Un auxiliaire mandarin ne se conjugue pas, ne s’accorde pas, ne change jamais de forme. Toute la difficulté tient au choix : trois mots se traduisent par « pouvoir », et leurs négations ne s’obtiennent pas toujours en ajoutant 不.
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Les grammaires chinoises les appellent 能愿动词 néngyuàn dòngcí, « verbes de capacité et de volonté ». Ce sont des verbes qui en introduisent un autre. Ils se placent devant lui, ne reçoivent aucune marque, et laissent le reste de la phrase intact. L’ordre est constant : sujet, auxiliaire, verbe, complément.
Aucun de ces auxiliaires ne varie. Là où le français écrit « je sais, tu sais, ils savent, je saurai », le mandarin écrit 会 huì, quels que soient la personne et le moment. Il n’existe pas davantage d’infinitif : le verbe qui suit l’auxiliaire est exactement celui qu’on emploierait seul.
Une distinction doit être posée d’entrée, car deux constructions se traduisent en français par le même « pouvoir » : 我能吃完 Wǒ néng chīwán et 我吃得完 Wǒ chī de wán, « je peux finir » dans les deux cas. Le modal dit si l’on peut entreprendre l’action ; le complément potentiel dit si l’on peut en atteindre le résultat. La seconde construction, qui s’obtient en insérant une syllabe à l’intérieur d’un verbe composé, est décrite à la page le complément potentiel ; elle n’apparaîtra plus ici. De même, le partage entre les deux négations du mandarin et la place qu’elles occupent devant un auxiliaire appartiennent à la page les deux négations : cette page ne traite que les irrégularités lexicales propres à chaque auxiliaire. Enfin, la place des auxiliaires dans le système verbal est exposée à la page les classes de verbes.
C’est la difficulté centrale. Le français couvre d’un seul verbe ce que le mandarin répartit entre trois auxiliaires : le savoir-faire, la circonstance, l’autorisation.
会 huì porte sur une compétence acquise par apprentissage. Nager, conduire, cuisiner, parler une langue : tout ce qui s’apprend et reste acquis. Il ne dit rien des conditions du moment.
能 néng porte sur la capacité du moment : le temps dont on dispose, l’état du corps, ce que la situation rend possible. Il sert aussi à mesurer une capacité, quand on dit jusqu’où quelqu’un peut aller.
可以 kěyǐ demande ou accorde une permission. Il regarde vers une autorité extérieure — une règle, un règlement, la personne à qui l’on s’adresse — et non vers les capacités du sujet.
| Auxiliaire | Ce qu’il dit | Exemple | Négation |
|---|---|---|---|
| 会 huì | compétence apprise, et probabilité | 我会游泳。 Wǒ huì yóuyǒng. — je sais nager | 不会 bú huì |
| 能 néng | capacité du moment, mesure d’une capacité | 我今天能来。 Wǒ jīntiān néng lái. — je peux venir aujourd’hui | 不能 bù néng |
| 可以 kěyǐ | permission accordée ou demandée | 你可以走。 Nǐ kěyǐ zǒu. — tu peux partir | 不可以 bù kěyǐ, 不能 bù néng |
Les trois domaines se touchent : 能 et 可以 se rejoignent sur la permission, 会 et 能 sur la capacité. Une phrase suffit pourtant à les séparer.
Un second emploi de 会 n’a rien à voir avec la compétence : il annonce un fait probable, que le français rendrait par un futur ou par « sans doute ». Cet emploi est courant, et surprend qui cherche un savoir-faire là où il n’y en a pas.
Trois auxiliaires encore, mais la distinction est plus simple : elle tient à la fermeté. 想 xiǎng exprime une envie, un souhait, et reste poli. 要 yào exprime une volonté arrêtée, presque une décision, et sonne direct. 愿意 yuànyì dit qu’on y consent, qu’on est disposé à le faire.
要 mène une double vie. Devant un nom, ce n’est plus un auxiliaire mais un verbe plein, celui qu’on emploie pour commander ou réclamer. Devant un verbe, il glisse parfois du vouloir vers le devoir, et prend la valeur d’une injonction.
要 sert enfin à annoncer un fait imminent, et s’appuie alors sur une particule en fin d’énoncé : 火车要开了 Huǒchē yào kāi le, « le train va partir ». Cette particule marque le passage à une situation nouvelle, et son fonctionnement appartient à la page 了 en fin de phrase. Quant à 想 suivi d’un nom, ce n’est plus un auxiliaire mais un verbe d’état signifiant « regretter l’absence de » : le cas est traité à la page les classes de verbes.
Le français emploie un seul verbe du conseil à l’obligation absolue. Le mandarin échelonne. 应该 yīnggāi conseille ou dit ce qui est attendu. 得 děi énonce une nécessité pratique, celle de la vie courante ; il appartient surtout à la langue parlée. 必须 bìxū impose, et se lit plus qu’il ne se dit : c’est le verbe des règlements.
| Auxiliaire | Force | Exemple |
|---|---|---|
| 应该 yīnggāi | conseil, attente raisonnable | 你应该多休息。 Nǐ yīnggāi duō xiūxi. — tu devrais te reposer davantage |
| 要 yào | injonction, nécessité ordinaire | 你要小心。 Nǐ yào xiǎoxīn. — fais attention |
| 得 děi | nécessité pratique, langue parlée | 我明天得早起。 Wǒ míngtiān děi zǎoqǐ. — demain je dois me lever tôt |
| 必须 bìxū | obligation catégorique, règlement | 你必须带护照。 Nǐ bìxū dài hùzhào. — vous devez apporter votre passeport |
Un caractère, trois lectures. 得 se lit ici děi, au troisième ton, descendant-montant, et signifie « devoir ». Le même caractère se lit dé, au deuxième ton, montant, au sens d’« obtenir », et de, au ton neutre, quand il relie un verbe à l’évaluation de sa manière : 他跑得很快 Tā pǎo de hěn kuài, « il court vite ». Ce dernier emploi, qui n’a aucun rapport avec l’obligation, est décrit à la page le complément de degré. Seule la lecture děi est un auxiliaire, et elle se reconnaît à sa place : devant le verbe, jamais après.
Un auxiliaire se nie par 不 bù placé devant lui — au quatrième ton, descendant, mais au deuxième ton devant une syllabe du quatrième, ce qui explique l’alternance bù néng et bú huì ; ce changement est décrit à la page quand les tons changent. La règle s’arrête là : deux auxiliaires très courants y échappent, et les confondre fait interdire là où l’on voulait dispenser.
| Auxiliaire | Négation réelle | Remarque |
|---|---|---|
| 会 huì | 不会 bú huì | régulière |
| 能 néng | 不能 bù néng | régulière ; sert aussi à interdire |
| 可以 kěyǐ | 不可以 bù kěyǐ | régulière ; 不能 est plus fréquent à l’oral |
| 想 xiǎng | 不想 bù xiǎng | régulière |
| 要 yào | 不想 bù xiǎng | 不要 bú yào existe, mais donne un ordre négatif |
| 得 děi | 不用 bú yòng | 不得 bù děi n’existe pas |
| 必须 bìxū | 不用 bú yòng, 不必 bú bì | 不必须 bú bìxū n’existe pas |
| 敢 gǎn | 不敢 bù gǎn | régulière |
| 愿意 yuànyì | 不愿意 bú yuànyì | régulière |
Devant un verbe, 不要 bú yào ne dit pas qu’on ne veut pas : il défend. C’est un ordre négatif, adressé à quelqu’un. Pour dire qu’on n’a pas envie de faire quelque chose, on emploie 不想.
Le français dit « tu ne dois pas » aussi bien pour lever une obligation que pour la renverser en interdiction. Le mandarin emploie deux mots sans rapport de forme. 不用 lève l’obligation : ce n’est pas la peine. 不能 et 不可以 l’interdisent.
Un dictionnaire ne dit pas toujours qu’un mot est auxiliaire. On le reconnaît à sa conduite.
Derrière un auxiliaire vient un verbe, non un nom. 我会说中文 Wǒ huì shuō Zhōngwén, « je sais parler le chinois », se dit ; 我会一本书 Wǒ huì yì běn shū ne veut rien dire. 要, 想 et 会 gardent toutefois un emploi de verbe plein devant un nom : 他会中文 Tā huì Zhōngwén, « il sait le chinois ».
了, 过 et 着 se collent au verbe principal, jamais à l’auxiliaire. Dans 我会游泳了 Wǒ huì yóuyǒng le, « je sais nager maintenant », la particule est en fin d’énoncé et marque un changement de situation : voyez 了 en fin de phrase.
À une question, l’auxiliaire fait à lui seul une réponse complète : 你会开车吗? Nǐ huì kāichē ma?, « sais-tu conduire ? », appelle 会 huì ou 不会 bú huì. Le mandarin n’ayant pas de mot pour « oui », c’est la reprise du verbe qui répond : poser une question.
On l’énonce, puis on le nie : 你会不会开车? Nǐ huì bu huì kāichē?, « sais-tu conduire ? ». De même 能不能 néng bu néng et 可不可以 kě bu kěyǐ, qui abrège la première syllabe. Voyez encore poser une question.
L’auxiliaire passe avant le coverbe — un verbe qui a perdu son autonomie et introduit un complément, comme 跟 gēn ou 给 gěi : les prépositions verbales. Il passe aussi avant 把 : 你得把门关上 Nǐ děi bǎ mén guānshàng, « tu dois fermer la porte », décrit à la page la construction en 把.
Deux auxiliaires peuvent se suivre : 你应该能找到他 Nǐ yīnggāi néng zhǎodào tā, « tu devrais pouvoir le trouver ». Certains acceptent un adverbe de degré devant eux : 他很会做饭 Tā hěn huì zuòfàn, « il est très doué pour la cuisine ».
Le choix se joue en une fraction de seconde. Comprendre que 会 dit l’appris et 能 le possible prend quelques minutes. Produire le bon des deux au milieu d’une phrase, sans s’arrêter, demande des heures d’écoute. C’est précisément ce que travaille le cours de chinois, entièrement audio. La carte générale du système est à la page la grammaire complète.
Chaque phrase appelle un auxiliaire et un seul ; la traduction française indique lequel. On travaille ici le partage entre le savoir-faire, la circonstance, la permission, le souhait et l’obligation. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, plus exigeant. On y travaille les négations irrégulières, la différence entre dispenser et interdire, la question par reprise et la place de l’auxiliaire dans la phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
会 huì porte sur une compétence apprise, 能 néng sur ce que les circonstances permettent. Une seule phrase les oppose : 我会游泳,可是今天不能游泳。 Wǒ huì yóuyǒng, kěshì jīntiān bù néng yóuyǒng., « je sais nager, mais aujourd’hui je ne peux pas ».
Avec 不想 bù xiǎng, et non avec 不要 bú yào, qui, devant un verbe, ne nie pas une envie mais défend. 不要走。 Bú yào zǒu. signifie « ne pars pas », tandis que 我不想走。 Wǒ bù xiǎng zǒu. signifie « je n’ai pas envie de partir ».
Parce que 得 děi et 必须 bìxū empruntent leur négation à un autre mot : 不用 bú yòng, « ce n’est pas la peine », ou 不必 bú bì. Pour interdire au lieu de dispenser, on emploie 不能 ou 不可以.
Non. Les marques d’aspect se collent au verbe principal. Dans 我会游泳了 Wǒ huì yóuyǒng le, « je sais nager maintenant », la particule est en fin d’énoncé et signale un changement de situation : elle ne porte pas sur l’auxiliaire.
En le reprenant : 你会不会开车? Nǐ huì bu huì kāichē?, « sais-tu conduire ? ». On trouve de même 能不能 néng bu néng et 可不可以 kě bu kěyǐ. La réponse brève reprend l’auxiliaire seul, affirmé ou nié.
Le modal dit si l’on peut entreprendre l’action ; le complément potentiel dit si l’on peut en atteindre le résultat. 我能吃完。 Wǒ néng chīwán. annonce que rien ne s’y oppose, 我吃得完。 Wǒ chī de wán. que la quantité reste à ma portée. La seconde construction est décrite à la page du complément potentiel.
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