toujours : por favor, le prénom de la personne, un diminutif. Quand la demande pèse, on passe au conditionnel, ¿Podría abrir la ventana?.

Où se placent les pronoms avec un ordre ?

Soudés derrière l’ordre affirmatif, dímelo, siéntese, et placés devant l’ordre négatif, no me lo digas. La soudure fait souvent apparaître un accent écrit, et la personne nosotros perd son -s final : vámonos.

Dit-on vayamos ou vamos pour « allons-y » ?

vamos, emprunté à l’indicatif. C’est la seule exception de ce genre. À la défense, en revanche, le subjonctif revient : no nos vayamos todavía.

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