Le mandarin colle au verbe un second verbe qui a perdu sa voix. Il ne désigne plus une action, mais une orientation — et presque toujours par rapport à celui qui parle.
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Prenez 走 zǒu, « marcher », et 来 lái, « venir ». Chacun est un verbe complet. Collez le second au premier et le second cesse d’être un verbe : il devient une terminaison, il perd son ton, il ne peut plus porter de complément à lui seul. C’est ce qu’on appelle un complément directionnel.
Trois choses n’appartiennent pas à cette page, et il vaut mieux le dire tout de suite. Les compléments qui disent l’aboutissement d’une action — 完, 到, 见, 懂, 错, 好 — relèvent du complément de résultat. La forme qui insère 得 ou 不 dans le complément, 拿得出来, 拿不出来, relève du complément potentiel. Et l’enchaînement de deux verbes qui restent deux événements distincts relève des verbes qui s’enchaînent : le test est simple, un directionnel ne désigne pas d’événement propre et ne fonctionne jamais seul dans la phrase.
Une question de ton. 来 se dit au deuxième ton, montant, et 去 au quatrième, descendant. Employés comme compléments, ils perdent ce ton et passent au ton neutre : on écrit donc jìnlai, chūqu, qǐlai, sans diacritique. Les autres directionnels, eux, gardent le leur : zǒujìn, náchū.
C’est le point décisif, et celui que le français ne prépare pas. 来 indique que le mouvement se fait vers le locuteur ; 去, qu’il s’en éloigne. Le même fait se raconte donc de deux façons selon l’endroit d’où on le raconte. Le français choisit entre « venir » et « aller », mais il s’arrête là ; le mandarin fait ce partage sur presque tous les verbes de déplacement.
Le repère n’est pas toujours la personne qui parle. Ce peut être le lieu où elle se tient par la pensée, celui dont il est question dans le récit, ou simplement son domicile. Un locuteur qui parle de Paris dira 我明天回北京去 wǒ míngtiān huí Běijīng qu, « je rentre à Pékin demain » ; le même, déjà arrivé, dira 回北京来. Le choix se règle sur la scène, non sur la géographie.
À côté de 来 et 去, sept verbes décrivent une trajectoire sans dire dans quel sens elle va par rapport au locuteur. Employés seuls après un verbe, ils forment le complément directionnel dit simple.
| Forme | Trajet | Exemple |
|---|---|---|
| 上 shàng | vers le haut | 跑上楼 pǎoshàng lóu — monter l’escalier en courant |
| 下 xià | vers le bas | 请坐下。 qǐng zuòxià — asseyez-vous |
| 进 jìn | vers l’intérieur | 走进教室 zǒujìn jiàoshì — entrer dans la salle de classe |
| 出 chū | vers l’extérieur | 拿出照片 náchū zhàopiàn — sortir une photo |
| 回 huí | retour au point de départ | 走回家 zǒuhuí jiā — rentrer chez soi à pied |
| 过 guò | franchissement, traversée | 游过河 yóuguò hé — traverser la rivière à la nage |
| 起 qǐ | élévation depuis une surface | 拿起电话 náqǐ diànhuà — décrocher le téléphone |
Notez que le verbe principal porte, lui, la manière du déplacement : marcher, courir, nager, porter. Le mandarin distribue ainsi entre deux morphèmes ce que le français loge souvent dans un seul verbe. Là où le français dit « il a gravi l’escalier », le mandarin dit « courir-monter l’étage ».
Les sept directionnels de trajet se combinent avec 来 et 去. On obtient une série fermée que l’on peut apprendre d’un bloc, car elle ne compte que treize membres : 起 ne se combine pas avec 去, la montée d’une surface et l’éloignement se contredisant, et 起去 n’existe pas en mandarin standard.
| Trajet | + 来 (vers le locuteur) | + 去 (loin du locuteur) |
|---|---|---|
| 上 | 上来 shànglai | 上去 shàngqu |
| 下 | 下来 xiàlai | 下去 xiàqu |
| 进 | 进来 jìnlai | 进去 jìnqu |
| 出 | 出来 chūlai | 出去 chūqu |
| 回 | 回来 huílai | 回去 huíqu |
| 过 | 过来 guòlai | 过去 guòqu |
| 起 | 起来 qǐlai | — |
Ces treize formes s’emploient seules, comme verbes de mouvement, ou après un autre verbe qui en précise la manière.
Ce dernier exemple emploie 把 pour placer l’objet avant le verbe : c’est la tournure ordinaire quand l’objet est déjà identifié, et elle est décrite à la page la construction en 把. La négation, elle, suit la règle générale — 他没进来 tā méi jìnlai, « il n’est pas entré » — exposée à la page les deux négations.
Voici la difficulté réelle de cette page. Le complément composé est fait de deux morceaux, et l’objet peut venir se loger entre eux. Il ne le peut pas toujours, et parfois il le doit. Tout dépend de la nature de l’objet.
Si l’objet désigne un lieu, il se place entre le directionnel de trajet et 来 ou 去. Cette place est la seule possible. C’est la faute la plus constante des francophones, qui rejettent spontanément le lieu après le complément entier.
La forme 他走进来教室 est agrammaticale, et 他走进教室 sans rien après est correcte mais dit moins : elle indique l’entrée sans orienter la scène.
Si l’objet n’est pas un lieu, deux ordres coexistent, sans différence de sens notable. Le premier domine à l’oral.
La particule d’aspect 了 se place après le groupe verbe + complément, comme dans 他拿出来了一本书 tā ná chūlai le yì běn shū. Son fonctionnement propre est décrit à la page 了 après le verbe.
Une remarque d’ordre général : le point de départ du mouvement, lui, ne se met jamais après le verbe. Il s’exprime avant, au moyen du coverbe 从 — un verbe devenu outil de liaison, traité à la page les prépositions verbales.
Six de ces formes ont pris, en plus de leur sens spatial, un sens abstrait. Elles ne disent plus alors où va l’action, mais où elle en est : elle commence, elle se prolonge, elle s’arrête, elle devient perceptible. Ces emplois sont fréquents, et un apprenant les rencontre bien avant d’avoir fini d’apprendre les treize formes.
Le voisinage de 下来 et de 下去 mérite qu’on s’y arrête. Les deux suivent une action déjà engagée, mais 下去 la pousse en avant, tandis que 下来 la freine ou la fige. 说下去, c’est poursuivre ; 停下来, c’est aboutir à l’immobilité.
La paire est symétrique et se retient d’un coup.
Trois réflexes suffisent à couvrir l’essentiel. Choisir 来 ou 去 selon l’endroit d’où l’on parle. Glisser le lieu entre les deux morceaux du complément composé, jamais après. Et ne pas chercher un mouvement là où 起来 ou 下去 n’en décrivent plus aucun.
Une fois cette page acquise, deux voisines la prolongent naturellement. La page le complément de résultat répond à une autre question : non pas « où cela va-t-il », mais « est-ce arrivé ». La page le complément potentiel répond à une troisième : « est-ce possible », et se construit précisément en insérant 得 ou 不 dans les formes vues ici. On peut ajouter les verbes qui s’enchaînent, dont la confusion avec le directionnel est la plus tenace chez les apprenants avancés.
La liste s’apprend en une soirée ; le réflexe, non. Treize formes tiennent sur une fiche, et le sens de chacune se comprend en les lisant. Produire 走进教室来 sans hésiter, au milieu d’une phrase qui avance, demande de l’avoir entendu des dizaines de fois. C’est ce travail d’oreille que fait notre cours de chinois mandarin, entièrement audio. Le reste du dossier est accessible depuis la page des grammaires.
Choisissez le complément directionnel qu’appelle chaque phrase. La traduction indique, quand c’est nécessaire, où se tient celui qui parle. Touchez une réponse, puis Correction.
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Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
C’est un verbe de mouvement placé après un autre verbe, où il perd son ton et son autonomie pour indiquer une orientation : 走 « marcher » plus 进 « entrer » donne 走进 zǒujìn, « entrer en marchant ». Le mandarin distribue ainsi entre deux morphèmes la manière du déplacement et sa trajectoire.
Cela dépend de l’endroit d’où l’on parle. 来 signale que le mouvement vient vers le locuteur, 去 qu’il s’en éloigne. 他进来了 tā jìnlai le se dit de l’intérieur de la pièce, 他进去了 tā jìnqu le se dit de l’extérieur. Le même fait, deux phrases.
Si l’objet est un lieu, il s’insère obligatoirement entre les deux éléments : 他走进教室来 tā zǒujìn jiàoshì lai. Si c’est un objet ordinaire, deux places sont acceptées : 他拿出来一本书 ou 他拿出一本书来.
Parce que les deux morphèmes se contrediraient : 起 marque un décollement de la surface vers le haut, orienté vers le point d’observation, tandis que 去 marque l’éloignement. Le mandarin standard ne connaît donc que six paires complètes et une forme isolée, soit treize composés.
Il marque alors l’entrée dans un procès : 天气热起来了 tiānqì rè qǐlai le, « le temps s’est mis à chauffer ». Il sert aussi à poser un point de vue, comme dans 看起来 kàn qǐlai, « à en juger par ce qu’on voit ».
来 et 去 le perdent et passent au ton neutre : jìnlai, chūqu. Les sept directionnels de trajet — 上, 下, 进, 出, 回, 过, 起 — gardent le leur : zǒujìn, náchū.
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