Le mandarin range ces deux renseignements après le verbe. Le français, lui, les met où il veut. C’est l’objet qui complique tout.
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Le mandarin sépare nettement deux renseignements que le français laisse voisiner. Quand l’action a lieu se dit avant le verbe. Combien de temps elle dure, ou combien de fois elle se produit, se dit après lui. Une même traduction française recouvre parfois les deux, et c’est là que l’erreur se glisse.
Dans les deux premières phrases, le français dit « heures » de part et d’autre ; le mandarin emploie deux mots différents et deux places différentes. Cette page ne traite que les quantités qui mesurent l’action. Le moment qui la situe se place avant le verbe : cette règle de position appartient à la page L’ordre des mots, et les mots qui datent un fait révolu — 昨天, 去年 — à la page Le passé et l’aspect. Vous n’en trouverez pas la description ici.
Une quantité de temps se compose d’un nombre et d’une unité. La difficulté tient à ce que certaines unités réclament le classificateur 个 ge et d’autres le refusent. Aucune logique ne le prédit : la liste s’apprend telle quelle. Elle est courte.
| Unité | Sens | Forme attendue |
|---|---|---|
| 分钟 fēnzhōng | minute | 五分钟 wǔ fēnzhōng — cinq minutes |
| 小时 xiǎoshí | heure | 两个小时 liǎng ge xiǎoshí — deux heures |
| 钟头 zhōngtóu | heure, registre oral | 两个钟头 liǎng ge zhōngtóu — deux heures |
| 天 tiān | jour | 三天 sān tiān — trois jours |
| 星期 xīngqī | semaine | 一个星期 yí ge xīngqī — une semaine |
| 月 yuè | mois | 三个月 sān ge yuè — trois mois |
| 年 nián | an, année | 五年 wǔ nián — cinq ans |
Le piège du mois. Retirez le classificateur et vous ne dites plus une durée mais une date : 三个月 sān ge yuè, « trois mois », contre 三月 sānyuè, « mars ». La confusion est fréquente et elle est totale, puisque les deux tournures sont grammaticales.
Notez aussi que la quantité deux se dit 两 liǎng devant une unité, jamais 二 èr, réservé au comptage et aux nombres composés. Le partage complet entre les deux formes est exposé à la page Nombres, dates et heures.
Quand le verbe n’a pas de complément d’objet, la construction ne pose aucune difficulté : la quantité de temps vient juste après lui. La marque d’accompli 了 le, quand le fait est mené à son terme, se colle au verbe et précède donc la durée ; son fonctionnement propre est décrit à la page 了 après le verbe.
Le dernier exemple introduit 一会儿 yíhuìr, durée vague et brève, « un moment », « un instant ». Elle se manie comme une quantité chiffrée et occupe la même place.
Une durée mesurée n’est pas une durée en cours. Le mandarin distingue « j’ai étudié trois ans » et « j’étudie depuis trois ans » : la seconde lecture demande une seconde particule en fin d’énoncé, qui n’appartient pas à cette page. Elle est traitée, avec ses exemples, à la page 了 en fin de phrase.
C’est la vraie question de cette page. Deux compléments se disputent la place immédiatement après le verbe : l’objet et la durée. Le mandarin ne les y laisse pas cohabiter. Trois arrangements existent, et leur choix dépend de la nature de l’objet.
C’est la solution la plus courante quand l’objet est un nom ordinaire. La quantité de temps s’intercale entre le verbe et son complément. Un 的 de facultatif peut les relier ; il n’ajoute rien au sens.
Le verbe se dit une première fois avec son objet, puis une seconde fois avec la durée. Seule la seconde occurrence porte 了 ; la première reste nue. La tournure met en relief l’activité elle-même.
Un pronom complément ne se laisse ni déplacer ni séparer du verbe. Il reste collé à lui, et la durée passe derrière le pronom. Il en va de même pour un nom de personne.
Une quatrième solution existe, qui consiste à sortir l’objet du prédicat et à le placer en tête d’énoncé. Elle relève d’un autre mécanisme, décrit à la page Thème et commentaire.
Voici la seule exception à la règle de position, et elle est logique. Quand la phrase affirme qu’un fait s’est produit et qu’il a duré, la durée mesure l’action : elle suit le verbe. Quand la phrase nie, il n’y a plus d’action à mesurer ; la quantité de temps délimite alors la période pendant laquelle rien n’a eu lieu, et elle se place avant le verbe.
Dès lors que la phrase constate qu’un fait n’a pas eu lieu, la négation employée est 没 méi, celle du fait qui ne s’est pas produit, et non 不 bù. Le partage entre les deux négations est exposé en entier à la page Les deux négations ; nous nous contentons ici d’appliquer la règle.
Le nombre de fois se construit exactement comme la durée : un nombre, une unité, le tout après le verbe. L’unité n’est plus une tranche de temps mais un classificateur verbal, c’est-à-dire une unité de comptage des occurrences. Le mandarin en possède une demi-douzaine d’usage courant, et le choix entre eux n’est pas libre.
| Forme | Ce qu’il compte | Exemple |
|---|---|---|
| 次 cì | une occurrence, sans rien dire de son déroulement | 我去过两次中国。 wǒ qùguo liǎng cì Zhōngguó — « je suis allé deux fois en Chine » |
| 遍 biàn | un parcours entier, du début à la fin | 他听了三遍录音。 tā tīngle sān biàn lùyīn — « il a écouté l’enregistrement trois fois en entier » |
| 下 xià | un geste bref, un coup | 他敲了三下门。 tā qiāole sān xià mén — « il a frappé trois coups à la porte » |
| 趟 tàng | un déplacement et son retour | 我去了一趟银行。 wǒ qùle yí tàng yínháng — « j’ai fait un saut à la banque » |
| 回 huí | comme 次, de registre familier | 我去过一回。 wǒ qùguo yì huí — « j’y suis allé une fois » |
| 顿 dùn | un repas, une réprimande | 我们吃了一顿饭。 wǒmen chīle yí dùn fàn — « nous avons pris un repas » |
La différence entre 次 et 遍 mérite qu’on s’y arrête, car elle n’a pas d’équivalent français. 次 dénombre : la chose est arrivée trois fois, peu importe comment. 遍 mesure un parcours complet : on a lu le texte trois fois d’un bout à l’autre. Dire 我看了两遍 wǒ kànle liǎng biàn suppose qu’on est allé jusqu’au bout les deux fois.
Ces unités-là ne comptent que des actions. Les classificateurs qui comptent des objets — 个, 本, 张 — forment un système à part, exposé à la page Quel classificateur choisir. Quant à 过 guo, présent dans plusieurs exemples ci-dessus parce qu’il accompagne naturellement le décompte des expériences, il est décrit à la page 过 et l’expérience vécue.
Le nombre de fois rencontre le même obstacle que la durée. La règle est identique, et elle vaut la peine d’être mémorisée sous cette forme : un nom ordinaire se place après la quantité, un pronom avant elle.
Pour exprimer une périodicité — tant de fois par jour, par semaine, par mois — le mandarin combine les deux places qu’il vient de distinguer : la période se met devant le verbe, comme tout ce qui situe, et le nombre de fois derrière, comme tout ce qui mesure.
Ne confondez pas le nombre de fois avec l’évaluation de la manière, qui se construit après le verbe avec 得 de et fait l’objet de la page Le complément de degré. Compter combien de fois une action a eu lieu et juger comment elle a été menée sont deux opérations sans rapport, malgré la position commune.
Il reste une manière de quantifier une action, la plus fréquente à l’oral, et elle ne compte rien du tout : elle amoindrit. 一下 yíxià signifie littéralement « une fois, un coup », mais son emploi ordinaire est d’adoucir. La demande devient brève, légère, sans insistance.
Le redoublement du verbe produit le même effet et s’emploie dans les mêmes situations. Il n’est pas une répétition de l’action : il en réduit la portée. Un verbe d’une syllabe se répète simplement, la seconde copie perdant son ton ; un verbe de deux syllabes reprend le groupe entier.
Le verbe d’une syllabe accepte deux variantes. On peut glisser 一 yi entre les deux copies, et, dans un récit au passé, la marque d’accompli prend cette même place.
Une seule atténuation à la fois. 一下 et le redoublement font le même travail : on emploie l’un ou l’autre, jamais les deux ensemble. La liste des verbes qui acceptent ce redoublement, et de ceux qui le refusent, est établie à la page Les classes de verbes, où il sert de test d’appartenance.
Deux mots achèvent le système. 半 bàn dit la moitié, 多 duō dit le dépassement. Leur place dépend de l’unité, selon qu’elle réclame ou non un classificateur.
Retenez le détail de ces places. Lorsque l’unité prend 个, la moitié seule se glisse devant le classificateur — 半个小时 bàn ge xiǎoshí — et passe derrière lui dès qu’un nombre entier la précède — 一个半小时 yí ge bàn xiǎoshí ; le dépassement, lui, suit toujours le classificateur — 三个多小时 sān ge duō xiǎoshí. Lorsque l’unité se passe de classificateur, la moitié la suit — 两天半 liǎng tiān bàn — tandis que le dépassement se glisse entre un nombre rond et elle — 二十多年 èrshí duō nián.
Un dernier détail, et il compte : devant une unité sans classificateur, le dépassement ne se glisse ainsi que si le nombre est rond. Si le nombre n’est pas rond, il passe derrière l’unité. On dit 三年多 sān nián duō, « plus de trois ans », et 一年多 yì nián duō, « plus d’un an », jamais entre le nombre et l’unité.
La règle se comprend en dix minutes, le réflexe se construit autrement. Personne n’hésite, une fois l’explication lue, à placer la durée après le verbe. L’hésitation revient dès qu’un objet apparaît, au milieu d’une phrase qu’on est en train de dire, et elle ne cède qu’à l’usage. C’est le travail que fait notre cours de chinois mandarin, entièrement audio, en leçons courtes. Le reste du dossier se trouve à la page La grammaire complète, et l’ensemble de nos dossiers de grammaire.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. On travaille ici les unités de durée, les classificateurs verbaux et l’atténuation. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, plus exigeant. On y travaille la place de l’objet, la durée sous la négation, les demis et les approximations. Touchez une réponse, puis Correction.
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Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Après le verbe : 我等了两个小时 wǒ děngle liǎng ge xiǎoshí, « j’ai attendu deux heures ». C’est le moment, et non la durée, qui se place avant le verbe. Une seule exception pour la durée mesurée : sous la négation, elle repasse devant. Une quantité de temps qui sert à situer, et non à mesurer, précède elle aussi le verbe : c’est le cas de la période dans 他一天打三次电话 tā yì tiān dǎ sān cì diànhuà, « il téléphone trois fois par jour ».
Parce que certaines unités de durée réclament le classificateur 个 et d’autres le refusent. 小时, 星期 et 月 le prennent ; 分钟, 天 et 年 s’en passent. Le retirer de 三个月 ne donne pas une faute mais un autre sens : 三月 sānyuè signifie « mars ».
Trois solutions. Glisser la durée entre le verbe et l’objet : 我学了三年汉语 wǒ xuéle sān nián Hànyǔ. Répéter le verbe : 我学汉语学了三年 wǒ xué Hànyǔ xuéle sān nián. Et, si l’objet est un pronom, le laisser collé au verbe et poser la durée derrière lui : 我等了他半个小时 wǒ děngle tā bàn ge xiǎoshí.
次 cì dénombre des occurrences sans rien dire de leur déroulement. 遍 biàn suppose un parcours mené d’un bout à l’autre : 他听了三遍录音 tā tīngle sān biàn lùyīn signifie qu’il est allé au bout de l’enregistrement les trois fois.
Ils font le même travail : ils amoindrissent l’action et adoucissent la demande. 你看一下 nǐ kàn yíxià et 你看看 nǐ kànkan s’équivalent. On emploie l’un ou l’autre, jamais les deux dans le même groupe verbal.
Parce qu’il n’y a plus d’action à mesurer. La quantité de temps ne mesure plus un fait accompli : elle délimite la période pendant laquelle rien n’a eu lieu. Elle change alors de fonction, et de place.
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