Le mandarin n’inverse rien et n’ajoute aucun « est-ce que ». L’ordre des mots de la question est celui de l’affirmation : c’est une particule ajoutée, ou une forme particulière du verbe, qui fait le travail.
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Le français a trois procédés pour interroger : l’inversion du sujet, « est-ce que », la montée de la voix. Le mandarin n’en emploie aucun. La phrase interrogative garde mot pour mot la structure de la phrase affirmative, décrite à la page l’ordre des mots, et reçoit une marque.
Quatre procédés se partagent le travail : la particule 吗 ; la forme dite alternative A-不-A, qui répète le verbe de part et d’autre de la négation ; les mots interrogatifs, laissés à la place qu’occupera la réponse ; 还是, qui propose un choix. Cette page les traite tous les quatre, ainsi que la manière de répondre. Deux particules finales sont en revanche écartées d’emblée : 呢 ne et 吧 ba ne posent à elles seules aucune question fermée — l’une reprend le contexte, l’autre soumet une supposition à confirmation — et appartiennent à la page les particules finales.
L’intonation ne peut pas servir. En français, « tu viens ? » se distingue de « tu viens » par la seule montée finale. En mandarin, la hauteur de la voix est déjà occupée : elle porte le ton lexical, et la changer change le mot — un premier ton, haut et plat, n’est pas un quatrième ton, descendant. La grammaire ne peut donc pas lui être confiée. Voyez les quatre tons.
C’est la forme la plus simple et la première qu’on apprend. On prend une phrase affirmative complète, on ajoute 吗 à la toute fin, et c’est fini : aucun mot ne change de place ni de forme. La particule se prononce au ton neutre, sans diacritique, et emprunte sa hauteur à la syllabe précédente.
Le dernier exemple mérite attention : la particule s’ajoute aussi bien à une phrase négative qu’à une phrase positive, et la réponse suit alors une logique exposée plus bas.
Deux interdictions absolues. 吗 ne pose qu’une question fermée : il n’accompagne jamais un mot interrogatif. 你去哪儿吗? est une faute très fréquente chez les francophones, qui raisonnent sur « est-ce que tu vas où ». Il n’accompagne pas davantage la forme alternative : 你去不去吗? est fautif de même. Une phrase ne porte qu’une seule marque d’interrogation.
Le second procédé n’ajoute rien à la fin de la phrase : il travaille sur le verbe. On énonce le verbe, puis sa négation, ce qui revient à présenter les deux réponses possibles et à laisser l’interlocuteur en choisir une.
Le 不 de cette construction perd son accent et s’affaiblit jusqu’au ton neutre, d’où la transcription qù bu qù. Ailleurs, ce même 不, quatrième ton descendant, passe au deuxième ton montant devant une autre syllabe de quatrième ton ; ces ajustements sont exposés à la page quand les tons changent.
| Type | Affirmation | Question |
|---|---|---|
| Verbe d’une syllabe | 你去 nǐ qù | 你去不去? nǐ qù bu qù — « y allez-vous ? » |
| Verbe de deux syllabes | 你喜欢 nǐ xǐhuan | 你喜不喜欢? nǐ xǐ bu xǐhuan — « aimez-vous ? » |
| Adjectif | 他忙 tā máng | 他忙不忙? tā máng bu máng — « est-il occupé ? » |
| Verbe 是 | 你是学生 nǐ shì xuésheng | 你是不是学生? nǐ shì bu shì xuésheng — « êtes-vous étudiant ? » |
| Verbe 有 | 你有时间 nǐ yǒu shíjiān | 你有没有时间? nǐ yǒu méiyǒu shíjiān — « avez-vous le temps ? » |
| Verbe modal | 你可以走 nǐ kěyǐ zǒu | 你可不可以走? nǐ kě bu kěyǐ zǒu — « pouvez-vous partir ? » |
Trois observations. Pour un verbe de deux syllabes, la répétition de la première syllabe seule est la forme courante, mais la répétition entière reste correcte : 你喜欢不喜欢? nǐ xǐhuan bu xǐhuan. L’adjectif se comporte ici comme un verbe, ce qui n’a rien d’une exception : c’est le sujet de la page les adjectifs sont des verbes. Enfin 有 est le seul verbe à bâtir sa forme alternative avec 没 ; il refuse 不 partout, comme l’explique la page les deux négations, et son emploi est détaillé à la page être, avoir, se trouver.
Aucun adverbe de degré ne peut se glisser devant le premier terme : 他很忙不忙? est impossible, le degré présupposant acquise la propriété sur laquelle porte justement la question. La forme refuse de même 吗.
Laquelle choisir ? Les deux formes sont interchangeables dans la conversation courante. Une nuance existe pourtant : la question en 吗 peut trahir une attente, alors que la forme alternative laisse les deux issues à égalité. Elle seule, par ailleurs, s’enchâsse sous un verbe principal.
Avec 吗, ces deux phrases seraient fautives : la particule finale ne vit que dans une phrase autonome.
C’est le point où le mandarin s’écarte le plus du français. Le mot interrogatif français saute en tête de phrase ; en mandarin, il reste là où la réponse se placera. Question et réponse ont la même forme, et seule une syllabe diffère.
Comparez les paires : le mot interrogatif occupe la case que la réponse viendra remplir. Rien n’est donc à apprendre sur sa place, pourvu qu’on connaisse celle du constituant correspondant.
| Mot | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| 谁 shéi | qui | 你找谁? nǐ zhǎo shéi — « qui cherchez-vous ? » |
| 什么 shénme | quoi, quel | 这是什么? zhè shì shénme — « qu’est-ce que c’est ? » |
| 哪 nǎ | lequel | 你要哪本书? nǐ yào nǎ běn shū — « quel livre voulez-vous ? » |
| 哪儿 nǎr | où | 你去哪儿? nǐ qù nǎr — « où allez-vous ? » |
| 什么时候 shénme shíhou | quand | 你什么时候来? nǐ shénme shíhou lái — « quand venez-vous ? » |
| 为什么 wèishénme | pourquoi | 你为什么不来? nǐ wèishénme bù lái — « pourquoi ne venez-vous pas ? » |
| 怎么 zěnme | comment, de quelle façon | 这个字怎么写? zhège zì zěnme xiě — « comment écrit-on ce caractère ? » |
| 怎么样 zěnmeyàng | comment est-ce | 这个菜怎么样? zhège cài zěnmeyàng — « comment est ce plat ? » |
| 几 jǐ | combien, petit nombre | 现在几点? xiànzài jǐ diǎn — « quelle heure est-il ? » |
| 多少 duōshao | combien, sans limite | 这本书多少钱? zhè běn shū duōshao qián — « combien coûte ce livre ? » |
| 多 duō + adjectif | à quel degré | 从这儿到车站多远? cóng zhèr dào chēzhàn duō yuǎn — « à quelle distance est l’arrêt ? » |
哪 et 哪儿. Le premier est un déterminant : il se construit comme un démonstratif et réclame un classificateur avant le nom, 哪个人 nǎge rén, « quelle personne » ; la règle est exposée à la page les classificateurs. Le second désigne un lieu et se suffit à lui-même.
几 et 多少. 几 attend un petit nombre, en général inférieur à dix, et exige un classificateur : 你有几个孩子? nǐ yǒu jǐ ge háizi, « combien d’enfants avez-vous ? ». 多少 n’attend rien de précis et s’en passe : 多少人? duōshao rén, « combien de personnes ? ». Demander un prix avec 几 serait présumer qu’il est faible. Voyez nombres, dates et heures.
怎么 et 怎么样. Le premier porte sur la manière et précède le verbe ; le second porte sur l’état et se place là où se placerait un adjectif. 怎么 marque en outre la surprise : 你怎么不来? nǐ zěnme bù lái ne demande pas la cause, il s’en étonne.
Le possesseur. Le mot interrogatif prend alors la marque d’un possesseur ordinaire : 这是谁的书? zhè shì shéi de shū, « à qui est ce livre ? ». Cette particule 的 est décrite à la page les relatives en 的. Une durée se demande avec 多长时间, dont la place après le verbe relève de la page durée et fréquence.
Le français emploie « ou » partout ; le mandarin distingue. 还是 háishi relie deux termes entre lesquels on demande de trancher ; 或者 huòzhě relie deux termes qui conviennent également, dans une phrase qui n’attend aucune réponse.
Notez le deuxième exemple : quand les deux termes sont des attributs, 是 ne se répète pas après 还是. Une telle question ne prend jamais 吗 ; enchâssée, elle reste possible : 我不知道他去还是不去。 wǒ bù zhīdào tā qù háishi bú qù, « je ne sais pas s’il y va ou non ». Les paires qui articulent deux propositions entières relèvent de la page les paires de connecteurs.
Le mandarin ne possède aucun mot pour « oui » ni pour « non ». La réponse reprend le verbe de la question, positivement ou négativement — ce qui oblige à l’écouter au lieu d’attendre un signal.
Une négation seule ne fait pas une réponse : à 你去吗? on ne répond pas 不, mais 不去. Deux mots servent d’approbation quand la question porte sur l’exactitude d’un fait : 对 duì, « c’est exact », et 是的 shì de, « c’est cela ».
La question négative. Le mandarin répond à la réalité, non à la formulation de la question. À 你不去吗? nǐ bú qù ma, « vous n’y allez pas ? », on répond 去 si l’on y va et 不去 sinon. Le français aurait besoin de « si » ; le mandarin l’ignore.
Trois tournures brèves complètent l’ensemble ; toutes se greffent sur une phrase déjà formée. La demande de confirmation énonce le fait, marque une pause, puis ajoute une courte forme alternative portant sur l’exactitude de ce qui vient d’être dit.
La supposition. Placée en tête de phrase, la forme 是不是 ne porte plus sur un verbe mais sur l’énoncé entier : elle avance une hypothèse et demande qu’on la confirme.
La question sur un verbe modal porte sur l’auxiliaire, non sur le verbe principal : 你想不想去? nǐ xiǎng bu xiǎng qù, « voulez-vous y aller ? ». Ces auxiliaires sont réunis à la page pouvoir, vouloir, devoir.
La difficulté est de renoncer au réflexe français. Comprendre que le mot interrogatif ne bouge pas demande une minute ; produire 你找谁? sans passer par « qui cherches-tu » demande des heures d’écoute. C’est ce que travaille notre cours de chinois, entièrement audio. Le dossier entier est rassemblé dans la grammaire complète, rattachée à nos dossiers de grammaire.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase : la bonne marque d’interrogation, le bon mot interrogatif, la bonne réponse. Touchez une réponse, puis Correction.
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Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Sans inversion et sans « est-ce que ». On garde l’ordre de la phrase affirmative et on ajoute une marque : la particule 吗 en fin de phrase, la forme alternative A-不-A sur le verbe, un mot interrogatif laissé à la place de la réponse, ou 还是 entre deux termes à choisir.
Les deux posent une question fermée et sont interchangeables dans la plupart des situations. La question en 吗 peut laisser entendre qu’on attend une réponse précise ; la forme alternative ne suppose rien. Seule la forme alternative peut s’enchâsser sous un autre verbe : 我不知道他来不来 wǒ bù zhīdào tā lái bu lái, « je ne sais pas s’il vient ».
Parce qu’une phrase ne porte qu’une seule marque d’interrogation. 哪儿 pose déjà la question ; 吗 ne s’emploie que dans une question à laquelle on répond par oui ou par non. La même règle interdit 你去不去吗.
Ces deux mots n’existent pas. On reprend le verbe de la question : 你去吗?—— 去。 nǐ qù ma —— qù pour affirmer, 不去 pour nier. Le verbe 有 se nie avec 没有. 对 et 是的 servent à confirmer l’exactitude d’un fait, non à répondre à n’importe quelle question.
还是 dans une question, quand on demande à l’interlocuteur de trancher : 你喝茶还是喝咖啡? nǐ hē chá háishi hē kāfēi. 或者 dans une affirmation, quand les deux termes conviennent également : 我喝茶或者咖啡 wǒ hē chá huòzhě kāfēi.
几 attend un petit nombre, en général inférieur à dix, et réclame un classificateur : 几个人 jǐ ge rén. 多少 n’attend rien de précis et se passe de classificateur : 多少钱 duōshao qián. Demander un prix avec 几 reviendrait à présumer qu’il est faible.
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