Un nom espagnol est masculin ou féminin, sans troisième possibilité, et le français ne vous renseigne qu’une fois sur deux. La terminaison donne la règle, et la liste des noms qui la démentent est courte et finie.
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En espagnol, tout nom porte un genre, y compris les noms de choses, d’idées et d’actions. Il n’existe pas de nom neutre : le neutre existe dans la langue, mais il ne s’applique jamais à un nom.
Le genre ne se voit presque jamais sur le nom seul. Il se lit sur ce qui l’entoure : l’article d’abord, l’adjectif ensuite. mesa ne dit rien ; la mesa está limpia dit deux fois qu’il s’agit d’un féminin. C’est pourquoi un nom s’apprend avec son article, comme un bloc, et non comme un mot isolé suivi d’une information à retrouver plus tard.
Pour un francophone, la bonne nouvelle est que les deux langues tombent d’accord très souvent : la casa, el libro, la ciudad, el trabajo ont le genre que le français leur donne. La mauvaise nouvelle est que les désaccords portent sur des mots du quotidien, ceux que l’on emploie dès la première semaine.
Un dernier point pour lever une confusion fréquente. L’espagnol possède bien des formes neutres, mais elles ne désignent jamais un objet nommé : ce sont esto, eso, aquello, dont s’occupe la page démonstratifs et possessifs. Aucun nom ne s’y range. Devant un nom, il faut choisir : masculin ou féminin.
La terminaison est un indice sérieux, et dans certains cas une quasi-certitude. Le tableau ci-dessous rassemble les terminaisons qui décident, ou presque.
| Terminaison | Genre | Exemples |
|---|---|---|
| -o | masculin | el libro, el dinero, el trabajo |
| -a | féminin | la casa, la puerta, la playa |
| -ción, -sión | féminin | la canción, la estación, la decisión |
| -dad, -tad, -tud | féminin | la ciudad, la libertad, la actitud |
| -umbre | féminin | la costumbre, la cumbre |
| -ez | féminin | la niñez, la vejez |
| -or | masculin | el color, el amor, el motor |
| -aje | masculin | el viaje, el paisaje, el equipaje |
| -ma d’origine grecque | masculin | el problema, el sistema, el idioma |
| -e, consonne | imprévisible | el puente, la noche, el papel, la flor |
Les deux premières lignes couvrent l’essentiel du lexique, et c’est là que l’effort est le plus rentable : un nom en -o ou en -a se devine presque toujours. Les lignes suivantes concernent des familles entières de mots, ce qui les rend très productives : dès que vous reconnaissez -ción, vous savez qu’il faudra la, quel que soit le mot, y compris un mot que vous n’avez jamais vu.
La dernière ligne est la seule vraiment coûteuse. Les noms en -e et les noms terminés par une consonne autre que celles du tableau ne se devinent pas : ils s’apprennent un par un, avec leur article.
Ce sont eux qui font la réputation du genre espagnol, et ils sont beaucoup moins nombreux qu’on ne le craint. Trois listes suffisent.
La plupart viennent du grec par le latin et se terminent par -ma. Ils gardent un article masculin et un adjectif masculin, sans aucune hésitation possible.
Attention à ne pas généraliser : tous les noms en -ma ne sont pas masculins. la cama, « le lit », la forma, « la forme », la crema, « la crème », et la rama, « la branche », sont des féminins ordinaires. Seule la famille savante venue du grec est concernée.
La liste est courte, et deux mots y sont des abréviations : la foto vient de la fotografía, la moto de la motocicleta. Le mot raccourci garde le genre du mot entier.
Pour radio, l’usage se partage sur le continent : dans plusieurs pays, le Mexique en particulier, el radio désigne l’appareil et la radio le média et la station que l’on écoute. Ailleurs, le féminin couvre les deux sens.
Quelques noms changent de sens selon l’article. Ce ne sont pas des exceptions mais des paires de mots distincts, et l’article est le seul élément qui les sépare.
| Masculin | Sens | Féminin | Sens |
|---|---|---|---|
| el orden | l’ordre, l’agencement | la orden | l’ordre donné, la commande |
| el capital | le capital, l’argent | la capital | la capitale |
| el cura | le curé | la cura | le traitement, la guérison |
| el policía | l’agent de police | la policía | la police, l’institution |
En Amérique, la orden s’entend tous les jours au restaurant : ¿ya tomaron su orden?, « on a pris votre commande ? ». Le masculin, lui, apparaît dans el orden de las palabras, « l’ordre des mots ».
Ne mémorisez jamais un nom nu. Retenir problema ne sert à rien si vous devez ensuite deviner l’article ; retenir el problema ne coûte pas un mot de plus et règle la question définitivement. La même logique vaut pour les listes de vocabulaire que vous fabriquez vous-même : une colonne pour l’article, ou pas de liste.
Voici le point qui déroute le plus, parce qu’il a toutes les apparences d’une contradiction. agua est féminin, et pourtant on dit el agua. Puis on dit el agua fría, avec un adjectif féminin. Rien n’est incohérent : le nom n’a pas changé de genre, c’est seulement l’article qui a changé de forme.
La règle est mécanique. Un nom féminin qui commence par un a tonique — écrit a- ou ha-, le h ne se prononçant pas — prend el et un au singulier immédiat, pour éviter la rencontre de deux a identiques. Tout le reste de la phrase reste au féminin.
| Singulier | Avec adjectif | Pluriel |
|---|---|---|
| el agua | el agua fría | las aguas |
| el alma | el alma humana | las almas |
| el área | el área protegida | las áreas |
| el hacha | el hacha nueva | las hachas |
| el águila | el águila negra | las águilas |
| el aula | el aula vacía | las aulas |
| el hambre | mucha hambre | — |
Trois vérifications permettent de ne jamais se tromper. D’abord le pluriel : las revient toujours, sans exception. Ensuite les adjectifs et les quantificateurs, qui restent féminins : tengo mucha hambre, « j’ai très faim », et non une forme en -o. Enfin, le démonstratif ne bascule pas non plus : on dit esta agua, jamais este agua.
La règle ne s’applique que si l’article touche le nom. Dès qu’un mot s’intercale, le féminin réapparaît : la misma agua, « la même eau », la única arma, « la seule arme ».
Elle ne s’applique pas non plus quand le a initial n’est pas tonique, ce qui écarte beaucoup de mots courants : la amiga, la abuela, la avenida, la arena, la aduana. Elle est enfin sans effet sur les noms de personnes et sur les noms de lettres : la Ana que conozco, la a, la hache.
Ce fait appartient au genre du nom, et non à l’emploi de l’article. Les emplois de el, la, un et du neutre lo — les heures, les jours, les titres, les contractions al et del — sont traités sur la page les articles et lo, qui ne revient pas sur el agua.
Quand le nom désigne un être humain, le genre suit le sexe de la personne, et la langue dispose de quatre procédés selon les mots.
C’est le cas le plus simple, et le plus fréquent : -o devient -a, ou bien -a s’ajoute à la consonne finale.
Une série entière de noms a une forme unique pour les deux genres, notamment tous ceux en -ista et beaucoup de ceux en -e. L’article porte alors seul l’information.
Quelques noms gardent un genre fixe, quelle que soit la personne désignée. la persona et la víctima restent féminins même s’il s’agit d’un homme : él es una persona muy amable, « c’est quelqu’un de très aimable ».
Pour les métiers longtemps exercés par des hommes, le féminin en -a s’est installé dans l’usage américain : la presidenta, la ingeniera, la jueza. Certaines formes coexistent encore avec l’ancienne tournure où seul l’article varie, comme la juez. Les deux s’entendent, et aucune ne passe pour une faute.
Dernier point, très utile : le masculin pluriel couvre un groupe mixte. Ainsi los hermanos peut désigner des frères, ou bien des frères et des sœurs, et los padres signifie le plus souvent « les parents ». Le contexte tranche, et il tranche sans peine.
Le pluriel espagnol est beaucoup plus régulier que le genre. Cinq règles couvrent la quasi-totalité des noms, et elles se décident sur la dernière lettre du mot.
| Le nom finit par | On ajoute | Exemples |
|---|---|---|
| voyelle non accentuée | -s | la casa / las casas, el libro / los libros |
| consonne | -es | el papel / los papeles, la ciudad / las ciudades |
| -z | -ces | el lápiz / los lápices, la luz / las luces |
| -í, -ú accentués | -es | el maní / los maníes, el bambú / los bambúes |
| -á, -é, -ó accentués | -s | el sofá / los sofás, el café / los cafés |
La troisième règle n’est pas une exception mais une conséquence de l’orthographe : l’espagnol n’écrit pas z devant e, d’où veces, luces, narices, cruces.
Un nom déjà terminé par -s et dont l’accent ne tombe pas sur la dernière syllabe reste identique au pluriel. Seul l’article signale le nombre.
En revanche, si l’accent tombe sur la dernière syllabe, le pluriel est régulier : el mes / los meses, el país / los países, el autobús / los autobuses.
Le pluriel ajoute une syllabe, et la tilde s’ajuste : elle apparaît, disparaît, ou se déplace. Cela ne concerne que l’écriture, jamais la prononciation de la syllabe forte.
Le mécanisme qui commande ces déplacements est celui de l’accent écrit, et il est décrit en entier sur la page l’accent et la tilde. Retenez ici la conséquence : la forme du pluriel n’est jamais un caprice.
Les emprunts s’alignent sur la deuxième règle dès qu’ils sont installés : el bar / los bares, el club / los clubes, el álbum / los álbumes. À signaler pour l’Amérique : el chofer, « le chauffeur », y est accentué sur la dernière syllabe et donne los choferes, là où l’Espagne écrit el chófer, los chóferes.
Le genre et le nombre du nom ne restent pas sur le nom : ils se propagent. L’article s’accorde, l’adjectif s’accorde, le démonstratif et le possessif s’accordent, le pronom qui remplacera le nom plus loin s’accorde aussi. C’est pourquoi une erreur de genre ne reste jamais isolée : elle se répète à chaque mot qui dépend du nom.
C’est l’une des fautes les plus tenaces chez les francophones. la gente est un nom féminin singulier : le verbe et l’adjectif le suivent au singulier, même si le français met un pluriel.
Certains noms n’ont pas de singulier d’usage, et il faut les apprendre au pluriel, comme un bloc.
Les noms de famille, eux, ne prennent jamais de -s : los García, los Pérez, « les García, les Pérez ».
Une dernière conséquence du nombre, et elle est propre à l’Amérique : pour s’adresser à plusieurs personnes, le pluriel est ustedes, en toute situation, familière ou non. Ce système d’adresse est décrit sur la page tú, usted et ustedes.
Le genre s’installe par l’oreille, pas par la liste. Les listes de cette page servent à comprendre le système et à le vérifier ; ce qui fait qu’un jour la mano vous vient sans réfléchir, c’est de l’avoir entendu et répété dans des phrases. C’est le principe de notre cours d’espagnol, en leçons audio : la première leçon est gratuite, la suite est comprise dans l’abonnement.
Choisissez la forme qui s’accorde avec le nom. Touchez une réponse, puis Correction.
Une seule forme de pluriel est correcte. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
La terminaison décide dans la grande majorité des cas : -o masculin, -a féminin, et des familles entières sont sûres, comme -ción, -dad, -tud au féminin, -or et -aje au masculin. Restent les noms en -e et en consonne, qui ne se devinent pas : apprenez-les avec leur article.
Parce que le mot commence par un a tonique, et que l’espagnol évite la rencontre de deux a identiques. Seule la forme de l’article change : le nom reste féminin, d’où el agua fría, mucha agua et le pluriel las aguas.
Non, seulement ceux venus du grec, comme el problema, el tema, el sistema, el clima. Les autres sont des féminins ordinaires : la cama, la forma, la crema, la rama.
Le z devient c et l’on ajoute -es : el lápiz / los lápices, la luz / las luces, la vez / las veces. L’espagnol n’écrit jamais z devant e.
La gente es. Le nom est un féminin singulier en espagnol, alors que le français emploie un pluriel : La gente es muy amable, « les gens sont très gentils ». C’est une faute fréquente et facile à corriger.
Très rarement, et pratiquement jamais pour les noms courants. Le cas le plus cité est radio : dans plusieurs pays, dont le Mexique, el radio désigne l’appareil et la radio la station. Les emplois de l’article, eux, sont traités sur la page les articles et lo.
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