La très grande majorité des caractères ne sont pas des dessins. Ils sont bâtis en deux parties : l’une désigne un domaine de sens, l’autre donne une approximation du son.
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Un caractère note une syllabe, et presque toujours une unité de sens. Trois informations tiennent donc dans la même forme : une silhouette que l’œil reconnaît, une syllabe que la bouche prononce, un sens que la mémoire attache. C’est ce qui rend l’écriture chinoise coûteuse à l’entrée et remarquablement stable à l’usage.
Ces huit-là sont des images anciennes, stylisées jusqu’à ce qu’on ne les reconnaisse plus. Elles représentent une petite minorité du système. Tous les autres caractères sont construits : on les a fabriqués en assemblant des éléments existants, selon des procédés réguliers. Cette page explique ces procédés, et donc pourquoi un caractère signifie ce qu’il signifie.
Elle n’explique pas comment on l’écrit. Les traits qui composent le geste, leur ordre, l’inventaire des clés et la manière de retrouver un caractère dans un dictionnaire sont traités à la page Les clés et les traits. La coexistence de deux normes d’écriture et la réforme qui les a séparées relèvent de Simplifié et traditionnel. Quant à la question de savoir s’il faut apprendre les caractères pour parler, et combien, elle a sa page : Faut-il apprendre les caractères.
Une dernière précision avant d’entrer dans le détail. Un caractère vaut une syllabe, jamais deux, mais un mot du mandarin courant en compte souvent deux. La façon dont ces morceaux invariables se soudent pour former des mots est décrite à la page Ce qui n’existe pas ; la notation du son par les lettres latines, elle, est exposée à Lire le pinyin.
La tradition chinoise classe les caractères en six catégories, les 六书 liùshū. La liste vient du 说文解字 Shuōwén Jiězì, un dictionnaire de l’époque Han qui analysait déjà l’écriture comme un système et non comme une collection de formes. Elle est encore le cadre de toutes les grammaires et de tous les manuels.
| Nom | Pinyin | Principe | Exemple |
|---|---|---|---|
| 象形 | xiàngxíng | reproduire le contour de la chose | 山 shān — « la montagne » |
| 指事 | zhǐshì | noter une position, une quantité, par un repère abstrait | 上 shàng — « au-dessus » |
| 会意 | huìyì | réunir deux sens pour en produire un troisième | 明 míng — « clair, lumineux » |
| 形声 | xíngshēng | un élément de sens, un élément de son | 妈 mā — « la mère » |
| 假借 | jiǎjiè | emprunter un caractère existant pour sa seule prononciation | 来 lái — « venir » |
| 转注 | zhuǎnzhù | catégorie discutée, sans définition stable | 考 kǎo — « examiner » |
Retenez d’emblée l’asymétrie : les quatre premières décrivent la fabrication d’un caractère, les deux dernières décrivent un usage. Et la quatrième à elle seule pèse plus que toutes les autres réunies.
Les pictogrammes sont les plus anciens et les moins nombreux. Le trait a été régularisé au fil des siècles jusqu’à effacer l’image d’origine : il faut la connaître pour la voir.
Une position, un nombre, une limite ne se dessinent pas. On les note par un repère posé sur un trait de référence, ou par simple répétition.
Deux éléments signifiants se rencontrent, et leur rencontre produit une idée nouvelle. Aucun des deux ne donne le son : ces caractères se lisent d’une syllabe qu’aucune de leurs parties n’annonce.
Une réserve s’impose ici. Beaucoup de ces explications sont des reconstructions faites bien après coup, sur des formes déjà transformées ; les spécialistes en contestent une bonne partie. Elles restent d’excellents moyens de mémoriser un caractère, à condition de ne pas les prendre pour l’histoire vérifiée de son origine. La formation de l’écriture ancienne est retracée à la page D’où vient le mandarin.
Voici le mécanisme central, celui qui explique la très grande majorité des caractères existants. Le principe est économique : plutôt que d’inventer une forme nouvelle pour chaque mot, on prend un caractère dont le son convient, et on lui adjoint un élément qui indique de quel domaine on parle. Le premier s’appelle l’élément phonétique, le second la clé de sens.
Observez le caractère 马 mǎ, « le cheval », devenu fournisseur de son pour toute une famille.
| Caractère | Pinyin | Sens | Élément de sens |
|---|---|---|---|
| 妈 | mā | « la mère » | 女, la femme |
| 吗 | ma | la particule d’interrogation | 口, la bouche |
| 码 | mǎ | « le numéro, le code » | 石, la pierre |
| 蚂 | mǎ | « la fourmi », dans 蚂蚁 mǎyǐ | 虫, la petite bête |
Quatre caractères, quatre sens sans rapport, une seule syllabe. Le cheval n’a rien à voir avec la mère, ni avec la fourmi : il ne sert qu’à dire comment cela se prononce. Et l’on voit déjà, dans la colonne du pinyin, que la promesse sonore est approximative. Les tons diffèrent : mā est au premier ton, mǎ au troisième, et le ma de 吗 n’en porte aucun. Le mandarin en compte quatre — le premier, haut et plat ; le deuxième, montant ; le troisième, descendant-montant ; le quatrième, descendant —, auxquels s’ajoute cette syllabe atone ; ils sont décrits à la page Les quatre tons. L’élément phonétique ne les indique pour ainsi dire jamais.
Le même 马 peut d’ailleurs tenir l’autre rôle. Dans les deux caractères qui suivent, il n’est plus là pour le son mais pour le sens, et c’est l’autre moitié qui donne la syllabe.
Aucun élément n’est donc phonétique ou sémantique par nature : il l’est dans un caractère donné, et peut changer de rôle dans le suivant.
Une seconde famille, bâtie sur 青 qīng, montre le même mécanisme avec une dérive sonore un peu plus forte.
| Caractère | Pinyin | Sens | Élément de sens |
|---|---|---|---|
| 请 | qǐng | « prier, demander poliment » | 讠, la parole |
| 清 | qīng | « limpide, clair » | 氵, l’eau |
| 情 | qíng | « le sentiment » | 忄, le cœur |
| 晴 | qíng | « ensoleillé » | 日, le soleil |
| 睛 | jīng | « la prunelle », dans 眼睛 yǎnjing | 目, l’œil |
Quatre caractères sur cinq se lisent encore qing, à des tons différents ; le cinquième a changé d’initiale. L’indice reste utile, il n’est pas une règle.
Regardée par l’autre bout, la même construction rassemble sous une clé unique des mots dont les sons n’ont rien de commun mais dont le domaine est le même.
Six caractères, une même clé de l’eau, six prononciations sans parenté. La place que cette clé occupe dans le caractère, et la liste de celles qu’il faut connaître, appartiennent à la page Les clés et les traits ; ici, seul compte le fait qu’elle porte le domaine.
Ces caractères ont été composés il y a très longtemps, sur une langue qui ne se prononçait pas comme le mandarin d’aujourd’hui. Les sons ont bougé ; les formes écrites, non. L’indice sonore s’est donc desserré, et la famille se reconnaît souvent à un air de ressemblance plutôt qu’à une lecture commune.
| Caractère | Pinyin | Sens |
|---|---|---|
| 寺 | sì | « le temple » |
| 诗 | shī | « le poème » |
| 持 | chí | « tenir » |
| 等 | děng | « attendre » |
| 特 | tè | « particulier » |
Un francophone qui devine la prononciation de 等 à partir de 寺 se trompe complètement. D’autres écarts sont aussi larges :
La conclusion pratique est nette. L’élément phonétique sert à reconnaître un caractère déjà appris et à le ranger dans une famille ; il ne sert jamais à produire une prononciation qu’on ignore. Devant un caractère inconnu, vérifiez le pinyin, y compris le ton. Une erreur de ton n’est pas un accent approximatif : c’est un autre mot.
La réforme de l’écriture a par endroits brouillé ces indices, en remplaçant un élément phonétique par une forme plus brève qui ne renseigne plus sur le son. Ce point relève de Simplifié et traditionnel, qui en donne le détail.
La clé indique un domaine, pas une définition. Elle oriente, elle ne traduit pas. Et le domaine qu’elle désigne est celui d’une classification ancienne, qui n’est pas celle des sciences d’aujourd’hui.
Un second groupe échappe entièrement à l’analyse : les caractères empruntés pour leur seul son, les 假借 jiǎjiè. Une syllabe fréquente n’avait pas de caractère ; on lui a prêté celui d’un mot homophone, et le prêt est devenu définitif. Chercher le sens dans la forme n’y mène nulle part.
Quant à la sixième catégorie, 转注 zhuǎnzhù, elle n’a jamais reçu de définition assurée. On peut l’ignorer sans dommage.
La règle « un caractère, une syllabe » ne souffre pas d’exception. La règle « un caractère, une prononciation » en souffre beaucoup. Une série de caractères courants possèdent deux lectures, chacune attachée à un sens et fixée par le mot où elle figure. Il n’y a rien à deviner : ces lectures s’apprennent avec le mot.
| Caractère | Première lecture | Seconde lecture |
|---|---|---|
| 行 | xíng — « aller, convenir » | háng — 银行 yínháng, « la banque » |
| 长 | cháng — « long » | zhǎng — 校长 xiàozhǎng, « le directeur » |
| 乐 | lè — 快乐 kuàilè, « joyeux » | yuè — 音乐 yīnyuè, « la musique » |
| 觉 | jué — 觉得 juéde, « trouver, estimer » | jiào — 睡觉 shuìjiào, « dormir » |
| 重 | zhòng — « lourd » | chóng — 重新 chóngxīn, « de nouveau » |
Ce que cette analyse vous fait gagner. Un caractère décomposé en clé et phonétique cesse d’être une suite de traits arbitraires : il devient deux informations à retenir au lieu de dix. 湖 hú se retient comme « l’eau, plus la syllabe hu » ; 铜 tóng comme « le métal, plus 同 tóng ». La charge de mémoire diminue à mesure que le stock de composants grandit, et c’est vers la deuxième centaine de caractères que le mécanisme commence à payer.
Il faut toutefois dire ce qu’il ne fait pas. Connaître la structure d’un caractère n’apprend ni à le prononcer avec le bon ton, ni à l’employer dans une phrase qui tienne. Ce travail-là passe par l’oreille et par la répétition, et c’est celui que mène Le cours de chinois, entièrement audio. Pour la mécanique de la langue, l’ensemble du dossier est rassemblé dans La grammaire complète, elle-même rangée avec nos autres langues dans nos dossiers de grammaire.
Choisissez le caractère ou la catégorie qu’appelle chaque ligne. On travaille ici la clé de sens, l’élément phonétique, les six catégories et les doubles lectures. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
La très grande majorité des caractères réunit deux parties : une clé, qui indique un domaine de sens, et un élément phonétique, qui donne une approximation de la syllabe. 妈 mā, « la mère », associe ainsi la femme 女 et le cheval 马 mǎ, présent pour le seul son.
象形 xiàngxíng, le contour de la chose ; 指事 zhǐshì, le repère abstrait ; 会意 huìyì, deux sens réunis ; 形声 xíngshēng, sens plus son ; 假借 jiǎjiè, l’emprunt phonétique ; 转注 zhuǎnzhù, catégorie discutée. La quatrième pèse plus que les cinq autres réunies.
Rarement, et jamais le ton. Les caractères ont été composés sur un état ancien de la langue, et les sons ont bougé depuis : 江 jiāng est bâti sur 工 gōng, 等 děng sur 寺 sì. L’élément phonétique aide à reconnaître un caractère déjà appris, non à en produire la lecture.
Elle donne un domaine, pas une définition. 鲸 jīng, « la baleine », porte la clé du poisson, et 蛇 shé, « le serpent », celle de la petite bête : ces classements reflètent une vision ancienne du monde vivant.
Oui, pour une série de caractères courants. 行 se lit xíng, « aller », et háng dans 银行 yínháng, « la banque ». De même 长, 乐, 觉 et 重. Chaque lecture s’apprend avec le mot où elle figure.
C’est utile dès que le stock de composants s’étoffe, car un caractère décomposé devient deux informations à retenir au lieu d’une dizaine de traits. Mais l’analyse ne remplace ni la prononciation ni l’emploi en phrase, qui s’acquièrent par l’écoute.
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