我去过中国 — wǒ qùguo Zhōngguó — et 我去了中国 — wǒ qùle Zhōngguó — se traduisent l’un et l’autre par « je suis allé en Chine ». Le premier porte une expérience à votre actif, le second rapporte un déplacement mené à son terme.
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Placé derrière le verbe, 过 dit une seule chose : le fait a été vécu au moins une fois, à un moment quelconque. Il ne dit pas quand. Il ne dit pas combien de fois. Il ne dit pas que la situation dure encore. Il constate qu’une expérience figure au compte de celui dont on parle. Le français le rend par « déjà », par « il m’est arrivé de », ou par un simple passé composé accompagné du contexte.
C’est un marqueur d’aspect, non un temps : le verbe chinois ne se conjugue pas, et 过 ne place rien sur une ligne du temps. Cette page décrit son fonctionnement et lui seul. Elle fait apparaître 了 dans quelques paires de contraste, parce qu’on ne comprend 过 qu’en le heurtant à son voisin, mais elle n’explique jamais comment 了 fonctionne : cela revient à la page 了 après le verbe. Quant au choix d’ensemble entre les marqueurs, il est tranché à la page le passé et l’aspect.
过 suit immédiatement le verbe. L’objet vient après lui, jamais avant. La faute la plus fréquente du francophone consiste à rejeter la particule en fin de phrase, sur le modèle du participe passé : 我去中国过 n’existe pas.
| Ce que vous dites | La forme | Exemple |
|---|---|---|
| Affirmer l’expérience | verbe + 过 + objet | 我去过日本 wǒ qùguo Rìběn — « je suis déjà allé au Japon » |
| La nier | 没 + verbe + 过 | 我没去过日本 wǒ méi qùguo Rìběn — « je ne suis jamais allé au Japon » |
| La nier catégoriquement | 从来没 + verbe + 过 | 我从来没去过日本 wǒ cónglái méi qùguo Rìběn — « je n’y suis jamais allé, de ma vie » |
| La dire encore à venir | 还没 + verbe + 过 | 我还没去过日本 wǒ hái méi qùguo Rìběn — « je n’y suis pas encore allé » |
| Interroger | verbe + 过 + objet + 吗 | 你去过日本吗? nǐ qùguo Rìběn ma? — « es-tu déjà allé au Japon ? » |
| Compter les fois | verbe + 过 + nombre + 次 + objet | 我去过三次日本 wǒ qùguo sān cì Rìběn — « j’y suis allé trois fois » |
Les verbes séparables. Certains verbes chinois sont en réalité soudés d’un verbe et de son objet : 见面 jiànmiàn, « se rencontrer », 结婚 jiéhūn, « se marier ». La particule s’insère alors à l’intérieur, derrière la seule partie verbale.
Cette classe de verbes est décrite à la page les classes de verbes. Le nombre de fois, lui, se place après la particule. Devant un nom, les deux ordres se disent : 我去过三次日本 wǒ qùguo sān cì Rìběn, comme le montre la dernière ligne du tableau, mais aussi 我去过日本三次 wǒ qùguo Rìběn sān cì. Derrière un pronom objet, en revanche, le compte passe obligatoirement en dernier : 我见过他两次 wǒ jiànguo tā liǎng cì, et jamais 我见过两次他. La mesure du temps et le compte des occurrences relèvent en propre de durée et fréquence, et cette page n’y touche pas davantage.
过 particule n’a pas de ton. Elle se prononce guo, sans diacritique, comme toute syllabe atone. Le même caractère employé comme verbe plein porte au contraire le quatrième ton, descendant : 过马路 guò mǎlù, « traverser la rue », 你过来 nǐ guòlai, « viens par ici ». La distinction s’entend, et elle est du même ordre que celles qu’expose la page le ton neutre. Signalons au passage que 过 sert aussi de complément directionnel, matière de la page le complément directionnel.
Voilà le trait qui distingue le mieux cette particule, et le plus facile à retenir. Nier une expérience, ce n’est pas nier qu’elle soit achevée : c’est dire qu’elle n’a jamais eu lieu. Il reste donc quelque chose à marquer, et 过 survit intact derrière 没.
Deux précisions de forme. La négation employée est 没 ou sa forme longue 没有 méiyǒu, jamais 不 : 我不去过 est impossible, dans tous les contextes. Le partage entre les deux négations du mandarin ne s’expose qu’à la page les deux négations, et nous nous en tenons ici à la conséquence.
Ensuite, deux adverbes très courants viennent renforcer cette négation. 从来 cónglái étend le propos à la vie entière — « jamais de la vie » — et reste antéposé à 没. 还 hái, lui, laisse la porte ouverte : ce qui n’est pas encore arrivé pourrait bien arriver.
Quatre formes circulent pour demander si l’expérience a eu lieu, toutes courantes, et il vaut mieux reconnaître les quatre que d’en produire une seule. Les deux exemples suivants donnent la réponse, qui reprend le verbe : le mandarin n’a de mot ni pour « oui » ni pour « non ». Le dernier, lui, sort de ce compte : il n’interroge plus sur l’existence de l’expérience, mais sur son nombre, par un mot interrogatif.
L’ensemble des tournures interrogatives du mandarin, et notamment la forme affirmative et négative du quatrième exemple, est réuni à la page poser une question.
Les deux particules se placent au même endroit et se traduisent souvent par le même passé composé français. Elles ne disent pourtant pas la même chose, et la différence tient en une formule : 过 compte une expérience, 了 rend compte d’un fait mené à son terme. Lisez chaque paire à haute voix, la seule syllabe qui change emportant tout le sens.
La quatrième paire donne la règle la plus commode. Sous 没, le marqueur d’accompli disparaît tandis que le marqueur d’expérience se maintient ; si vous hésitez sur la nature d’un 过 entendu, mettez la phrase au négatif dans votre tête : ce qui résiste est un 过.
过 ne s’accroche pas à n’importe quel verbe, ni à n’importe quelle phrase. Trois contraintes, souvent passées sous silence, expliquent la plupart des phrases fautives produites par un francophone.
Une expérience se compte ; ce qui n’arrive qu’une fois ne se compte pas. On ne dit donc pas 我出生过 wǒ chūshēngguo pour « je suis né » : la naissance n’admet pas de seconde occurrence. Le verbe doit désigner un fait qu’on pourrait, en principe, revivre.
过 renvoie à du révolu : ce dont on parle ne se poursuit pas au moment où l’on parle. Quand le verbe laisse derrière lui un état durable, la conséquence s’entend aussitôt : 他结过婚 tā jiéguo hūn laisse entendre que le mariage appartient au passé, et 他来过 tā láiguo que le visiteur est reparti. Employer la particule pour une situation toujours vraie ferait alors comprendre le contraire de ce qu’on voulait dire. Avec un verbe qui n’installe aucun état, en revanche, il n’y a rien à faire cesser : 我去过中国 wǒ qùguo Zhōngguó porte simplement le voyage au compte du locuteur.
过 va de pair avec les repères vagues — 以前 yǐqián, 从来 cónglái, 曾经 céngjīng — mais il accepte sans peine un repère large : 我去年去过中国 wǒ qùnián qùguo Zhōngguó, « l’an dernier, je suis allé en Chine », est correct. C’est l’événement ponctuel, daté à l’heure près, qui préfère l’autre marque : pour « hier je suis allé chez lui », on dira plutôt 我昨天去了他家 wǒ zuótiān qùle tā jiā, parce qu’un fait daté se rapporte plus qu’il ne se collectionne.
Une quatrième contrainte relève du vocabulaire. Le verbe 是 shì, « être », ne prend pas 过 : pour dire un rôle tenu autrefois, le mandarin emploie 当 dāng ou 做 zuò.
L’adverbe 曾经 du dernier exemple appartient à la langue soignée ; il double la particule sans la remplacer et ne s’impose jamais.
L’adjectif chinois se comporte comme un verbe, ainsi que l’expose la page les adjectifs sont des verbes. Il accepte donc 过, et la phrase décrit alors une qualité qu’on a connue et qu’on ne connaît plus.
Un second emploi, plus étroit, se rencontre surtout avec les actes de la vie quotidienne : le repas, le médicament, la douche. 过 y dit non plus une expérience de toute une vie, mais un acte accompli dans la journée, dont on n’a plus à s’occuper.
Reconnaissez-le à sa compagnie : ce 过 va de pair avec un 了 en fin d’énoncé, que le 过 de l’expérience, lui, n’appelle pas. Ce 了 final n’est pas décrit ici ; il revient à la page 了 en fin de phrase.
Trois réflexes suffisent. Premier : demandez-vous si vous comptez une expérience ou si vous rapportez un fait ; c’est toute la différence entre 过 et 了. Deuxième : sous 没, gardez 过. Troisième : collez-le au verbe, devant l’objet, et à l’intérieur des verbes séparables.
Le reste du système d’aspect se répartit entre les pages voisines : 了 après le verbe pour l’action menée à son terme, 了 en fin de phrase pour la situation nouvelle, 着 et l’action en cours pour le procès qui avance ou l’état qui persiste. La page le passé et l’aspect les met en regard et dit laquelle employer.
Cette particule s’entend plus qu’elle ne se raisonne. Comprendre que 我去过中国 Wǒ qùguo Zhōngguó dit autre chose que 我去了中国 Wǒ qùle Zhōngguó demande une minute. Placer la bonne syllabe atone au bon endroit, dans une phrase qui avance, demande des centaines d’occurrences entendues. C’est le travail du cours de chinois, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le plan du dossier est à la page la grammaire complète, et les autres langues à la page toute la grammaire.
Complétez chaque phrase par la forme que réclame la traduction française. On travaille ici la place de 过, sa négation, ses formes interrogatives et ce qui le sépare du marqueur d’accompli. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Le français traduit les deux par « je suis allé en Chine ». 我去过中国 Wǒ qùguo Zhōngguó présente une expérience acquise, au moins une fois dans la vie, et répond à « y es-tu déjà allé ? ». 我去了中国 Wǒ qùle Zhōngguó rapporte un déplacement mené à son terme.
Immédiatement derrière le verbe, et devant l’objet : 我看过这部电影 Wǒ kànguo zhè bù diànyǐng. On ne le rejette jamais en fin de phrase, comme le ferait un participe passé français. Dans un verbe séparable, il s’insère à l’intérieur : 我们见过面 Wǒmen jiànguo miàn.
Par 没 devant le verbe, la particule restant en place : 我没吃过日本菜 Wǒ méi chīguo Rìběn cài. Pour insister sur la vie entière, on ajoute 从来 cónglái ; pour laisser la porte ouverte, 还 hái. La négation 不 est impossible devant 过.
Parce que les deux particules n’affirment pas la même chose. Nier un accomplissement, c’est dire que rien n’est arrivé à son terme, et il ne reste rien à marquer. Nier une expérience, c’est affirmer qu’elle n’a jamais eu lieu : l’expérience reste le sujet de la phrase, et sa marque demeure.
Les deux, selon son rôle. En particule d’aspect il est atone et s’écrit sans diacritique, guo. En verbe plein, au sens de franchir ou de passer, il porte le quatrième ton, descendant : 过马路 guò mǎlù, « traverser la rue ».
Avec un repère large, oui : 我去年去过中国 Wǒ qùnián qùguo Zhōngguó, « l’an dernier, je suis allé en Chine », est correct, et la particule s’accorde tout aussi bien avec les repères vagues — 以前, 从来, 曾经 — parce qu’elle collectionne des expériences au lieu de les situer. C’est l’événement ponctuel, daté à l’heure près, qui appelle plutôt l’autre marque : pour « hier je suis allé chez lui », on dira 我昨天去了他家 Wǒ zuótiān qùle tā jiā.
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