Les verbes du mandarin ne changent jamais de forme. Ils n’en forment pas moins quatre classes, qui n’acceptent pas les mêmes constructions : 我很喜欢中国菜 — wǒ hěn xǐhuan Zhōngguó cài — « j’aime beaucoup la cuisine chinoise » est correct, 我很吃中国菜 ne l’est pas.
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Le mandarin ne conjugue rien : un verbe garde la même forme quelle que soit la personne, le moment ou le mode, et cette absence de flexion est décrite à la page ce qui n’existe pas. Un francophone en conclut volontiers que tous les verbes se valent et se placent aux mêmes endroits. C’est faux, et il en sort quantité de phrases qui se comprennent sans être correctes.
Chaque verbe appartient à une classe, et sa classe décide de ce qu’il accepte derrière lui, devant lui, et à l’intérieur de lui-même. On dit 我很喜欢中国菜 mais jamais 我很吃中国菜 ; 我跟他见面 mais jamais 我见面他. Rien dans la forme du verbe ne le signale.
Cette page décrit quatre classes et les tests qui les séparent ; elle ne décrit aucune particule. Les marques de l’aspect servent ici de réactifs et ne sont jamais expliquées : elles ont leurs pages, 了 après le verbe, 过 et l’expérience vécue, 着 et l’action en cours, que rassemble le passé et l’aspect. De même, 不 et 没 relèvent des deux négations, 是 de être, avoir, se trouver, et l’enchaînement de plusieurs verbes des verbes qui s’enchaînent.
Un verbe se laisse classer par ce qu’il refuse. Quatre opérations suffisent : lui donner un objet direct, mettre 很 hěn devant lui, lui coller la marque de l’accompli 了, le redoubler. Aucune classe ne réagit aux quatre de la même façon.
| Test | Action 吃 | État 喜欢 | Qualité 累 | Séparable 见面 |
|---|---|---|---|---|
| Objet direct | oui — 吃饭 chīfàn, manger | oui — 喜欢你 xǐhuan nǐ, t’aimer | jamais | jamais |
| 很 devant | non | oui — 很喜欢 hěn xǐhuan, aimer beaucoup | oui, presque toujours — 很累 hěn lèi, fatigué | non |
| 了 collé au verbe | oui — 吃了 chīle, a mangé | non | non | oui, mais à l’intérieur — 见了面 jiànle miàn, s’est rencontré |
| Redoublement | oui — 看看 kànkan, regarder un peu | non | autre schéma — 高高的 gāogāo de, tout haut | première syllabe seule — 见见面 jiànjian miàn, se voir un peu |
Un cinquième test, la question par reprise, donne 吃不吃, 喜不喜欢, 累不累, 见不见面. Il n’ajoute rien aux quatre autres ; sa description revient à la page poser une question.
C’est la classe la plus fournie et la plus proche du verbe français : un procès qui se déroule, avec un début et une fin — manger, acheter, écrire, partir. La plupart prennent un objet direct, acceptent la marque de l’accompli, se redoublent pour adoucir une demande, et refusent 很 : 我很吃 ne veut rien dire.
Le redoublement est le test le plus commode : il ne s’applique qu’à eux. Répéter le verbe adoucit la demande, comme notre « un peu ». Une syllabe se double telle quelle, deux syllabes se doublent en bloc. Il ne sert ici qu’à identifier la classe ; son fonctionnement est décrit à la page durée et fréquence.
Une petite série de verbes d’action accepte un bénéficiaire, puis un objet, sans aucune marque entre eux. Le français passe par « à » ; le mandarin aligne. La liste se retient telle quelle : 给, 教, 问, 告诉, 送.
Ils ne disent pas ce qu’on fait, mais ce qu’on éprouve ou ce qu’on sait : aimer, craindre, espérer, connaître. Leur signature est double, et ce couple les distingue du reste : ils acceptent un objet, comme les verbes d’action, et le degré devant eux, comme les verbes de qualité.
En retour, ils refusent ce qui suppose un procès. Un état n’a pas de terme à atteindre : la marque de l’accompli ne trouve rien à marquer, et 我喜欢了他 n’est pas une phrase. Le redoublement, qui atténue une action, ne s’applique pas davantage. Pour dire moins, on baisse le degré — 不太喜欢 — au lieu de doubler le verbe.
Tous ne se laissent pas mesurer. Ceux qui disent un sentiment l’acceptent ; ceux qui disent un savoir le refusent, parce qu’ils sont par nature entiers. On ne connaît pas un nom à moitié.
La nuance ne change pas la classe : ces verbes refusent eux aussi le redoublement, et ils prennent un objet.
Ce sont les mots que les manuels appellent adjectifs, et qui n’en sont pas. 累, 忙, 高, 冷, 贵 ne qualifient pas un verbe absent : ils sont eux-mêmes le prédicat. Le test tient en deux points : ils prennent 很 et ils ne prennent jamais d’objet. C’est ce qui les sépare des verbes d’état, avec lesquels ils partagent le degré.
Conséquence : 我是累 est une faute, car 是 relie un sujet à un nom et à rien d’autre. Tout le comportement de cette classe — la valeur de 很, la négation, la place devant le nom, la particule 的, le redoublement en 高高的 — est exposé à la page les adjectifs sont des verbes, et vous n’en trouverez rien de plus ici. La gradation, de 有点儿 à 最, relève de comparer avec 比.
La classe qui n’a pas d’équivalent en français, et celle qui produit le plus de fautes durables. Un verbe séparable compte deux syllabes dont la seconde est déjà un objet. 见面 n’est pas « rencontrer » mais « voir le visage » ; 睡觉 n’est pas « dormir » mais « dormir un sommeil ». La traduction masque cette structure, et l’apprenant construit alors une phrase à deux objets pour un seul verbe.
| Verbe | Mot à mot | Sens |
|---|---|---|
| 见面 jiànmiàn | voir + visage | se rencontrer |
| 睡觉 shuìjiào | dormir + sommeil | dormir |
| 结婚 jiéhūn | nouer + mariage | se marier |
| 帮忙 bāngmáng | aider + besogne | rendre service |
| 聊天 liáotiān | causer + ciel | bavarder |
| 唱歌 chànggē | chanter + chanson | chanter |
| 跳舞 tiàowǔ | sauter + danse | danser |
| 游泳 yóuyǒng | nager + nage | nager |
| 洗澡 xǐzǎo | laver + bain | se laver |
| 生气 shēngqì | produire + souffle | se fâcher |
| 上课 shàngkè | monter + cours | avoir cours |
| 散步 sànbù | disperser + pas | se promener |
| 排队 páiduì | aligner + file | faire la queue |
| 说话 shuōhuà | dire + parole | parler |
Elle est mécanique et tout francophone la commet. « Je le rencontre » se traduit mot à mot par un verbe suivi d’un pronom, et le résultat est 我见面他, soit « je vois le visage lui ». La place de l’objet est prise. La personne rencontrée passe donc avant le verbe, amenée par 跟 gēn ou 和 hé — des coverbes, c’est-à-dire des verbes devenus introducteurs, que réunit la page les prépositions verbales.
Les deux derniers exemples montrent la seconde issue : quand la personne n’est pas un partenaire mais la cible de l’action, elle devient le déterminant du nom interne, avec 的. Non pas « aider quelqu’un », mais « faire la besogne de quelqu’un ».
Tout ce qu’un verbe ordinaire porterait derrière lui, un verbe séparable le loge entre ses deux syllabes : accompli, expérience, nombre de fois, durée, adjectif. La syllabe verbale reste devant, le nom interne ferme le groupe.
Le redoublement obéit à la même logique : il ne touche que la syllabe verbale. On dit 散散步 et non 散步散步.
Tant que rien ne s’insère, le verbe reste soudé et se comporte comme un verbe d’action ordinaire — sauf qu’il ne recevra jamais de complément direct.
Rien dans l’écriture ne signale qu’un verbe est séparable. 学习 xuéxí et 上课 shàngkè se ressemblent, et seul le premier accepte un objet : 学习汉语 se dit, 上课汉语 ne se dit pas. C’est une information de dictionnaire, à retenir avec le mot.
Quelques verbes échappent aux quatre classes parce qu’ils ont cessé d’être des verbes pleins. Ils sont nommés ici, décrits chacun sur sa page.
会, 能, 可以, 要, 应该 se placent devant un autre verbe et n’ont pas d’objet propre dans cet emploi. 我会说中文 Wǒ huì shuō Zhōngwén, « je sais parler chinois ». Voyez la page pouvoir, vouloir, devoir.
跟, 给, 对, 从, 用, 离 sont d’anciens verbes qui introduisent un complément devant le verbe principal. 他跟我一起去 Tā gēn wǒ yìqǐ qù, « il vient avec moi ». La page les prépositions verbales les réunit.
La copule, l’existence et la localisation forment un trio à part. 我是学生 Wǒ shì xuésheng, 我有两个孩子 Wǒ yǒu liǎng ge háizi, 他在家 Tā zài jiā. Voyez la page être, avoir, se trouver.
Ni où placer le verbe, ni ce qui s’accroche derrière lui : voyez l’ordre des mots et le complément de résultat.
La classe s’apprend avec le mot, pas avec la règle. Rien ne permet de deviner que 见面 est séparable et que 学习 ne l’est pas. Le classement se retient au fil des phrases entendues, jusqu’à ce que 我见面他 sonne faux avant toute analyse. Un automatisme s’installe par l’oreille : c’est le travail du cours de chinois, entièrement audio. Le plan du dossier est à la page la grammaire complète, et les autres langues à la page toute la grammaire.
Reconnaissez la classe du verbe, puis choisissez la construction qu’elle autorise. On travaille ici l’objet direct, l’appui 很, la marque de l’accompli, le redoublement et l’ouverture des verbes séparables. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Quatre, pour l’usage courant : les verbes d’action (吃, 买), les verbes d’état (喜欢, 怕), les verbes de qualité, que les manuels appellent adjectifs (累, 忙), et les verbes séparables (见面, 睡觉). S’y ajoutent les auxiliaires modaux, les coverbes et le trio 是, 有, 在, qui ont chacun leur page.
Par l’objet. Les deux acceptent 很 devant eux, mais seul le verbe d’état prend un complément : 我很喜欢中国菜 Wǒ hěn xǐhuan Zhōngguó cài, « j’aime beaucoup la cuisine chinoise ». Un verbe de qualité reste seul : 我很累 Wǒ hěn lèi, « je suis fatigué ».
Un verbe de deux syllabes dont la seconde est déjà un objet. 见面 jiànmiàn signifie mot à mot « voir le visage », 睡觉 shuìjiào « dormir un sommeil ». La place de l’objet étant occupée, le verbe n’en reçoit jamais un second.
Parce que 面 occupe déjà la place de l’objet et que 他 vient s’ajouter par-dessus. La personne rencontrée passe avant le verbe : 我跟他见面 Wǒ gēn tā jiànmiàn, « je le rencontre ». Même mécanisme pour 我跟她结婚, « je l’épouse ».
Non. 很 ne se place que devant un verbe de qualité ou un verbe d’état qui exprime un sentiment. 我很吃 et 我很游泳 ne sont pas des phrases, et 我很知道 non plus, car un savoir ne se gradue pas.
Rien dans l’écriture ne le signale : 学习 xuéxí prend un objet, 游泳 yóuyǒng n’en prend jamais. C’est une information à retenir avec le mot, comme le genre d’un nom allemand. Un bon dictionnaire l’indique.
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