Un habitant de Pékin et un habitant de Hong Kong ne se comprennent pas en parlant. Ils se comprennent en écrivant. Toute la question tient dans cet écart.
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Le mot « dialecte », employé partout, induit en erreur. Un locuteur du mandarin qui n’a jamais fréquenté le sud n’entend rien au cantonais : ni les mots courants, ni les particules, ni la moitié des sons. L’écart est de l’ordre de celui qui sépare le français de l’italien, et il ne se franchit pas à l’oreille.
Les deux langues appartiennent pourtant à la même famille, les langues chinoises, et partagent un fonds de vocabulaire savant considérable. Le rapprochement se fait par l’écrit, jamais par le son. Un même caractère se lit de deux façons et signifie la même chose : c’est ce qui permet à deux personnes qui ne peuvent pas se parler de se lire.
Cette page décrit les deux langues telles qu’on les parle aujourd’hui : les tons, les sons, les mots, la phrase. Elle ne raconte pas comment le mandarin standard s’est formé, ce que fait la page D’où vient le mandarin, et ne donne aucun chiffre de locuteurs, tous rassemblés à la page La langue en chiffres. Retenez seulement l’ordre de grandeur : le mandarin se compte en centaines de millions de locuteurs, le cantonais en dizaines de millions.
Deux notations, deux conventions. Le mandarin se transcrit en pinyin, avec des accents sur la voyelle : mā má mǎ mà. Le cantonais se transcrit ici en jyutping, la notation la plus répandue aujourd’hui, qui marque le ton par un chiffre placé après la syllabe : si1 si2 si3. Ne mélangez pas les deux notations. La lecture du pinyin est traitée à la page Lire le pinyin.
Les caractères sont écrits ici sous leur forme simplifiée, celle de Canton et de la Chine continentale. Hong Kong et Macao écrivent les mêmes mots en caractères traditionnels : voyez Simplifié et traditionnel.
Le mandarin distingue quatre tons, plus l’absence de ton. Le premier est haut et plat, le deuxième montant, le troisième descendant-montant, le quatrième descendant et bref. La série classique se fait sur une seule syllabe.
Le cantonais en distingue six. Ils ne sont pas « les quatre du mandarin plus deux » : le système est bâti autrement. Le cantonais oppose surtout des hauteurs — haut, moyen, bas — là où le mandarin oppose des mouvements. Trois de ses tons sont plats et se distinguent par le seul registre, ce qui ne demande pas la même oreille.
| Jyutping | Contour | Caractère | Sens |
|---|---|---|---|
| si1 | haut et plat | 诗 | poème |
| si2 | montant | 史 | histoire, la discipline |
| si3 | moyen et plat | 试 | essayer |
| si4 | bas et descendant | 时 | temps, moment |
| si5 | bas et montant | 市 | marché, ville |
| si6 | bas et plat | 事 | affaire, chose |
Vous lirez souvent que le cantonais compte neuf tons. Les descriptions anciennes rangent à part les syllabes fermées par une consonne, très brèves ; leur hauteur se confond en réalité avec trois des six tons du tableau. Neuf et six décrivent le même système, pas deux systèmes concurrents.
Les deux langues ne coûtent donc pas le même effort. Le mandarin fait buter sur son troisième ton, décrit à la page Les quatre tons ; le cantonais, sur ses trois niveaux plats, que rien ne distingue qu’une hauteur.
La différence la plus audible ne tient pas aux tons mais à la fin des syllabes. Le mandarin ne ferme la syllabe que par une voyelle, par -n ou par -ng. Le cantonais la ferme aussi par -p, -t, -k — des consonnes retenues, non relâchées, qui coupent net la syllabe — et par -m, que le mandarin a perdu.
| Caractère | Mandarin | Cantonais | Sens |
|---|---|---|---|
| 十 | shí | sap6 | dix |
| 答 | dá | daap3 | répondre |
| 一 | yī | jat1 | un |
| 八 | bā | baat3 | huit |
| 日 | rì | jat6 | jour, soleil |
| 六 | liù | luk6 | six |
| 学 | xué | hok6 | étudier |
| 国 | guó | gwok3 | pays |
| 三 | sān | saam1 | trois |
| 心 | xīn | sam1 | cœur |
| 今 | jīn | gam1 | présent, actuel |
Le début de la syllabe diverge autant. Le mandarin a transformé d’anciennes consonnes de gorge en sons mouillés devant i et ü ; le cantonais les a gardées telles quelles.
Enfin le cantonais possède des initiales que le mandarin ignore, dont un ng- nasal qui ouvre plusieurs mots très fréquents, et il n’a pas la série rétroflexe zh ch sh r qui fait la difficulté du mandarin, décrite à la page Les sons absents du français.
Le fonds savant est commun : les mots techniques et scolaires se correspondent caractère pour caractère. C’est le vocabulaire de base qui diffère — celui des cent premiers mots, ceux qu’on emploie à chaque phrase. Souvent le cantonais y conserve le mot ancien que le mandarin a remplacé.
| Sens | Mandarin | Cantonais |
|---|---|---|
| manger | 吃 chī | 食 sik6 |
| boire | 喝 hē | 饮 jam2 |
| regarder | 看 kàn | 睇 tai2 |
| dire, parler | 说 shuō | 讲 gong2 |
| marcher | 走 zǒu | 行 haang4 |
| donner | 给 gěi | 畀 bei2 |
| être | 是 shì | 系 hai6 |
| se trouver à | 在 zài | 喺 hai2 |
| il, elle | 他 tā | 佢 keoi5 |
| ne pas | 不 bù | 唔 m4 |
| ne pas avoir | 没有 méiyǒu | 冇 mou5 |
| de, marque du lien | 的 de | 嘅 ge3 |
| quoi | 什么 shénme | 乜嘢 mat1 je5 |
| où | 哪里 nǎlǐ | 边度 bin1 dou6 |
| celui-ci | 这个 zhège | 呢个 ni1 go3 |
| celui-là | 那个 nàge | 嗰个 go2 go3 |
| petit | 小 xiǎo | 细 sai3 |
| maison, chez-soi | 家 jiā | 屋企 uk1 kei2 |
Un détail de politesse se remarque aussitôt. Le cantonais a deux mots là où le mandarin en a un : 唔该 m4 goi1 remercie d’un service rendu, 多谢 do1 ze6 remercie d’un cadeau ou d’un compliment. Les confondre s’entend.
La charpente est la même : pas de conjugaison, pas d’accord, un ordre sujet-verbe-objet, des classificateurs obligatoires après un nombre, un aspect marqué par des particules. Ce que décrit La grammaire complète du mandarin vaut dans ses grandes lignes pour le cantonais. Les divergences sont réelles, mais limitées et repérables.
Le mandarin oppose deux négations, traitées à la page Les deux négations. Le cantonais fait le même partage avec d’autres mots : 唔 pour le général, 冇 pour l’absence.
Les deux langues marquent l’accompli par une particule collée au verbe, mais ce n’est pas la même : 了 en mandarin, décrit à la page 了 après le verbe, 咗 en cantonais. L’action en cours suit la même logique de part et d’autre, avec un mot différent.
Notez la place : le mandarin annonce l’action en cours avant le verbe, le cantonais la marque après. Le mécanisme du mandarin est exposé à la page 着 et l’action en cours.
Le cantonais range parfois les mots autrement. Avec un verbe de don, il place le bien avant le bénéficiaire, à rebours du mandarin. Il place l’adverbe « d’abord » après le verbe, quand le mandarin le met devant. Et il compare en plaçant le second terme après l’adjectif, là où le mandarin l’annonce avant.
La construction en 比 est détaillée à la page Comparer avec 比.
Les deux langues emploient les mêmes classificateurs, décrits à la page Les classificateurs. Mais le cantonais admet le groupe classificateur + nom sans rien devant, et ce groupe est alors défini. Le mandarin l’exclut et recourt à un démonstratif ou à la position, procédés exposés à la page Défini, indéfini, pluriel.
Les deux langues connaissent la forme qui juxtapose l’affirmation et la négation du verbe. Le mandarin dispose en outre d’une question à particule finale, avec 吗, que le cantonais forme autrement ; l’ensemble du système interrogatif du mandarin est à la page Poser une question.
Ce qu’on écrit officiellement à Hong Kong — journaux, contrats, manuels — n’est pas du cantonais : c’est la langue écrite standard, bâtie sur le mandarin, que le lecteur prononce à la cantonaise. La phrase est mandarine, les sons sont cantonais.
La troisième phrase est du cantonais parlé, et l’on voit qu’elle ne s’écrit pas avec les mêmes caractères. Il existe en effet un cantonais écrit, vivant dans les messages, les publicités, les bulles de bande dessinée et la presse populaire, qui emploie des caractères que le mandarin ne connaît pas.
Un lecteur formé au seul mandarin les voit sans en tirer le sens : c’est la limite exacte de l’écriture commune. Leur apprentissage est traité à la page Faut-il apprendre les caractères.
La question se tranche par le projet, non par la difficulté : aucune des deux n’est simple, et chacune l’est d’une manière différente.
Le mandarin si vous visez des études, un métier, un voyage en Chine continentale ou à Taïwan, ou si vous n’avez pas de destination précise. C’est la langue de l’école, de l’administration et des médias, comprise à peu près partout, y compris dans le sud, et celle pour laquelle les ressources sont de loin les plus nombreuses.
Le cantonais si votre attache est précise : une famille à Hong Kong ou à Macao, un travail dans le delta de la rivière des Perles, une diaspora qui l’a gardé comme langue. Hors de ces cas, le mandarin ouvre davantage de portes.
Une idée reçue à écarter : apprendre le mandarin ne donne pas le cantonais. À l’oral, presque rien ne se transfère — ni les tons, ni les finales, ni les mots les plus fréquents. En revanche, les caractères se transfèrent presque en entier, le vocabulaire savant en grande partie, et la charpente grammaticale presque tout entière. Passer du mandarin au cantonais, c’est réapprendre à entendre et à parler, non à lire.
Notre Le cours de chinois porte sur le mandarin standard, et sur lui seul. L’ensemble des pages de grammaire de ce dossier décrit cette même norme ; le sommaire se trouve à la page nos dossiers de grammaire.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase, en cantonais ou en mandarin selon ce qu’indique la parenthèse. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Non. Ce sont deux langues de la même famille, non intercompréhensibles à l’oral. L’écart est comparable à celui qui sépare le français de l’italien. Le mot « dialecte », courant en français comme en chinois, entretient une confusion durable.
Six dans la description courante, contre quatre en mandarin. Le chiffre de neuf, qu’on lit souvent, vient des descriptions anciennes : elles comptent à part les syllabes fermées par -p, -t ou -k, dont la hauteur se confond avec trois des six tons.
Pour lire, beaucoup : les caractères et le vocabulaire savant se transfèrent presque en entier. Pour parler et comprendre, très peu : ni les tons, ni les finales, ni les mots les plus fréquents ne se retrouvent. 吃 chī devient 食 sik6, 他 tā devient 佢 keoi5.
En grande partie, mais pas entièrement. La langue écrite officielle de Hong Kong suit la norme bâtie sur le mandarin, simplement lue à la cantonaise. Le cantonais parlé, lui, s’écrit avec des caractères propres que le mandarin ignore : 佢, 嘅, 咗, 喺, 冇.
Autrement difficile. Il demande de distinguer six tons, dont trois plats que seule la hauteur sépare, et de refermer la syllabe sur une occlusive. Le mandarin demande la série rétroflexe et le troisième ton. Aucune des deux n’est facile ; les ressources d’apprentissage, elles, sont bien plus abondantes pour le mandarin.
Le mandarin, sauf projet très localisé. Il est la langue de l’école et des médias dans toute la Chine continentale et à Taïwan, et il est compris jusque dans le sud. Le cantonais se justifie pour une attache précise : famille à Hong Kong ou à Macao, travail dans le delta de la rivière des Perles, diaspora de langue cantonaise.
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