Un verbe mandarin dit ce que l’on fait ; il ne dit pas comment on le fait. Pour l’évaluer, le mandarin ajoute derrière lui une particule et un jugement — et l’objet, s’il y en a un, oblige à répéter le verbe.
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Le mandarin nomme l’action et s’arrête là. 跑 pǎo dit qu’on court, et rien de plus : ni vite, ni longtemps, ni bien. Pour porter un jugement sur la façon dont l’action est menée, la langue ajoute derrière le verbe la particule 得 de, puis l’évaluation elle-même. Le français place son adverbe où il veut ; le mandarin ne lui laisse qu’une place, la dernière.
Une précision avant tout développement. Cette page ne traite qu’un seul 得 : celui qui suit un verbe et se fait suivre d’un adjectif ou d’une proposition, pour évaluer la manière d’une action réelle. Le même caractère glissé à l’intérieur d’un couple résultatif — 听得懂 tīng de dǒng, « arriver à comprendre » — n’évalue rien du tout : il dit si la situation permet d’atteindre le résultat, et il relève de la page le complément potentiel. Vous ne verrez donc ici aucun 得 suivi d’un complément de résultat.
Le mot « degré » sert par ailleurs à deux grammaires distinctes. Graduer une propriété — plus grand, très grand, trop grand — relève de la page comparer avec 比. Le test est simple : si le degré précède l’adjectif, c’est la comparaison ; s’il suit le verbe avec 得 de, c’est le complément.
La particule se prononce de, au ton neutre : sans diacritique et sans contour propre, elle se réduit à une syllabe brève dont la hauteur est conditionnée par le ton qui la précède. Le même caractère se lit dé, au deuxième ton, montant, lorsqu’il signifie « obtenir », et děi lorsqu’il signifie « devoir ». Le mécanisme de cette absence de ton est exposé à la page le ton neutre.
Ce qui suit 得 est un prédicat, et le plus souvent un adjectif. Or un adjectif mandarin employé seul sous-entend une opposition : 他跑得快 tā pǎo de kuài ne dit pas « il court vite » mais « lui, il court vite — un autre non ». Pour énoncer un jugement neutre, il faut occuper la place du degré, et 很 hěn l’occupe sans rien y mettre. Il ne se traduit pas. Ce comportement, qui vaut partout dans la langue, est décrit à la page les adjectifs sont des verbes.
| Forme | Ce qu’elle dit | Exemple |
|---|---|---|
| 很 hěn + adjectif | le jugement neutre | 他走得很慢 tā zǒu de hěn màn — « il marche lentement » |
| 非常 fēicháng + adjectif | un degré réellement élevé | 他来得非常早 tā lái de fēicháng zǎo — « il est arrivé extrêmement tôt » |
| 太 tài + adjectif + 了 le | l’excès | 你来得太早了 nǐ lái de tài zǎo le — « tu es arrivé trop tôt » |
| 不 bù + adjectif | la négation du jugement | 他跑得不快 tā pǎo de bú kuài — « il ne court pas vite » |
| adjectif + 不 bu + adjectif | la question | 他跑得快不快? tā pǎo de kuài bu kuài — « court-il vite ? » |
| 怎么样 zěnmeyàng | la demande ouverte | 你考得怎么样? nǐ kǎo de zěnmeyàng — « comment as-tu réussi ton examen ? » |
| une proposition | la conséquence atteinte | 他笑得肚子疼。 tā xiào de dùzi téng — « il a ri au point d’avoir mal au ventre » |
Un point mérite d’être retenu : le verbe évalué ne porte aucune marque d’aspect. On ne trouve ni 了, ni 过, ni 着 entre lui et la particule. Le passé, s’il faut le marquer, l’est par un mot de temps placé en tête.
Voici la difficulté propre à cette construction. La particule se colle au verbe : rien ne peut se glisser entre les deux. Que faire, alors, quand le verbe porte déjà un objet, lui aussi placé derrière lui ? Le mandarin tranche en écrivant le verbe deux fois : une première fois avec son objet, une seconde fois avec la particule.
Notez que 唱歌 chànggē, 开车 kāichē et 跳舞 tiàowǔ sont déjà des couples verbe + objet. La règle ne change pas : la seule syllabe verbale reparaît devant la particule, l’objet reste à sa place.
Deux allègements sont possibles, et tous deux sont courants. La première occurrence du verbe peut tomber, l’objet restant seul devant le verbe repris. L’objet peut aussi passer en tête de phrase, comme thème — un déplacement décrit à la page thème et commentaire.
Ce qui reste impossible, c’est de séparer le verbe de sa particule. 他说得汉语很流利 tā shuō de Hànyǔ hěn liúlì est agrammatical, et c’est pourtant la phrase que produit spontanément un francophone : il traduit « il parle le chinois », puis ajoute son évaluation. Il faut prendre le pli inverse.
La négation ne touche pas le verbe. L’action a bien eu lieu ; c’est le jugement porté sur elle qui est nié. 不 bù se place donc après la particule, devant l’adjectif.
La forme 他不跑得快 tā bù pǎo de kuài n’existe pas. Quant à 没 méi, qui nie la survenue d’un fait, elle ne nie jamais le jugement lui-même, puisqu’un complément de degré décrit un état et non un événement ; elle ne peut apparaître qu’à l’intérieur de la proposition qui suit la particule, comme dans 我忙得没有时间吃饭 wǒ máng de méiyǒu shíjiān chīfàn. L’opposition des deux négations est traitée à la page les deux négations.
La question se pose de trois façons, toutes portant sur le complément.
L’évaluation n’est pas toujours un simple adjectif. Elle peut être une proposition entière, avec son propre sujet, et la phrase dit alors jusqu’où le degré a conduit. Le français rend cette tournure par « au point de » ou « tellement… que ».
Dans les deux derniers exemples, ce n’est plus un verbe d’action qui reçoit le complément, mais un adjectif. C’est régulier : l’adjectif se comporte comme un verbe et accepte lui aussi une évaluation postposée.
Les degrés qui se soudent. La langue parlée dispose de renforcements qui se collent directement derrière l’adjectif. 极了 jí le marque le degré extrême ; 死了 sǐ le, littéralement « mourir », est une outrance familière, fréquente et sans aucune gravité.
Le dernier exemple mérite un regard : rejeté derrière la particule, 很 cesse d’être un support vide et retrouve un sens plein.
Le mandarin possède une seconde façon de dire comment une action se déroule, et elle se place à l’opposé de la première. La particule 地 de transforme un adjectif en adverbe et le pose devant le verbe. Elle se prononce elle aussi au ton neutre ; le même caractère se lit dì lorsqu’il signifie « terre ».
La différence avec 得 n’est pas de nuance, elle est de nature. 地 décrit la manière choisie, celle avec laquelle on aborde l’action ; 得 porte un jugement après coup sur la façon dont elle s’est déroulée. La paire suivante le montre :
Un adverbe d’une seule syllabe se passe de 地 et se place nu devant le verbe : 你多喝水。 nǐ duō hē shuǐ, « bois beaucoup d’eau ». Les adjectifs redoublés et ceux de deux syllabes, en revanche, la prennent presque toujours.
Reste le troisième homophone. 的 de qualifie un nom et se place devant lui : 这是他写的字。 zhè shì tā xiě de zì, « ce sont les caractères qu’il a écrits ». Cette particule ne relève pas du complément de degré mais de la page les relatives en 的. Trois particules, une seule prononciation : c’est la position dans la phrase qui les départage, et elle seule.
得 n’ouvre pas toujours un complément. Le caractère est soudé à l’intérieur de plusieurs verbes courants, où il ne joue aucun rôle grammatical : 我觉得这个电影很有意思。 wǒ juéde zhège diànyǐng hěn yǒu yìsi, « je trouve ce film très intéressant » ; 我记得他的名字。 wǒ jìde tā de míngzi, « je me souviens de son nom ». Rien n’est évalué dans ces phrases.
得 n’entre jamais dans un couple résultatif. Un verbe et son complément de résultat se prononcent d’un seul tenant et n’acceptent aucune insertion ; la construction est décrite à la page le complément de résultat. Dès qu’un 得 apparaît entre les deux, la phrase ne dit plus ce qui est arrivé mais ce qui est possible, et l’on est passé au complément potentiel.
La comparaison peut se loger dans le complément. 他跑得比我快。 tā pǎo de bǐ wǒ kuài, « il court plus vite que moi » : le groupe comparatif occupe la place de l’évaluation. Sa construction propre, ses restrictions et ses pièges appartiennent à la page comparer avec 比.
La difficulté n’est pas de comprendre, elle est de placer. Lire 他汉语说得很好 tā Hànyǔ shuō de hěn hǎo et en saisir le sens prend une seconde. Produire cette phrase dans le bon ordre, sans marquer un temps d’arrêt devant l’objet, demande des mois d’écoute et de répétition : l’oreille doit s’habituer à entendre le jugement arriver en dernier. C’est exactement ce que travaille notre cours de chinois mandarin, entièrement audio. La place de ce mécanisme parmi les autres est indiquée à la page la grammaire complète, et l’ensemble des dossiers de langues se trouve sur la page de grammaire.
Complétez chaque phrase en vous fiant à la traduction française. On travaille ici la place de la particule, le support du degré, la reprise du verbe devant un objet, la négation et la question. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, plus exigeant. On y travaille l’opposition entre la manière annoncée et le jugement porté après coup, les compléments qui forment une proposition entière, les degrés soudés et les emplois où la particule ne joue aucun rôle. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
C’est une évaluation placée derrière le verbe, introduite par 得 : 他跑得很快 tā pǎo de hěn kuài, « il court vite ». Le verbe nomme l’action, le complément juge la manière dont elle est menée.
Parce que la particule se colle au verbe et que l’objet réclame la même place. Le mandarin écrit donc le verbe deux fois : une fois avec son objet, une fois avec la particule. On peut aussi supprimer la première occurrence : 他汉语说得很流利 tā Hànyǔ shuō de hěn liúlì.
Après la particule, devant l’adjectif : 他跑得不快 tā pǎo de bú kuài, « il ne court pas vite ». L’action a eu lieu ; c’est le jugement qui est nié. La forme 他不跑得快 tā bù pǎo de kuài n’existe pas.
La position, et donc le sens. 地 précède le verbe et annonce la manière choisie : 她高兴地唱歌 tā gāoxìng de chànggē, « elle chante joyeusement ». 得 suit le verbe et porte un jugement après coup : 她唱得很高兴 tā chàng de hěn gāoxìng, « elle a chanté avec plaisir ».
Parce qu’un adjectif employé seul sous-entend une opposition. 很 occupe la place du degré sans rien y mettre et ne se traduit pas. Rejeté derrière la particule, en revanche, il retrouve un sens plein : 好得很 hǎo de hěn signifie bien « excellent ».
Non. Le verbe évalué ne reçoit aucune marque d’aspect. Si le fait est passé, un mot de temps s’en charge : 他昨天来得很晚 tā zuótiān lái de hěn wǎn, « hier, il est arrivé très tard ».
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