Le français passe sans y penser de « il y a une banque » à « la banque est là-bas » ; l’espagnol change alors de verbe. Hay annonce ce que votre interlocuteur ne connaît pas encore, está situe ce qu’il connaît déjà.
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« Il y a une pharmacie au coin de la rue », « la pharmacie est au coin de la rue », « c’est une pharmacie » : trois phrases françaises qui parlent du même bâtiment et qui ne disent pas la même chose. L’espagnol les distingue par trois verbes différents, et le choix ne dépend pas du lieu mais de ce que l’on fait : annoncer, situer, ou identifier.
C’est un des points où les francophones se trompent le plus longtemps, parce que le français ne les oblige jamais à trancher. Le tableau suivant résume tout ce que cette page détaille ensuite.
| Opération | Verbe | Ce qui suit | Exemple |
|---|---|---|---|
| annoncer l’existence | hay | un nom indéterminé | Hay una farmacia aquí. |
| situer | está | un nom déterminé | La farmacia está aquí. |
| identifier, ou situer un événement | es | un nom, un adjectif, un lieu d’événement | Es una farmacia. |
Cette page ne compare jamais ser et estar devant un adjectif : ce partage, avec son critère de décision, est traité sur ser ou estar. Ici, on ne s’occupe que de trois opérations : dire qu’une chose existe, dire où elle se trouve, dire ce qu’elle est.
Hay introduit dans la conversation quelque chose dont il n’a pas encore été question. C’est un présentateur : il ouvre le rideau. Votre interlocuteur ne sait pas encore qu’il existe une pharmacie dans le quartier, et vous le lui apprenez.
Sa première propriété est d’être invariable. Une seule forme, quel que soit le nombre de ce qui suit. C’est la faute la plus commune chez les hispanophones eux-mêmes, alors autant prendre le bon pli tout de suite.
Tout ce qui est indéterminé, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas encore identifié : l’article indéfini un, una, un nombre, un quantifieur comme mucho ou varios, ou rien du tout devant un nom au pluriel ou un nom de matière.
C’est la construction dont on se sert le plus souvent en arrivant dans un pays, parce qu’elle sert à demander si quelque chose est disponible : une chambre, une place, de la monnaie, un plat sans viande. La question se pose telle quelle, sans autre verbe, et la réponse reprend la même forme.
Ce qui ne peut jamais suivre hay. Un nom déterminé, c’est-à-dire précédé de el, la, los, las, d’un possessif, d’un démonstratif, ou un nom propre. Les phrases hay el baño, hay mis llaves, hay Lima sont impossibles, et pas seulement maladroites. La raison est logique : on ne peut pas annoncer comme nouveau ce qui est déjà présenté comme connu. Dès que l’article est défini, il faut está.
Está prend le relais dès que la chose est identifiée. Elle a déjà été nommée, ou bien elle va de soi entre les deux interlocuteurs — la salle de bains d’une maison, les clés d’une personne, une ville que tout le monde connaît. La question n’est plus « est-ce qu’il y en a », mais « où est-ce ».
Contrairement à hay, estar s’accorde : il a une forme de singulier et une forme de pluriel, comme n’importe quel verbe.
La conséquence pratique est que les deux verbes s’enchaînent naturellement dans une même conversation : on annonce d’abord, on situe ensuite. Écoutez n’importe quel échange dans la rue et vous entendrez cette succession.
Une différence discrète sépare encore les deux verbes, et elle s’entend. Avec hay, l’élément nouveau vient après le verbe, parce que c’est lui qu’on annonce ; l’indication de lieu peut se placer devant ou derrière, au choix. Avec estar, au contraire, la chose connue ouvre la phrase et le lieu la ferme, puisque c’est le lieu qui constitue l’information neuve.
Cette symétrie explique pourquoi les deux verbes ne sont jamais interchangeables, même quand la traduction française semble la même. Répondre hay à une question en dónde está revient à annoncer une chose nouvelle à quelqu’un qui vous demandait simplement où aller.
Le test de l’article. Regardez le mot qui accompagne le nom. Article indéfini, nombre, quantifieur, ou rien : hay. Article défini, possessif, démonstratif, nom propre : está. Ce test décide seul la quasi-totalité des cas, et il fonctionne aussi bien à la question qu’à l’affirmation : ¿hay un hospital cerca? contre ¿dónde está el hospital?
Le troisième verbe entre en jeu quand on ne dit ni qu’une chose existe ni où elle se trouve, mais ce qu’elle est. C’est une identification, et elle demande ser.
Es revient également pour situer un événement, c’est-à-dire quelque chose qui n’occupe pas un point de l’espace mais qui se produit : une réunion, un cours, une fête, un match. Le lieu fait alors partie de la définition de l’événement, au même titre que son heure.
Les trois verbes peuvent se succéder sur un même sujet, et l’enchaînement montre bien qu’ils ne se remplacent pas : chacun fait un travail que les deux autres ne font pas.
| Opération | Phrase | Traduction |
|---|---|---|
| elle existe | Hoy hay una reunión. | « Il y a une réunion aujourd’hui. » |
| elle se tient là | La reunión es en la sala dos. | « La réunion a lieu en salle deux. » |
| la salle se trouve là | La sala dos está en el segundo piso. | « La salle deux est au deuxième étage. » |
Suivi d’un infinitif, hay exprime une obligation qui ne s’adresse à personne en particulier : c’est exactement notre « il faut ». Aucun sujet n’apparaît, et la forme ne change jamais.
Quand l’obligation désigne quelqu’un, l’espagnol change de tournure et emploie tener que, qui se conjugue : tengo que salir, « je dois partir ». La différence entre les deux est donc celle de l’impersonnel et du personnel, et le reste de la famille des verbes d’obligation est décrit sur la page les périphrases verbales.
Hay est une forme particulière du verbe haber, et elle possède un équivalent à chaque temps. Tous restent invariables, exactement comme le présent.
| Temps | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| présent | hay | Hay mucha gente. — « Il y a beaucoup de monde. » |
| imparfait | había | Había mucha gente. — « Il y avait beaucoup de monde. » |
| prétérit | hubo | Hubo un accidente. — « Il y a eu un accident. » |
| futur | habrá | Mañana habrá tormenta. — « Demain il y aura de l’orage. » |
| conditionnel | habría | Dijo que habría cambios. — « Il a dit qu’il y aurait des changements. » |
| passé composé | ha habido | Ha habido varios cambios. — « Il y a eu plusieurs changements. » |
Le choix entre había et hubo ne dépend pas de cette construction : il suit la règle générale qui départage les deux passés simples de l’espagnol, exposée sur la page prétérit ou imparfait. Quant à ha habido, c’est un temps composé ordinaire, dont la formation est décrite sur les temps composés ; en Amérique, le prétérit hubo couvre une bonne partie de ce que l’Espagne rend par le composé.
Habían muchas personas : la faute qu’on entend partout. Puisque la construction est impersonnelle, le nom qui suit n’en est pas le sujet mais le complément : il n’y a donc rien avec quoi accorder le verbe, et la norme exige había muchas personas, hubo problemas. Or l’accord au pluriel — habían muchas personas, hubieron problemas — s’entend dans une grande partie de l’Amérique, dans toutes les couches de la population, et il est refusé à l’écrit comme à l’examen. Vous l’entendrez donc souvent ; ne l’imitez pas.
Dernier piège, et il est purement français : notre « il y a » sert aussi à compter le temps écoulé, comme dans « il y a trois ans ». L’espagnol emploie alors un tout autre verbe, hacer : hace tres años. La tournure hay tres años n’existe pas.
Ces trois verbes sont parmi les plus fréquents de la langue : ils reviennent dès qu’on demande son chemin, qu’on décrit une pièce ou qu’on organise un rendez-vous. C’est pourquoi ils s’installent vite dès qu’on les entend en situation plutôt qu’en tableau.
Trois verbes à entendre plus qu’à apprendre. Le cours d’espagnol est entièrement audio, en leçons courtes : hay, está et es y reviennent dans des dialogues de tous les jours dits par des locuteurs d’Amérique, jusqu’à ce que le bon verbe sorte sans réflexion. La première leçon est gratuite, la suite se fait par abonnement.
Choisissez le verbe qui convient. L’indication entre parenthèses donne le sens de la phrase française. Touchez une réponse, puis Correction.
Plus exigeant : il faut choisir le bon temps, respecter l’invariabilité de la forme, et distinguer l’obligation impersonnelle de l’obligation personnelle. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
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Hay annonce l’existence d’une pharmacie dont il n’a pas encore été question ; está situe une pharmacie déjà identifiée. Le mot qui accompagne le nom sert de test : article indéfini ou rien, hay ; article défini, possessif ou nom propre, está.
Parce que l’article défini présente le nom comme connu, et qu’on ne peut pas annoncer comme nouveau ce qui est déjà connu. On dit ¿dónde está el baño? pour demander où il se trouve, et ¿hay baño? pour demander s’il y en a un.
Jamais. Hay un problema et hay tres problemas ont la même forme, et il en va de même à tous les temps : había, hubo, habrá. Le nom qui suit n’est pas le sujet du verbe, il n’y a donc rien à accorder.
Parce que beaucoup de locuteurs perçoivent le nom pluriel comme un sujet et accordent le verbe. La tournure est très répandue dans une grande partie du continent, mais elle est refusée par la norme et évitée à l’écrit : dites había muchas personas.
Par hay que suivi de l’infinitif quand l’obligation ne vise personne en particulier : hay que llegar temprano. Quand elle vise une personne, on emploie tener que conjugué : tengo que llegar temprano.
Rien à voir avec hay : pour le temps écoulé, l’espagnol emploie hacer — hace tres años, hace un rato. La tournure hay tres años n’existe pas.
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