Le mandarin possède une forme qui ne dit ni qu’une action a eu lieu, ni qu’on sait la faire : elle dit si les circonstances laissent atteindre le résultat. Elle se fabrique en glissant un caractère à l’intérieur d’un mot.
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Deux constructions du mandarin emploient le caractère 得, sans aucun rapport entre elles. Dans le complément de degré, 得 est suivi d’un adjectif et juge la manière d’une action bien réelle : 他跑得很快 — tā pǎo de hěn kuài — « il court très vite » ; cette construction-là est traitée à la page le complément de degré et n’est pas notre sujet. Ici, 得 est suivi d’un résultat : la phrase ne dit plus comment une action s’est déroulée, mais si ce résultat peut être atteint.
Le point de départ n’est pas un mot nouveau, mais un mot déjà connu : 听懂, 吃完, 找到, 看见, verbes suivis de leur résultat, décrits à la page le complément de résultat. Cette page-ci n’en construit aucun de neuf : elle montre ce qui arrive quand on les ouvre en deux. Le complément de résultat répond « est-ce arrivé ? » ; le complément potentiel répond « est-ce possible ? ».
Prenez un verbe suivi de son résultat. Glissez 得 entre les deux : « on peut y arriver ». Glissez 不 à la même place : « on ne peut pas y arriver ». Rien ne s’ajoute devant le verbe, aucune terminaison ne bouge. Le mandarin coupe un mot et remplit la fente.
| Verbe + résultat | Peut aboutir | Ne peut pas aboutir |
|---|---|---|
| 听懂 tīngdǒng — comprendre à l’oreille | 听得懂 tīng de dǒng | 听不懂 tīng bu dǒng |
| 看懂 kàndǒng — comprendre en lisant | 看得懂 kàn de dǒng | 看不懂 kàn bu dǒng |
| 吃完 chīwán — finir de manger | 吃得完 chī de wán | 吃不完 chī bu wán |
| 做完 zuòwán — venir à bout de | 做得完 zuò de wán | 做不完 zuò bu wán |
| 找到 zhǎodào — trouver | 找得到 zhǎo de dào | 找不到 zhǎo bu dào |
| 看见 kànjiàn — voir | 看得见 kàn de jiàn | 看不见 kàn bu jiàn |
| 听见 tīngjiàn — entendre | 听得见 tīng de jiàn | 听不见 tīng bu jiàn |
Les deux caractères insérés sont atones. 得 se prononce de, et non dé. Le 不 inséré perd lui aussi son ton : il se dit bu, alors que la négation ordinaire se prononce bù, au quatrième ton, descendant. Le groupe reste un seul bloc sonore, appuyé sur ses deux syllabes extérieures et creusé au milieu. Cette absence de ton est décrite à la page le ton neutre.
C’est pourquoi le pinyin sépare ici les syllabes — tīng bu dǒng — alors qu’il souderait tīngdǒng. L’espace signale la fente.
Une asymétrie frappe l’apprenant qui écoute du mandarin réel : la forme en 不 est partout, la forme en 得 est rare, cantonnée aux questions et à leurs réponses. Pour dire qu’une chose est possible, le mandarin a d’autres moyens ; pour dire qu’elle ne l’est pas, il prend presque toujours celui-ci.
Voici la confusion la plus coûteuse de tout le chapitre. Comparez ces deux phrases, qui ne diffèrent que par la place et le choix de la négation.
La première constate un échec ponctuel, la seconde une impossibilité. Le francophone les confond, car sa langue rend les deux par « je ne comprends pas ». Retenez la géométrie : 没 se place devant le groupe et le laisse entier ; 不 se glisse dedans et le coupe. Une forme potentielle ne se nie jamais par l’avant : 不听得懂 n’existe pas. Le partage général entre les deux négations du mandarin est exposé à la page les deux négations.
Jusqu’ici, la fente s’ouvrait dans des mots qui existent aussi fermés : 听懂 se dit, 吃完 se dit. Mais une poignée de compléments ne se rencontrent guère qu’à la forme potentielle. On ne dit pas 买起 ni 拿动 ; on dit 买不起 et 拿不动. Ces cinq-là s’apprennent comme un petit lexique. Le dernier fait exception : 着 s’emploie aussi à l’affirmative, où il dit simplement que le but visé a été atteint — 他睡着了 — tā shuìzháo le — « il s’est endormi ».
| Complément | Ce qu’il mesure | Exemple |
|---|---|---|
| 了 liǎo | la capacité d’en venir à bout, de le faire du tout | 吃不了 chī bu liǎo — « je n’en viendrai pas à bout » |
| 动 dòng | la force physique disponible | 拿不动 ná bu dòng — « trop lourd pour moi » |
| 起 qǐ | les moyens, le plus souvent l’argent | 买不起 mǎi bu qǐ — « je n’en ai pas les moyens » |
| 下 xià | la place matérielle | 坐不下 zuò bu xià — « il n’y a pas la place » |
| 着 zháo | l’atteinte d’un but qu’on vise | 睡不着 shuì bu zháo — « je n’arrive pas à m’endormir » |
Comparez les deux emplois de 买 : 买不起 porte sur votre portefeuille, 买不到 sur l’existence de la marchandise. Un même verbe, deux empêchements, et le mandarin choisit son complément selon celui qui bloque.
Deux caractères qui trompent l’œil. Le 了 de 吃不了 se lit liǎo, au troisième ton, descendant-montant : c’est un verbe signifiant « achever », et non la particule d’aspect le décrite à la page 了 après le verbe. De même, le 着 de 睡不着 se lit zháo, au deuxième ton, montant, et non zhe, la particule d’aspect traitée à la page 着 et l’action en cours. Même caractère, lecture différente, grammaire différente.
L’objet se place après le groupe entier, jamais à l’intérieur. Il peut aussi passer en tête de phrase, comme souvent en mandarin.
Pour interroger, deux voies : la particule 吗 en fin de phrase, ou les deux formes opposées bout à bout, sur le modèle décrit à la page poser une question.
Le mandarin n’a pas de mot pour « oui » ni pour « non » : on reprend la forme. C’est là, et presque là seulement, que la forme affirmative sort de sa réserve.
能吃完 et 吃得完 se traduisent l’un et l’autre par « pouvoir finir », et c’est pourquoi cette frontière doit être posée en toutes lettres. Le modal dit ce que le sujet sait faire ou a le droit de faire ; la forme potentielle dit si la situation laisse atteindre le résultat. Le premier regarde la personne, la seconde regarde les circonstances. Les auxiliaires 会, 能 et 可以 sont décrits à la page pouvoir, vouloir, devoir.
À l’affirmative, l’usage préfère l’auxiliaire ; à la négative, l’insertion, pour une raison précise : 不能 glisse vers l’interdiction. 我不能吃 — wǒ bù néng chī — dit « je n’ai pas le droit de manger », et non « je n’y arriverai pas ». Pour l’impossibilité matérielle, la forme potentielle est seule à viser juste.
Elle n’entre pas dans une phrase en 把. Cette construction annonce ce que l’on fait subir à un objet, donc un fait réel ; la forme potentielle n’avance qu’une hypothèse. 我把饭吃完了 est correct ; on ne dira jamais 我把饭吃得完, mais 我能把饭吃完 — wǒ néng bǎ fàn chīwán — « j’arriverai à finir ce riz ». Voyez la page la construction en 把.
Elle ne prend pas les marques de l’aspect accompli. Rien d’accompli ne s’attache à une forme qui ne raconte aucun fait : 听得懂过 ne se dit pas, et l’on n’ajoute pas davantage 了 derrière elle pour signaler qu’un fait a eu lieu. Le passé se marque par un mot de temps placé en tête : 昨天我听不懂 — zuótiān wǒ tīng bu dǒng — « hier, je n’arrivais pas à comprendre ».
Elle ne se laisse pas graduer. Aucun adverbe d’intensité ne la précède : 很听得懂 ne se dit pas. Le résultat est atteignable ou il ne l’est pas.
La même insertion fonctionne avec les compléments qui orientent l’action dans l’espace, et se loge devant le groupe entier : 拿出来 donne 拿不出来, 搬进去 donne 搬不进去. Ils sont décrits à la page le complément directionnel ; on signale seulement ici qu’ils s’ouvrent comme les autres.
Certaines de ces constructions ont si bien servi qu’elles ont cessé d’en être. Le locuteur ne les analyse plus : il les emploie comme des mots entiers, souvent avec un sens que la somme des parties n’annonçait pas. Le pinyin le marque en les soudant.
Le dernier couple est l’un des rares où la forme affirmative s’entend autant que la négative, car la question « a-t-on encore le temps ? » se pose sans cesse.
La règle se comprend en trois minutes ; l’oreille met beaucoup plus longtemps. La difficulté n’est pas de savoir où insérer 不 : elle est d’entendre, dans un débit normal, une syllabe atone coincée entre deux syllabes toniques, et de la produire sans marquer de pause. C’est un travail d’écoute, que fait le cours de chinois, entièrement audio. Les autres chapitres sont dans le sommaire de grammaire.
Choisissez le caractère ou la forme qu’appelle chaque phrase. On travaille ici l’insertion de 得 et de 不 dans des résultatifs connus, et l’écart avec la négation en 没. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, plus exigeant. On y choisit entre 了, 动, 起, 下 et 着, on écarte les constructions que la forme potentielle refuse, et on reconnaît les formes figées. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
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C’est une insertion. On prend un verbe suivi de son résultat, comme 听懂 tīngdǒng, et l’on glisse entre les deux 得 pour dire que le résultat peut être atteint, ou 不 pour dire qu’il ne peut pas l’être : 听得懂, 听不懂. La forme ne raconte aucun fait ; elle évalue une possibilité.
没听懂 méi tīngdǒng constate qu’on n’a pas compris : le fait ne s’est pas produit. 听不懂 tīng bu dǒng dit qu’on n’y arrive pas : le résultat est hors d’atteinte. La négation qui se place devant le groupe et celle qui se glisse dedans ne disent pas la même chose.
Les deux se disent. Le modal dit ce que le sujet sait faire ou a le droit de faire ; la forme potentielle dit si la situation laisse atteindre le résultat. À l’affirmative, l’usage préfère 能 ; à la négative, il préfère l’insertion, car 不能 glisse vers l’interdiction.
Parce qu’il est atone à cette place. Inséré dans un groupe, 不 se prononce bu, sans ton, alors que la négation ordinaire se dit bù, au quatrième ton, descendant. Le pinyin marque cette fente en séparant les syllabes : tīng bu dǒng, et non tīngbùdǒng.
Non. La construction en 把 annonce ce que l’on fait subir à un objet, donc un fait réel, tandis que la forme potentielle n’avance qu’une hypothèse. On dira 我能把饭吃完 wǒ néng bǎ fàn chīwán, avec un auxiliaire, et jamais 我把饭吃得完.
Non, et la confusion est fréquente. Il se lit liǎo, au troisième ton, descendant-montant, et signifie « achever ». La particule d’aspect, elle, se lit le et ne s’attache jamais à une forme potentielle. Même caractère, deux lectures, deux grammaires.
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