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Cours de langues›Le verbe et sa préposition

Chaque verbe a sa préposition, et elle ne se devine pas

On ne pense pas « à » en espagnol, on pense en ; on ne rêve pas « de », on rêve con. La préposition ne traduit pas la préposition française : elle appartient au verbe, et elle s’apprend avec lui.

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La préposition fait partie du verbe

Certains verbes exigent une préposition pour rejoindre leur complément, et cette préposition n’est pas choisie pour son sens : elle est imposée. C’est ce que les grammairiens appellent la rection. Le français fait la même chose — on se souvient de, on pense à, on s’attend à — mais il ne choisit pas les mêmes, et c’est là que tout se joue.

La conséquence pratique est simple et un peu désagréable : il n’existe aucune règle pour deviner la préposition d’un verbe espagnol à partir du verbe français. Pensar prend en quand le français met « à ». Soñar prend con quand le français met « de ». Casarse prend con quand le français dit « épouser » sans rien du tout. Chaque verbe se mémorise avec sa préposition collée, comme un seul mot.

Trois sujets voisins ne sont pas traités ici, pour éviter les redites. Les tours verbaux qui forment un temps ou une aspect — ir a, acabar de, volver a, empezar a, dejar de, ponerse a — sont des périphrases et relèvent de la page les périphrases verbales. Le choix entre complément direct et complément indirect, qui fait hésiter sur pagar, pegar ou preguntar, est réglé sur les pronoms compléments. Enfin, le petit a qui annonce une personne — veo a María — n’est pas une rection du tout, et il a sa propre page, le a devant le COD.

Les verbes qui prennent a

Devant un nom comme devant un infinitif, ces verbes réclament a. Plusieurs correspondent à un verbe français sans préposition, ce qui les rend particulièrement piégeux : « ressembler à » se laisse deviner, « jouer au football » aussi, mais « refuser de » devient negarse a.

Rection en a
Verbe espagnolFrançaisExemple
aprender aapprendre àAprendí a manejar en Bogotá.
enseñar aapprendre à, enseigner àMi papá me enseñó a nadar.
atreverse aoserNo me atrevo a preguntarle.
negarse arefuser deSe negó a firmar el contrato.
acostumbrarse as’habituer àMe acostumbré al calor.
parecerse aressembler àSe parece a su mamá.
asistir aassister àAsistimos a la conferencia.
jugar ajouer àLos niños juegan al fútbol.
oler asentir (une odeur)La cocina huele a café.
saber aavoir le goût deEste jugo sabe a mango.
invitar ainviter àNos invitaron a su boda.
obligar aobliger à, forcer àLa lluvia nos obligó a volver.

Deux d’entre eux méritent une remarque. Oler a et saber a forment des tours très courants dans la langue parlée, et le français n’a rien d’équivalent : on dira huele a lluvia, « ça sent la pluie », ou sabe a quemado, « ça a un goût de brûlé ». La préposition y est obligatoire, et l’oublier produit une phrase que personne ne comprend.

Les verbes qui prennent de

C’est la série la plus fournie, et la plus rassurante : le français met souvent « de » aux mêmes endroits. Les pièges se concentrent sur les verbes pronominaux, où le francophone oublie soit le pronom, soit la préposition, soit les deux.

Deux détails valent d’être notés. La préposition tient devant une proposition entière : me di cuenta de que faltaba algo, avec de maintenu, là où le français le fait disparaître. Et plusieurs de ces verbes existent aussi sans pronom et sans préposition, avec un sens légèrement différent : olvidé las llaves dit le fait brut, me olvidé de las llaves met l’oubli sur le compte du sujet.

Quand le complément est une proposition entière introduite par que, la question qui se pose ensuite est celle du mode du verbe qui suit ; elle est traitée sur la page après que, et non ici.

Les verbes qui prennent en, con ou por

En

Petite série, mais elle contient le verbe le plus fréquemment mal construit de toute la langue : pensar en. Le francophone dit pienso a mi familia pendant des mois, parce que sa langue lui souffle « à ».

Tardar en est un cas à part : c’est la manière ordinaire de dire combien de temps une chose prend, et la préposition espagnole ne correspond à aucune préposition française. ¿Cuánto tardas en llegar? se rend par « tu mets combien de temps pour arriver ? ».

Con

Trois de ces verbes sont contre-intuitifs pour un francophone : soñar con quand nous disons « rêver de », contar con quand nous disons « compter sur », et amenazar con quand nous disons « menacer de ». Ce sont exactement ceux qu’il faut mémoriser en bloc.

Por

La préposition est ici une simple exigence du verbe, sans rapport avec la cause ni avec le but. Quand por et para s’opposent librement et qu’il faut trancher entre les deux, c’est un autre sujet, traité sur la page por ou para.

Les verbes espagnols qui ne prennent rien

Le mouvement inverse est aussi fréquent, et plus coûteux : là où le français met une préposition, l’espagnol enchaîne directement sur son complément. Ajouter la préposition française est une faute franche, immédiatement audible, et elle survit longtemps parce qu’elle paraît logique.

Une préposition en français, aucune en espagnol
EspagnolFrançaisExemple
buscarchercher, chercher aprèsBusco las llaves.
esperarattendreEsperamos el colectivo.
mirarregarderMira el mapa.
escucharécouterEscucho la radio.
pedirdemanderPedí un café.
necesitaravoir besoin deNecesito tu ayuda.
aprovecharprofiter deAprovechamos el descuento.
agradecerremercier de, pourAgradezco su paciencia.
recordarse souvenir deRecuerdo ese día.

Necesitar et recordar sont les deux plus utiles. « J’ai besoin de toi » se dit te necesito, en deux mots, et non avec une préposition. Quant à « se souvenir », l’espagnol offre deux constructions au choix, l’une avec préposition et l’autre sans, exactement synonymes.

  • Recuerdo ese verano perfectamente. — « Je me souviens parfaitement de cet été. »
  • Me acuerdo de ese verano perfectamente. — « Je me souviens parfaitement de cet été. »
  • Te necesito aquí mañana temprano. — « J’ai besoin de toi ici demain tôt. »
  • Aprovechen la oferta, termina hoy. — « Profitez de l’offre, elle finit aujourd’hui. »

Attention à un détail qui trompe l’œil : lorsque le complément de ces verbes désigne une personne, un a apparaît malgré tout. Il ne s’agit pas d’une rection qui se réveillerait, mais du a qui annonce une personne, décrit sur le a devant le COD. Comparez espero el tren et espero a mi hermana : le verbe n’a pas changé de construction.

Quand la préposition change le sens

Quelques verbes acceptent plusieurs prépositions, et chacune ouvre un sens différent. Ce sont les plus rentables à connaître, parce qu’une erreur de préposition n’y produit pas une maladresse mais un contresens.

Un verbe, deux prépositions, deux sens
FormeSensExemple
pensar enavoir en têtePienso en mi viaje.
pensar deavoir une opinion sur¿Qué piensas de mi idea?
hablar deparler de (un sujet)Hablamos de política.
hablar conparler à (quelqu’un)Hablé con el gerente.
quedar enconvenir deQuedamos en vernos a las ocho.
quedar condonner rendez-vous àQuedé con Ana en el parque.
dar contomber sur, trouverPor fin di con la respuesta.
dar adonner sur (une vue)La ventana da al patio.
contar concompter surCuento con tu apoyo.
tratar deessayer deTrato de entender.
tratarse deil s’agit deSe trata de un error.

Le couple hablar de et hablar con est celui qui revient le plus dans la conversation ordinaire. Le français dit « parler à quelqu’un » et « parler de quelque chose » ; l’espagnol dit hablar con alguien et hablar de algo. Confondre les deux transforme « j’ai parlé au directeur » en « j’ai parlé du directeur ».

La préposition ne s’apprend pas dans une liste, elle s’apprend dans une phrase. Mémoriser « pensar + en » ne suffit pas : au moment de parler, c’est le français qui remonte. Ce qui tient, c’est une phrase entière entendue et répétée, pienso en ti, dont la préposition arrive avec le reste. Les tableaux de cette page servent à vérifier, pas à apprendre.

Ce qui change en Amérique

La rection est un des domaines les plus stables de la langue, et l’immense majorité des attelages ci-dessus valent partout. Quelques divergences existent pourtant, et elles portent sur des verbes très courants.

Entrer dans un lieu. L’Amérique dit majoritairement entrar a, l’Espagne entrar en. Les deux sont corrects, mais c’est la première que vous entendrez de Mexico à Santiago. Le verbe ingresar, plus formel, se construit aussi avec a en Amérique.

Mettre du temps à faire quelque chose. À côté de tardar en, compris partout, on entend beaucoup demorarse en au Chili, en Colombie, au Pérou et en Équateur. La construction est la même, le verbe change.

Se fâcher contre quelqu’un. L’Amérique emploie enojarse con là où l’Espagne dit enfadarse con. La préposition est identique, seul le verbe diffère, et enojarse est celui à retenir pour le continent.

Rien de cela n’empêche l’intercompréhension : un Madrilène qui entend entré al cuarto ne s’arrête pas une seconde. Mais autant construire vos phrases comme les construisent les gens que vous allez écouter. C’est le principe du cours d’espagnol, où chaque verbe arrive dans une phrase complète, avec sa préposition, dite par des locuteurs du continent. L’ensemble du dossier est accessible depuis la page de grammaire.

Première série : trouver la préposition

Complétez chaque phrase. Le tiret signifie qu’aucune préposition n’est attendue. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Pienso ___ mi familia todos los días.
  2. Anoche soñé ___ mi abuelo.
  3. No me acuerdo ___ su nombre.
  4. Se casó ___ una colombiana el año pasado.
  5. Esperamos ___ el colectivo en la esquina.
  6. Tardé dos horas ___ llegar al aeropuerto.
  7. Todo depende ___ ustedes.
  8. Cuento ___ tu apoyo para el domingo.
  9. Fíjate ___ los detalles del contrato.
  10. Necesito ___ tu ayuda esta tarde.
  11. Aprovechamos ___ el descuento del sábado.
  12. Se negó ___ firmar el contrato.
  13. Tu hija se parece mucho ___ su mamá.
  14. Me preocupo ___ mi mamá desde el viaje.

Seconde série : la préposition qui change le sens

Choisissez la construction qui correspond au sens indiqué entre parenthèses. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Ayer ___ mi jefe. (j’ai parlé à mon chef)
  2. Ayer ___ mi jefe. (j’ai parlé de mon chef)
  3. ¿Qué ___ mi idea? (que penses-tu de mon idée ?)
  4. Todo el día ___ ese viaje. (je pense à ce voyage)
  5. Por fin ___ la respuesta. (nous avons fini par trouver la réponse)
  6. La ventana ___ patio. (la fenêtre donne sur la cour)
  7. ___ vernos a las ocho. (nous sommes convenus de nous voir à huit heures)
  8. ___ Ana en el parque. (j’ai donné rendez-vous à Ana au parc)
  9. ___ un error de imprenta. (il s’agit d’une faute d’impression)
  10. La cocina ___ café. (la cuisine sent le café)
  11. Entramos ___ restaurante a las nueve. (usage d’Amérique)
  12. Me ___ media hora en encontrar estacionamiento. (j’ai mis une demi-heure)
  13. Se ___ su hermano por una tontería. (il s’est fâché contre son frère)
  14. ___ ese verano perfectamente. (je me souviens parfaitement de cet été)
  15. Me di cuenta ___ que faltaba algo. (je me suis rendu compte qu’il manquait quelque chose)

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Questions fréquentes

Comment savoir quelle préposition prend un verbe espagnol ?

Il n’y a pas de règle : la préposition ne se déduit ni du sens du verbe ni de la préposition française. Elle s’apprend avec le verbe, dans une phrase complète. Pensar en, soñar con, acordarse de se mémorisent en un seul bloc.

Pourquoi pienso en ti et non pienso a ti ?

Parce que pensar régit en. C’est une exigence du verbe, sans rapport avec le sens : le français choisit « à », l’espagnol choisit en, et aucune logique ne relie les deux. C’est probablement la faute la plus répandue chez les francophones.

Dit-on busco por mis llaves ?

Non. Buscar se construit directement : busco las llaves. Même chose pour esperar, mirar, escuchar, pedir, necesitar et aprovechar, qui refusent la préposition que le français ajoute.

Pourquoi espero a mi hermana avec une préposition, alors ?

Parce que ce a n’est pas une rection : c’est celui qui annonce un complément direct de personne. Espero el tren et espero a mi hermana ont la même construction. Le détail est sur la page le a devant le COD.

Faut-il dire entrar a ou entrar en ?

Les deux sont corrects. Entrar a domine en Amérique latine, entrar en en Espagne. Si vous apprenez l’espagnol du continent, prenez entrar a : c’est ce que vous entendrez.

Et ir a, empezar a, acabar de ?

Ce ne sont pas des rections ordinaires mais des périphrases, qui servent à exprimer l’avenir, le début ou le passé récent. Elles forment un chapitre à part, traité sur la page les périphrases verbales.

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