Ni conjugaison, ni genre, ni pluriel, ni cas, ni article, ni concordance des temps. Le mandarin ne fait varier aucun de ses mots — il les assemble.
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Un mot français change de forme selon son rôle : chante, chantais, chanteraient ; ami, amie, amis ; je, me, moi, mon. Cette variation porte un nom, la flexion. Le mandarin l’ignore entièrement. Un mot y garde exactement la même forme, quels que soient la personne, le moment, le nombre, le genre et la fonction.
Les linguistes appellent isolante une langue de ce type. Conséquence pratique : aucun tableau de conjugaison, aucun pluriel irrégulier, aucun accord à surveiller. La langue n’en devient pas facile pour autant, car ce que la flexion faisait chez nous doit bien se faire autrement.
Cette page traite les absences, et elles seules, puis la manière dont les mots invariables s’assemblent. Elle écarte quatre sujets qui ont chacun leur page : la hauteur mélodique qui distingue les syllabes est décrite à la page les quatre tons ; le classificateur obligatoire entre un nombre et un nom, à la page les classificateurs ; le comportement verbal de l’adjectif, à la page les adjectifs sont des verbes ; et la place de chaque constituant dans la phrase, à la page l’ordre des mots. La vue d’ensemble du système se trouve à la page la grammaire complète.
Le verbe a une forme, et une seule. Ni personne, ni temps, ni mode, ni infinitif, ni participe.
Les noms ne sont ni masculins ni féminins, et rien ne s’accorde autour d’eux.
La même forme du nom vaut pour un objet et pour mille.
Sujet ou complément, le nom et le pronom ne changent pas.
Ni défini, ni indéfini, ni partitif. Le nom se présente nu.
Le discours rapporté ne déplace rien, puisqu’il n’y a aucune forme à déplacer.
C’est l’absence la plus spectaculaire. Le verbe français être compte plusieurs dizaines de formes ; son équivalent mandarin en compte une.
| Français | Mandarin | Pinyin |
|---|---|---|
| je suis professeur | 我是老师。 | wǒ shì lǎoshī |
| tu es professeur | 你是老师。 | nǐ shì lǎoshī |
| il est professeur | 他是老师。 | tā shì lǎoshī |
| elle est professeure | 她是老师。 | tā shì lǎoshī |
| nous sommes professeurs | 我们是老师。 | wǒmen shì lǎoshī |
| vous êtes professeurs | 你们是老师。 | nǐmen shì lǎoshī |
| ils sont professeurs | 他们是老师。 | tāmen shì lǎoshī |
Rien ne change du côté du verbe ; le pluriel se marque sur le pronom, par l’ajout d’un élément invariable. Le moment dont on parle se dit de même, par un mot placé avant le verbe.
Le 了 le qui ferme la dernière phrase n’est pas une terminaison : c’est une particule autonome, détachable, que le verbe ne porte pas. Le mandarin en possède une petite série, et elles relèvent de l’aspect, non du temps. Savoir laquelle employer selon le fait à exprimer est l’objet de la page le passé et l’aspect.
Il n’existe pas davantage d’infinitif ni de participe. Un verbe qui en suit un autre garde sa forme unique, et la négation se place devant lui sans rien modifier — le choix entre les deux négations du mandarin est traité à la page les deux négations.
Les noms mandarins n’ont pas de genre grammatical. Un nom de métier vaut pour un homme comme pour une femme, et rien ne s’accorde autour de lui.
Quand le sexe compte réellement, on ajoute un mot devant le nom, et ce mot ne fusionne avec rien : 男 nán, « masculin », et 女 nǚ, « féminin ».
Le pronom mérite une remarque. À l’écrit, trois caractères distinguent le masculin, le féminin et l’inanimé : 他, 她 et 它. À l’oreille, il n’y en a qu’un : tous trois se prononcent tā. Le caractère féminin est d’ailleurs récent dans cet emploi : un signe ancien tombé en désuétude, que le poète et linguiste Liu Bannong a proposé de reprendre à la fin des années 1910 pour traduire les romans européens. La distinction est une importation graphique, et elle ne s’entend pas.
Le nom ne porte aucune marque de pluriel grammatical. La même forme désigne un objet ou plusieurs, et c’est le contexte, un nombre ou un mot de quantité qui tranche.
Notez la deuxième phrase : le nombre est déjà là, et le nom reste nu. Le mandarin ne redouble pas cette information. Le système qui occupe la place de nos articles et de notre pluriel — position dans la phrase, démonstratifs, marque collective — est décrit à la page défini, indéfini, pluriel. Les nombres eux-mêmes sont exposés à la page nombres, dates et heures.
Le français conserve une déclinaison sur ses pronoms : je devient me, puis moi, puis mon, selon la fonction. Le mandarin ne connaît rien de tel. Le pronom garde une forme unique, et c’est sa place, ou un mot ajouté devant lui, qui indique ce qu’il fait.
| Français | Mandarin | Pinyin |
|---|---|---|
| je le connais | 我认识他。 | wǒ rènshi tā |
| il me connaît | 他认识我。 | tā rènshi wǒ |
| nous les connaissons | 我们认识他们。 | wǒmen rènshi tāmen |
| il parle avec moi | 他跟我说话。 | tā gēn wǒ shuōhuà |
| mon livre | 我的书 | wǒ de shū |
Deux détails de cette liste méritent d’être nommés. Le mot 跟 gēn se traduit par « avec », mais ce n’est pas une préposition au sens français : c’est un verbe employé devant un autre verbe, ce que les grammaires appellent un coverbe. La série complète figure à la page les prépositions verbales. Quant à 的 de, la possession ne modifie pas le pronom : elle lui adjoint une particule séparée, décrite à la page les relatives en 的.
Il n’y a ni « le », ni « la », ni « un », ni « du ». Le nom apparaît seul, et le français doit ajouter à la traduction un article que rien ne portait dans l’original.
Ce qui départage le défini de l’indéfini n’est donc pas un mot, mais la position du nom dans la phrase et, au besoin, un démonstratif. Là encore, la page défini, indéfini, pluriel expose le mécanisme.
La concordance des temps est une servitude du français : « il dit qu’il vient » devient « il a dit qu’il venait ». Le mandarin n’a pas de formes à reculer, et ne recule donc rien : le verbe de la subordonnée est exactement celui qu’on emploierait en discours direct. Les mots de temps, eux, se comptent depuis le moment où l’on parle, exactement comme en français.
Un francophone croit entendre ici des phrases au présent. Elles ne sont à aucun temps : c’est le contexte qui situe l’ensemble.
Une langue qui ne dérive pas ses mots par des terminaisons doit les fabriquer autrement. Le mandarin les compose : il juxtapose deux mots anciens, brefs et déjà connus, pour en former un nouveau dont le sens se lit littéralement. Aucun des deux éléments ne change de forme dans l’opération ; tout au plus la seconde syllabe y perd-elle sa hauteur propre.
| Mot | Pinyin | Éléments | Sens |
|---|---|---|---|
| 电话 | diànhuà | électricité + parole | téléphone |
| 电脑 | diànnǎo | électricité + cerveau | ordinateur |
| 电视 | diànshì | électricité + regarder | télévision |
| 电影 | diànyǐng | électricité + ombre | film |
| 火车 | huǒchē | feu + véhicule | train |
| 火山 | huǒshān | feu + montagne | volcan |
| 飞机 | fēijī | voler + machine | avion |
| 手机 | shǒujī | main + machine | téléphone portable |
| 生日 | shēngrì | naître + jour | anniversaire |
| 面包 | miànbāo | farine + envelopper | pain |
| 水果 | shuǐguǒ | eau + fruit | fruit |
| 大学 | dàxué | grand + étude | université |
Le procédé se poursuit : un composé peut à son tour entrer dans un composé plus long, sans qu’aucune soudure ni aucune voyelle de liaison n’apparaisse.
L’avantage est net : un stock réduit d’éléments courts engendre un vocabulaire immense, et un mot inconnu se devine souvent à partir de ses parties. La contrepartie existe aussi, car le calcul est parfois opaque : 东西 dōngxi, littéralement « est-ouest », signifie simplement « chose ».
Enfin, puisque rien ne varie, un même mot passe d’une classe à l’autre sans changer d’un iota. Le français dirait travailler puis travail ; le mandarin dit deux fois la même chose.
Une nuance, pour rester exact. Dire que le mandarin n’a aucun affixe serait excessif. Quelques éléments s’ajoutent régulièrement à un mot : le suffixe 子 zi, qui clôt une foule de noms d’objets — 桌子 zhuōzi, « la table », 椅子 yǐzi, « la chaise », 孩子 háizi, « l’enfant » — ou la marque collective 们 men, qui suit un nom de personne. Mais aucun n’est imposé par une règle d’accord, aucun ne varie, aucun ne signale la personne, le temps ou la fonction. Ils ajoutent un sens ; ils n’accordent rien. Le suffixe 子 se prononce sans hauteur propre, ce qu’explique la page le ton neutre, et la marque 们 est décrite à la page défini, indéfini, pluriel.
Ne confondez pas cette composition des mots avec la composition des caractères. Ici, deux mots forment un mot. Là, des éléments graphiques forment un caractère unique, selon des principes qui relèvent de l’écriture et sont exposés à la page comment est fait un caractère.
La première année d’espagnol ou d’allemand se passe en grande partie à produire les bonnes formes. En mandarin, ce travail n’existe pas : dès la première leçon, vous manipulez les mots tels que le dictionnaire les donne, sans rien transformer.
L’effort se déplace, il ne disparaît pas. La hauteur mélodique d’abord, qui distingue des mots entiers et qu’aucune explication écrite ne fait entendre. La place des mots ensuite : privée d’accords, la phrase confie tout à l’ordre, et une inversion bénigne en français devient ici une faute de sens.
Une grammaire courte ne dispense pas de l’oreille. On comprend en dix minutes que le verbe mandarin ne se conjugue pas. Produire la bonne phrase, au bon rythme, avec les bonnes hauteurs, dans une conversation qui avance, demande des heures d’écoute et de répétition à voix haute. C’est exactement ce que travaille notre cours de chinois mandarin, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Les dossiers de grammaire des autres langues sont réunis à la page toute la grammaire.
Vingt-cinq questions. Les dix-neuf premières portent sur une marque que le français ajoute et que le mandarin ne connaît pas ; les six dernières, sur la composition des mots. Choisissez la forme juste. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Sur le plan de la morphologie, oui, et sans discussion : il n’y a ni conjugaison, ni genre, ni pluriel, ni cas, ni article, ni concordance des temps. Un mot garde toujours la forme du dictionnaire. L’effort se déplace vers la hauteur mélodique des syllabes, vers l’ordre des mots et vers le lexique ; il ne disparaît pas.
Par un mot de temps placé avant le verbe — 昨天 zuótiān, « hier » — et, quand il faut signaler qu’un fait est acquis, par une particule autonome ajoutée à la phrase. Le verbe lui-même ne bouge pas. Ces particules relèvent de l’aspect ; savoir laquelle employer est l’objet de la page du passé et de l’aspect.
Par le contexte, par un nombre, ou par un mot de quantité. 我买书 wǒ mǎi shū signifie aussi bien « j’achète un livre » que « j’achète des livres ». Quand la précision compte, on la donne : 我有三个中国朋友 wǒ yǒu sān ge Zhōngguó péngyou, « j’ai trois amis chinois ».
On ne les distingue pas. 他, 她 et 它 se prononcent tous tā ; seule l’écriture les sépare, et le caractère féminin n’a reçu cet emploi qu’à la fin des années 1910. À l’oral, c’est le contexte qui indique de qui l’on parle, comme il indique le nombre et la détermination.
Il en a quelques-uns, mais ils ne servent jamais à accorder. 子 zi clôt beaucoup de noms d’objets, 们 men suit un nom de personne. Ces éléments ajoutent un sens, ils ne signalent ni la personne, ni le temps, ni la fonction, et ils ne varient pas eux-mêmes.
Non, mais ils rendent le mécanisme visible. 火车 huǒchē, « le train », s’entend comme deux syllabes ; à l’écrit on voit le feu et le véhicule. La structure interne d’un caractère isolé est un autre sujet, exposé à la page consacrée à la composition des caractères.
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