Le subjonctif espagnol effraie par sa réputation, jamais par sa fabrication : une seule opération produit presque toutes ses formes. Prenez la première personne du présent de l’indicatif, retirez le -o, et changez de voyelle.
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Le subjonctif n’est pas un temps mais un mode, et il possède ses propres temps : un présent, un imparfait, et deux formes composées bâties sur les précédents. Cette page ne fait qu’une chose — les fabriquer. Elle ne dit jamais quand les employer, parce que ce travail appartient à d’autres pages, et qu’il vaut mieux savoir former une forme avant de se demander où la placer.
La règle de fabrication du présent tient en une phrase. On part de la première personne du singulier du présent de l’indicatif, on retire le -o final, et on ajoute des terminaisons qui prennent la voyelle opposée à celle du groupe : un e pour les verbes en -ar, un a pour ceux en -er et en -ir. C’est tout, et cela fonctionne pour la quasi-totalité du vocabulaire.
| Personne | hablar → hablo | comer → como | vivir → vivo |
|---|---|---|---|
| yo | hable | coma | viva |
| tú / vos | hables | comas | vivas |
| él, ella, usted | hable | coma | viva |
| nosotros | hablemos | comamos | vivamos |
| ellos, ellas, ustedes | hablen | coman | vivan |
Le tableau compte cinq lignes, et non six. En Amérique latine, le pluriel de la deuxième personne est ustedes, qui se construit sur la troisième personne du pluriel : il n’y a donc pas de sixième forme à apprendre, et aucune terminaison en -éis ou -áis n’a cours ici. Le détail de ce système d’adresse est décrit sur tú, usted et ustedes.
Deux formes sont identiques dans chaque colonne, celle de yo et celle de él, ella, usted. C’est une particularité du subjonctif, et la seule véritable source d’ambiguïté de tout le paradigme : le pronom sujet, d’ordinaire omis, redevient utile quand le contexte ne suffit pas à désigner la personne.
Les pages qui décrivent les emplois — après que, cuando, para que, aunque et les phrases avec si — supposent connue la totalité de ce qui suit et ne redonnent aucune terminaison.
La règle n’est pas un raccourci pédagogique : c’est la règle. Elle explique d’un coup des dizaines de verbes que les manuels présentent comme irréguliers au subjonctif, alors qu’ils ne le sont qu’au présent de l’indicatif. Si vous savez dire tengo, vous savez déjà dire tenga, et toute la colonne qui suit.
Les verbes dont la première personne ajoute un g, un zc ou un ig gardent cette consonne dans les cinq formes du subjonctif, y compris là où l’indicatif la perd. C’est le cas le plus fréquent et le plus rentable.
Les verbes en -uir se comportent de la même manière, avec le y de leur première personne : huir → huyo → huya, construir → construyo → construya, incluir → incluyo → incluya.
Les verbes à diphtongaison — ceux dont le e devient ie et le o devient ue sous l’accent — appliquent la même règle, et la diphtongue apparaît donc là où elle apparaissait à l’indicatif. Comme l’accent ne tombe pas sur le radical à la forme de nosotros, cette forme-là reste sans diphtongue. Le dessin que fait ce découpage dans un tableau à cinq lignes est celui d’une botte dont la tige contourne la quatrième ligne ; la même figure gouverne le présent de l’indicatif, décrit sur les irréguliers du présent.
Changer de voyelle finale oblige parfois à retoucher la consonne qui précède, pour que le son ne bouge pas. Ce ne sont pas des irrégularités mais des conventions d’écriture, et elles sont entièrement prévisibles : les verbes en -car passent à -que, ceux en -gar à -gue, ceux en -zar à -ce, ceux en -ger et -gir à -ja, ceux en -guir à -ga.
| Terminaison | Infinitif | Subjonctif |
|---|---|---|
| -car | buscar | busque, busques, busque, busquemos, busquen |
| -gar | llegar | llegue, llegues, llegue, lleguemos, lleguen |
| -zar | empezar | empiece, empieces, empiece, empecemos, empiecen |
| -gir | elegir | elija, elijas, elija, elijamos, elijan |
| -guir | seguir | siga, sigas, siga, sigamos, sigan |
Un verbe peut cumuler une diphtongue et une retouche : jugar donne juegue, juegues, juegue, juguemos, jueguen, où la diphtongue suit la botte et le u protège le son du g sur les cinq lignes.
Une erreur qui se voit tout de suite. La règle part de la première personne du présent, jamais de l’infinitif. Un francophone qui raisonne sur l’infinitif écrit tenga correctement par chance, puis conoca au lieu de conozca et salga devient sala. Le réflexe à installer est de prononcer d’abord la forme en yo, à voix basse, et de partir de là.
Un seul groupe demande une observation supplémentaire, et il est important parce qu’il contient des verbes très courants. Les verbes en -ir à modification vocalique ferment leur voyelle de radical aussi à la forme de nosotros, là où les verbes en -ar et -er revenaient à la voyelle de l’infinitif.
Le mécanisme se lit en deux étapes. La règle générale fournit quatre formes à partir de la première personne ; puis la forme de nosotros, privée de diphtongue, ne garde pas pour autant la voyelle de l’infinitif : le e se ferme en i et le o en u. C’est exactement la voyelle que l’on retrouve au gérondif, durmiendo, sintiendo, pidiendo.
| Personne | pedir | sentir | dormir |
|---|---|---|---|
| yo | pida | sienta | duerma |
| tú / vos | pidas | sientas | duermas |
| él, ella, usted | pida | sienta | duerma |
| nosotros | pidamos | sintamos | durmamos |
| ellos, ellas, ustedes | pidan | sientan | duerman |
Les verbes du type pedir sont les plus simples de tous : leur voyelle est fermée partout, sans exception, si bien que les cinq formes se ressemblent. Ceux du type sentir et dormir sont les seuls du paradigme espagnol à présenter trois timbres différents pour une même racine.
La règle de la première personne suppose une chose : que cette première personne finisse par un -o ordinaire, qu’on puisse retirer. Six verbes espagnols ne remplissent pas cette condition — leur première personne est soy, voy, he, sé, doy, estoy. Ce sont exactement les six dont le subjonctif doit s’apprendre par cœur. Il n’y en a pas un septième.
| Verbe | yo | tú | él, usted | nosotros | ustedes |
|---|---|---|---|---|---|
| ser | sea | seas | sea | seamos | sean |
| ir | vaya | vayas | vaya | vayamos | vayan |
| haber | haya | hayas | haya | hayamos | hayan |
| saber | sepa | sepas | sepa | sepamos | sepan |
| dar | dé | des | dé | demos | den |
| estar | esté | estés | esté | estemos | estén |
Deux détails d’écriture méritent d’être notés. dé porte un accent qui ne sert qu’à le distinguer de la préposition de, et cet accent disparaît sur des, demos et den. Quatre formes de estar portent un accent parce que la voix tombe sur leur dernière syllabe. La règle qui commande ces accents est énoncée une seule fois, sur l’accent et la tilde.
Là où vos remplace tú, une forme propre existe, accentuée sur la terminaison : hablés, comás, vivás, seás, tengás, hagás, vengás. Elle se fabrique à partir de la même base, en déplaçant simplement l’accent sur la voyelle finale du radical élargi.
Les deux formes coexistent, et leur répartition n’est pas la même partout. Dans le Río de la Plata, la langue soignée et l’écrit retiennent plutôt que vos hables, identique au tutoiement classique, tandis que que vos hablés se dit couramment à l’oral familier ; en Amérique centrale, la forme voseante est employée plus régulièrement. Vous serez compris dans les deux cas, et la géographie complète de vos est décrite sur le voseo.
L’imparfait du subjonctif, lui, n’a pas de forme voseante distincte : que vos tuvieras, que vos vinieras, comme avec tú. C’est un point de repos dans un système qui en offre peu.
Le deuxième temps du mode se fabrique avec une règle encore plus sûre que la première, parce qu’elle ne souffre aucune exception. On prend la troisième personne du pluriel du prétérit de l’indicatif, on retire les trois lettres -ron, et on ajoute les terminaisons de l’imparfait du subjonctif. Aucun verbe espagnol n’y échappe, pas même les six de la section précédente.
L’intérêt est considérable : tout le travail de mémoire se trouve déjà fait sur le prétérit. Si vous connaissez tuvieron, dijeron, trajeron, fueron, vous n’avez plus rien à apprendre ici.
L’espagnol dispose de deux séries de terminaisons pour ce temps, parfaitement interchangeables. La série en -ra est celle qu’on entend et qu’on écrit en Amérique latine ; la série en -se est comprise partout, mais elle sonne littéraire ou administrative sur le continent et reste rare dans la conversation. Apprenez à reconnaître les deux, et produisez la première.
| Personne | hablaron | comieron | vivieron |
|---|---|---|---|
| yo | hablara / hablase | comiera / comiese | viviera / viviese |
| tú / vos | hablaras | comieras | vivieras |
| él, ella, usted | hablara | comiera | viviera |
| nosotros | habláramos | comiéramos | viviéramos |
| ellos, ellas, ustedes | hablaran | comieran | vivieran |
La forme de nosotros porte toujours un accent écrit, dans les deux séries : habláramos et hablásemos, tuviéramos et tuviésemos. C’est la seule des cinq lignes à en porter, et l’oublier est la faute d’orthographe la plus fréquente de tout le subjonctif.
Les verbes au prétérit fort donnent un imparfait du subjonctif qui n’a plus rien à voir avec leur infinitif, et c’est normal : la forme est tirée du prétérit, pas de l’infinitif. Il n’y a rien à comprendre, seulement à vérifier une fois.
Une forme pour deux verbes. fuera vient à la fois de ser et de ir, parce que leurs prétérits sont confondus. Seule la phrase distingue les deux, et personne n’hésite jamais en pratique : le contexte tranche instantanément entre une identité et un déplacement.
Les deux dernières formes du mode ne demandent aucun apprentissage nouveau. On prend le subjonctif de haber — haya pour le présent, hubiera pour l’imparfait — et on ajoute le participe passé, qui ne s’accorde jamais dans cette position. La formation du participe et la liste de ses irréguliers figurent sur les temps composés.
Le subjonctif espagnol n’a pas de futur vivant. Une forme existe, hablare, tuviere, fuere, mais elle ne se rencontre plus que dans la langue juridique et dans quelques tournures figées ; le présent du subjonctif couvre l’avenir sans difficulté. Vous pouvez la reconnaître et l’oublier aussitôt.
Reste à savoir lequel de ces quatre temps choisir. La réponse ne dépend pas du sens mais du verbe principal, et elle se ramène à une bascule : un verbe principal au présent, au futur ou à l’impératif appelle le présent ou le passé du subjonctif ; un verbe principal à un temps du passé ou au conditionnel appelle l’imparfait ou le plus-que-parfait. À l’intérieur de chaque paire, la forme simple dit le simultané ou le postérieur, la forme composée dit l’antérieur.
| Verbe principal | Fait simultané ou à venir | Fait antérieur |
|---|---|---|
| présent, futur, ordre | présent du subjonctif | passé du subjonctif |
| prétérit, imparfait, conditionnel | imparfait du subjonctif | plus-que-parfait du subjonctif |
Les quatre phrases ci-dessous ne sont là que pour montrer cet appariement. Le verbe principal y est toujours le même, et la question de savoir pourquoi le subjonctif apparaît après lui ne se pose pas ici : elle appartient aux pages d’emploi.
Un paradigme appris par la lecture reste une liste ; il ne devient une forme disponible que lorsqu’on l’a produit à voix haute assez souvent pour ne plus le reconstruire. C’est le principe de notre cours d’espagnol, entièrement audio, en leçons courtes : on y entend tenga, vengas, pudiéramos dans des phrases entières dites par des locuteurs d’Amérique, et on les répète. La première leçon est gratuite, la suite est comprise dans l’abonnement.
La forme est demandée dans le cadre de citation « que + pronom », sans contexte d’emploi. Touchez une réponse, puis Correction.
Même cadre de citation, appliqué cette fois aux six verbes à mémoriser et aux temps tirés du prétérit. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante pages qui se répondent, avec des exercices corrigés sur chacune. La langue telle qu'on la parle du Mexique à l'Argentine : ustedes partout, le voseo, le prétérit simple, et les deux murs du francophone — ser ou estar, et le subjonctif.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Quatre en usage courant : un présent (hable), un imparfait (hablara ou hablase), un passé (haya hablado) et un plus-que-parfait (hubiera hablado). Une cinquième forme, hablare, ne survit que dans la langue juridique.
Parce que c’est la première personne qui porte les irrégularités du radical. conozco donne conozca, salgo donne salga, quepo donne quepa : en partant de l’infinitif, on obtiendrait chaque fois une forme inexistante.
Il faut savoir les reconnaître, pas les produire. hablase et hubiese sont parfaitement corrects et se lisent dans les textes, mais l’Amérique latine emploie la série en -ra dans la conversation. Choisissez -ra et n’y revenez plus.
Six : ser, ir, haber, saber, dar, estar. Ce sont exactement ceux dont la première personne du présent ne finit pas par un -o ordinaire. Tous les autres se déduisent de cette première personne.
Au présent, deux formes coexistent : que vos hables, identique au tutoiement classique, et que vos hablés, accentuée sur la terminaison. La répartition varie selon les pays, comme l’explique le voseo. À l’imparfait, il n’y a pas de forme propre : que vos vinieras.
Parce que la voix tombe sur la troisième syllabe en remontant, position qui exige toujours la tilde en espagnol. La forme de nosotros est la seule du paradigme concernée, dans les deux séries : habláramos, tuviéramos, hubiésemos. La règle générale figure sur l’accent et la tilde.
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