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Cours de langues›Apprendre les caractères

Faut-il apprendre les caractères chinois ?

L’écriture chinoise ne note pas les sons. On peut parler mandarin sans connaître un seul caractère — et en connaître mille sans savoir commander un thé.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l'application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s'écoutent en ligne, et non sur ce site.

Une question de projet, non de principe

La réponse franche tient en deux lignes. Les caractères ne sont pas nécessaires pour parler ; ils sont indispensables pour lire. Ce sont deux apprentissages distincts, qui ne se nourrissent presque pas l’un l’autre. Le seul arbitrage qui vous appartient porte sur ce que vous voulez faire de la langue.

Cette page traite de la décision : ce que les caractères coûtent, ce qu’ils rapportent, à qui ils servent. Elle laisse de côté deux questions voisines. Comment un caractère est bâti, et pourquoi il signifie ce qu’il signifie, relève de la page Comment est fait un caractère ; la manière de le tracer et de le retrouver dans un dictionnaire est exposée à la page Les clés et les traits. Le choix entre les deux jeux en usage aujourd’hui appartient à la page Simplifié et traditionnel ; tout ce qui suit est écrit en caractères simplifiés.

Un préalable, car tout le calcul en dépend. Un caractère, 汉字 hànzì, n’est pas une lettre. Il note une syllabe entière et, presque toujours, un morceau de sens.

Regardez 好. Rien dans son tracé n’indique qu’il se dit hǎo. Une majorité de caractères porte pourtant un indice de prononciation, souvent émoussé par les siècles : la série bâtie sur 青 qīng en donne l’idée, avec 清 qīng, « limpide », et 请 qǐng, « prier ». La syllabe est la même, le ton ne l’est pas : 清 se lit au premier ton, haut et plat, et 请 au troisième, descendant-montant. L’indice donne la consonne et la voyelle, presque jamais la mélodie — et les quatre tons sont décrits à la page Les quatre tons.

Ce que l’écriture ne fera pas pour votre oreille

Un alphabet rend un service : il transcrit ce qu’on entend, et lire à voix haute suffit souvent à prononcer à peu près juste. L’écriture chinoise ne rend pas ce service. Elle note des unités de sens, pas des sons. Apprendre mille caractères ne fait pas avancer d’une minute une conversation, et c’est le point que les manuels escamotent en faisant démarrer leurs leçons par la copie.

La réciproque est vraie, et c’est elle qui condamne l’idée de se passer des caractères pour lire. Le pinyin note les sons, donc il perd le sens. Le mandarin compte peu de syllabes distinctes et les recycle : une même suite de lettres, au même ton, recouvre des mots sans rapport.

Une même syllabe, des caractères et des sens sans rapport
CaractèrePinyinCe qu’il dit
是shìêtre
事shìl’affaire, le fait
市shìle marché, la ville
室shìla salle, la pièce
试shìessayer
十shídix
时shíle temps, l’heure
食shíla nourriture

À l’oral, cette homophonie ne gêne personne : le débit, la situation et les mots de deux syllabes lèvent l’ambiguïté sans qu’on y pense. C’est sur la page qu’elle devient insupportable. Un texte suivi en pinyin se déchiffre comme un rébus, et aucun éditeur chinois n’en publie. La valeur exacte des lettres du pinyin, elle, est exposée à la page Lire le pinyin : c’est un outil de prononciation et de saisie, pas un système de lecture.

Les chiffres, et ce qu’ils veulent dire

On cite tout et n’importe quoi sur le nombre de caractères. Voici les seuls chiffres qui reposent sur un document officiel, avec sa date. Le dossier n’en donne ailleurs aucun : la démographie de la langue est traitée à la page La langue en chiffres.

Combien de caractères, selon ce qu’on mesure
NombreCe qu’il mesureSource et date
1 500 et 2 000seuil officiel d’alphabétisation, à la campagne et en villeRèglement sur l’élimination de l’analphabétisme, 1988, révisé en 1993
2 500couvre 97,97 % des caractères d’un texte courantTable des caractères usuels du chinois moderne, 1988
3 500couvre 99,48 % des caractères d’un texte courantmême table, usuels et semi-usuels réunis
8 105la norme officielle entière, en trois niveaux : 3 500, puis 3 000, puis 1 605Table générale des caractères normalisés, Conseil des affaires de l’État, 2013
900, 1 800, 3 000caractères à reconnaître aux trois degrés du référentiel internationalNorme des niveaux de compétence en chinois, ministère de l’Éducation, 2021
60 370caractères recensés par un grand dictionnaire de référenceHanyu da zidian, deuxième édition, 2010
85 568caractères recensés par le plus vaste répertoire existantZhonghua zihai, 1994

Les deux derniers chiffres ne vous concernent pas. Ils comptent les variantes graphiques, les caractères des sutras bouddhiques, ceux des inscriptions et des dialectes : aucun Chinois cultivé n’en connaît le dixième. Les citer pour effrayer un débutant est malhonnête.

Le chiffre honnête est celui du milieu. Autour de deux mille cinq cents caractères, un texte courant devient lisible ; à trois mille cinq cents, il l’est presque entièrement. Mais lisez bien la colonne des pourcentages : 99,48 % laisse un caractère inconnu sur deux cents environ. Sur une page de roman, cela fait encore quelques arrêts — et ils tombent souvent sur le nom propre ou le mot-clé, c’est-à-dire là où l’on ne peut pas deviner. Un seuil de lecture confortable se compte donc en années de travail régulier, pas en mois.

Un caractère n’est pas un mot

Voici l’erreur de calcul la plus répandue. La norme de 2021 demande trois mille caractères au degré supérieur — et, dans le même document, onze mille quatre-vingt-douze mots. Le rapport entre les deux nombres dit tout : la plupart des mots du mandarin moderne s’écrivent avec deux caractères, et leur sens ne se déduit pas toujours de la somme des deux.

Personne ne devinera « la chose » à partir de l’est et de l’ouest, ni « tout de suite » à partir du cheval. Connaître les deux caractères de 东西 dōngxi ne donne donc pas le mot : il faut l’apprendre séparément, comme on apprend un mot de vocabulaire dans n’importe quelle langue. La façon dont ces mots invariables se soudent est décrite à la page Ce qui n’existe pas.

Le bénéfice existe malgré tout, et il arrive tard. Passé un certain stock, les mots nouveaux cessent d’être opaques : on voit de quoi ils sont faits, on les retient plus vite, on les reconnaît à la lecture avant de les avoir jamais entendus. Ceux qui défendent l’apprentissage des caractères ont raison sur ce point précis. Ils ont tort quand ils le présentent comme un gain immédiat.

Reconnaître et écrire sont deux métiers

Reconnaître un caractère dans un texte est une chose ; le produire de mémoire sur une feuille blanche en est une autre, plusieurs fois plus coûteuse. Ce que la norme officielle de 2021 chiffre à son degré le plus élevé, ce sont trois mille caractères reconnus — et c’est bien la reconnaissance qui sert le plus souvent.

La raison est prosaïque. Les Chinois eux-mêmes n’écrivent presque plus à la main. Ils saisissent le pinyin sur un clavier et choisissent le caractère dans une liste — le 拼音输入法 pīnyīn shūrùfǎ, la méthode de saisie par le pinyin. Reconnaître suffit donc pour écrire un message, et l’usage a fait apparaître un mot pour la conséquence : 提笔忘字 tíbǐ wàngzì, « prendre le stylo et oublier le caractère », l’embarras du locuteur natif devant un formulaire à remplir.

Pour un apprenant étranger, l’écriture manuscrite est donc devenue un choix, non une obligation — sauf s’il passe un examen qui l’exige, ou s’il constate que sa main retient mieux que ses yeux, ce qui arrive souvent. Le tracé lui-même, avec l’ordre des traits et la recherche au dictionnaire, appartient à la page Les clés et les traits.

Trois projets, trois réponses

Parler, voyager, converser

Zéro caractère nécessaire. La parole se construit par l’oreille, et chaque heure passée à copier des traits est une heure retirée à l’écoute. Une trentaine de panneaux reconnus de loin suffisent à circuler.

Vivre ou travailler en Chine

La lecture devient nécessaire, au moins passive : menus, applications, messages, formulaires. Visez la reconnaissance, remettez la main à plus tard, et partez du vocabulaire que vous savez déjà dire.

Étudier, lire, traduire

Le programme entier, sans échappatoire : plusieurs milliers de caractères, plusieurs années. C’est un apprentissage à part entière, qui se mène en parallèle de la langue parlée et non à sa place.

Le premier cas est le plus fréquent, et le plus mal servi. Voici ce qu’un voyageur gagne vraiment à reconnaître — une liste courte, qu’on retient en quelques jours parce que chaque caractère s’y rattache à une situation précise.

Les panneaux à reconnaître avant tous les autres
CaractèresPinyinSens
出口chūkǒula sortie
入口rùkǒul’entrée
男nánhommes
女nǚfemmes
洗手间xǐshǒujiānles toilettes
厕所cèsuǒles toilettes, terme plus cru
推tuīpoussez
拉lātirez
开kāiouvert
关guānfermé
营业中yíngyè zhōngen service, ouvert au public
地铁dìtiěle métro
火车站huǒchēzhànla gare
机场jīchǎngl’aéroport
银行yínhángla banque
医院yīyuànl’hôpital
小心xiǎoxīnattention, prudence
禁止吸烟jìnzhǐ xīyāndéfense de fumer

Si vous décidez de vous y mettre

Quelques principes qui économisent des mois. Ils ne dispensent d’aucun effort ; ils évitent seulement de le dépenser au mauvais endroit.

  1. Commencez par la parole. Un caractère appris pour un mot que vous savez déjà dire se fixe sans peine ; le même caractère appris à froid s’efface en une semaine.
  2. N’apprenez jamais un caractère seul. Apprenez-le dans un mot, et le mot dans une phrase : 电脑 diànnǎo, « l’ordinateur », plutôt que 脑 nǎo, « le cerveau » ; puis 我在电脑上写字。 Wǒ zài diànnǎo shàng xiě zì. — « J’écris sur l’ordinateur », plutôt que le mot seul sur une fiche.
  3. Travaillez par séances brèves et quotidiennes, avec un système de répétition espacée. La mémoire des formes graphiques se nourrit de fréquence, non de durée : vingt minutes tous les jours valent mieux que trois heures le dimanche.
  4. Séparez explicitement les deux objectifs. Une liste de caractères à reconnaître, beaucoup plus longue ; une liste de caractères à écrire à la main, beaucoup plus courte, réservée à ce dont vous avez réellement l’usage.
  5. Lisez du vrai texte très tôt, même minuscule : un menu, une enseigne, un message. Deux lignes comprises valent dix fiches revues.
  6. Ne comptez pas vos caractères. Comptez les pages que vous lisez sans dictionnaire : c’est la seule mesure qui corresponde à quelque chose.

L’ordre compte plus que la méthode. Un adulte qui commence par l’écriture travaille des mois avant sa première conversation, et beaucoup abandonnent avant. L’inverse fonctionne mieux : la langue parlée d’abord, l’écriture ensuite, quand elle vient se poser sur des mots déjà familiers à l’oreille. C’est le parti pris de notre cours de chinois, entièrement audio, qui ne demande aucun caractère. Le reste du dossier de grammaire est récapitulé à la page La grammaire complète, et les autres langues sont rassemblées dans nos dossiers de grammaire.

Exercez-vous

Choisissez le caractère ou le mot qu’appelle chaque phrase. On travaille ici les panneaux courants, la distinction entre le caractère et le mot, et les homophones que le pinyin ne sépare pas. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. 我想去 ___。 wǒ xiǎng qù ___ (Je voudrais aller aux toilettes.)
  2. 我坐 ___ 去机场。 wǒ zuò ___ qù jīchǎng (Je vais à l’aéroport en métro.)
  3. 请从 ___ 出去。 qǐng cóng ___ chūqù (Passez par la sortie.)
  4. 请问,___ 在哪儿? qǐngwèn, ___ zài nǎr (Excusez-moi, où est la gare ?)
  5. 我去 ___ 取钱。 wǒ qù ___ qǔ qián (Je vais à la banque retirer de l’argent.)
  6. 这是 ___ 厕所,不是女厕所。 zhè shì ___ cèsuǒ, bú shì nǚ cèsuǒ (Ce sont les toilettes des hommes, pas celles des femmes.)
  7. 门上写着 ___,不是推。 mén shang xiězhe ___, bú shì tuī (Sur la porte il est écrit « tirez », non « poussez ».)
  8. 商店已经 ___ 门了。 shāngdiàn yǐjīng ___ mén le (Le magasin a déjà fermé.)
  9. 地上有水,请 ___。 dìshang yǒu shuǐ, qǐng ___ (Il y a de l’eau par terre, faites attention.)
  10. 这里 ___,请到外面去。 zhèlǐ ___, qǐng dào wàimiàn qù (Il est interdit de fumer ici, allez dehors.)
  11. 他 ___ 中国人。 tā ___ Zhōngguórén (Il est chinois.)
  12. 他今年 ___ 岁。 tā jīnnián ___ suì (Il a dix ans.)
  13. ___ 进。 ___ jìn (Entrez, je vous en prie.)
  14. 水很 ___。 shuǐ hěn ___ (L’eau est très claire.)
  15. 我用 ___ 给你打电话。 wǒ yòng ___ gěi nǐ dǎ diànhuà (Je t’appelle avec mon téléphone portable.)
  16. 我坐 ___ 去北京。 wǒ zuò ___ qù Běijīng (Je vais à Pékin en train.)
  17. 我在 ___ 上写字。 wǒ zài ___ shàng xiě zì (J’écris sur l’ordinateur.)
  18. 我要买一点 ___。 wǒ yào mǎi yìdiǎn ___ (Je vais acheter quelques affaires.)
  19. 他 ___ 就来。 tā ___ jiù lái (Il arrive tout de suite.)
  20. 一个 ___ 常常由两个字组成。 yí ge ___ chángcháng yóu liǎng ge zì zǔchéng (Un mot se compose souvent de deux caractères.)
  21. 我不认识这个 ___,我查字典。 wǒ bú rènshi zhège ___, wǒ chá zìdiǎn (Je ne connais pas ce caractère, je consulte le dictionnaire.)
  22. 中国人用 ___ 在手机上打字。 Zhōngguó rén yòng ___ zài shǒujī shàng dǎzì (Les Chinois saisissent leur texte au pinyin sur leur téléphone.)
  23. 我会说,可是不会 ___。 wǒ huì shuō, kěshì bú huì ___ (Je sais parler, mais je ne sais pas écrire.)
  24. 一个汉字代表一个 ___。 yí ge hànzì dàibiǎo yí ge ___ (Un caractère représente une syllabe.)

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Questions fréquentes

Peut-on apprendre à parler le mandarin sans les caractères ?

Oui, entièrement. L’écriture chinoise note des unités de sens, pas des sons : elle n’apporte rien à la prononciation ni à la conversation. Des millions de personnes parlent leur langue sans la lire, en Chine comme ailleurs.

Combien de caractères faut-il connaître pour lire un journal ?

Autour de deux mille cinq cents : la Table des caractères usuels du chinois moderne, publiée en 1988, indique que ces 2 500 caractères couvrent 97,97 % d’un texte courant, et que les 3 500 de la table entière en couvrent 99,48 %. Le seuil officiel d’alphabétisation, lui, est fixé à 1 500 ou 2 000 caractères selon qu’on vit à la campagne ou en ville.

Faut-il apprendre à écrire les caractères à la main ?

Rarement, si votre objectif est de parler et de lire. Les Chinois eux-mêmes saisissent le pinyin sur un clavier et choisissent le caractère dans une liste, au point qu’une expression existe pour l’oubli qui s’ensuit : 提笔忘字 tíbǐ wàngzì.

Le pinyin peut-il remplacer les caractères pour lire ?

Non. Le pinyin note les sons et perd le sens : 是, 事, 市, 室 et 试 s’écrivent tous shì. Un texte suivi en pinyin se déchiffre comme un rébus, et aucun éditeur chinois n’en publie.

Combien de caractères existe-t-il en tout ?

La norme officielle de 2013 en retient 8 105, répartis en trois niveaux. Les grands répertoires vont bien au-delà — 60 370 pour le Hanyu da zidian de 2010, 85 568 pour le Zhonghua zihai de 1994 — mais ils comptent les variantes et les caractères rares, que personne ne connaît.

Vaut-il mieux apprendre les caractères simplifiés ou traditionnels ?

Le choix dépend du pays visé et se traite à part : la page Simplifié et traditionnel expose ce qui sépare les deux jeux et lequel apprendre. Le présent dossier est écrit en caractères simplifiés, ceux de la Chine continentale.

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