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Cours de langues›Les particules finales

Les particules finales : le ton de la phrase, en un caractère

Là où le français hausse la voix, traîne sur la fin ou ajoute « donc », le mandarin pose un caractère à la fin de la phrase. La hauteur est déjà prise par les tons ; la nuance passe donc par un mot.

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Un mot qui ne veut rien dire, et qui dit tout

Une particule finale est une syllabe placée à l’extrême fin de l’énoncé, après le verbe, après le complément, après tout. Elle ne se traduit par aucun mot français stable. Elle ne modifie pas ce que la phrase affirme : elle modifie l’attitude du locuteur envers ce qu’il affirme. Retirez-la, la phrase reste grammaticale et garde son sens ; elle devient seulement plate, et souvent brutale.

Trois fois le même mot, trois positions différentes du locuteur. C’est ce jeu que cette page décrit. Toutes ces particules se prononcent au ton neutre, sans hauteur propre : leur hauteur leur vient de la syllabe qui précède, comme l’explique la page Le ton neutre.

Deux caractères ne sont pas traités ici. La particule interrogative 吗 ma, qui transforme un énoncé en question fermée, relève entièrement de la page Poser une question, avec la forme A-不-A et les mots interrogatifs. Et le 了 le de fin de phrase n’est pas une modalité mais un aspect : il est décrit à la page 了 en fin de phrase, où se trouve aussi sa fusion avec 啊, qui donne 啦 la.

呢 — reprendre ce qui est déjà là

呢 ne est la plus utile des quatre, et la plus mal comprise. Elle ne pose pas une question nouvelle : elle s’appuie sur quelque chose que la conversation a déjà posé. Hors contexte, une phrase en 呢 est incompréhensible — c’est sa définition même.

La question elliptique

Un nom ou un pronom, puis 呢, et rien d’autre. La question emprunte son verbe à la phrase précédente. Le français fait de même avec « et vous ? ».

  • 我很好,你呢? wǒ hěn hǎo, nǐ ne ? — « je vais bien, et vous ? »
  • 我喜欢茶,你呢? wǒ xǐhuan chá, nǐ ne ? — « j’aime le thé, et vous ? »

Après un nom seul, sans phrase antérieure, elle réclame une localisation. Aucun verbe n’est exprimé, et pourtant la question est claire.

  • 我的手机呢? wǒ de shǒujī ne ? — « où est mon téléphone ? »
  • 老师呢? lǎoshī ne ? — « et le professeur ? », « où est le professeur ? »

L’adoucissement d’une question déjà marquée

Quand la phrase contient déjà un mot interrogatif, 呢 n’ajoute aucune interrogation : elle enlève de la sécheresse. La demande devient une invitation à réfléchir plutôt qu’une sommation.

  • 你在做什么呢? nǐ zài zuò shénme ne ? — « qu’est-ce que vous faites donc ? »
  • 我们什么时候走呢? wǒmen shénme shíhou zǒu ne ? — « quand partons-nous, au juste ? »

Le procès qui dure

À l’oral, 呢 suffit à indiquer qu’une action est en cours au moment où l’on parle, sans aucun autre marqueur. Les outils réguliers de l’action en cours, 在 et 着, appartiennent à la page 着 et l’action en cours ; on ne les décrit pas ici.

  • 外面下雨呢。 wàimiàn xià yǔ ne. — « il pleut dehors en ce moment »
  • 他吃饭呢。 tā chīfàn ne. — « il est en train de manger »

L’insistance qui contredit

Dernier emploi, très fréquent et rarement enseigné : 呢 oppose une réalité à ce que l’interlocuteur vient de supposer. Le français dirait « mais » ou « voyons ».

  • 还早呢,别急。 hái zǎo ne, bié jí. — « il est encore tôt, voyons, ne vous pressez pas »
  • 还有很多呢。 hái yǒu hěn duō ne. — « mais il en reste beaucoup »

吧 — proposer au lieu d’imposer

Le caractère 吧 ba réunit 口, la clé de la bouche, et 巴 bā — au premier ton, haut et plat — qui n’est là que pour le son. Il couvre deux emplois que rien ne relie en apparence, et qui procèdent pourtant du même geste : le locuteur avance quelque chose sans le trancher.

La suggestion et l’ordre adouci

C’est l’emploi de loin le plus courant. Un impératif nu sonne dur en mandarin ; la particule le rend acceptable entre égaux.

La supposition soumise à confirmation

Le locuteur a déjà sa réponse ; il demande seulement qu’on la valide. La différence avec une question ouverte est nette : ici, celui qui parle s’est engagé. Le français rend cela par « n’est-ce pas ? », « je suppose ? », « je me trompe ? ».

L’acceptation résignée

Employée seule ou presque, la particule marque qu’on se range à un avis sans enthousiasme. C’est un contraste que les francophones manquent souvent, parce que les deux réponses se traduisent par le même « d’accord ».

啊 — la chaleur, l’émotion, la liste

啊 a n’a pas de valeur grammaticale propre. Elle met de l’affect dans l’énoncé : approbation, surprise, impatience, familiarité. Elle est fréquente à l’oral et à peu près absente de l’écrit soutenu.

Le dernier exemple montre un emploi à part : répétée après chaque terme, la particule ouvre une énumération que l’on ne prétend pas close.

Le caractère change avec la syllabe qui précède

C’est la seule particule finale dont la prononciation s’altère, et l’écriture peut suivre. La consonne ou la voyelle qui termine le mot précédent se reporte au début de la particule. Ce phénomène touche les sons, non les tons ; il n’a rien à voir avec les changements de ton traités ailleurs dans le dossier.

Les cinq formes de 啊 selon la fin du mot précédent
Fin du motPrononciationÉcritureExemple
a, e, i, o, üya呀你是谁呀? nǐ shì shéi ya ? — « qui êtes-vous donc ? »
u, ao, ouwa哇你快走哇! nǐ kuài zǒu wa ! — « partez vite »
-nna哪真难哪! zhēn nán na ! — « que c’est difficile »
-ngnga啊你听啊。 nǐ tīng a. — « écoutez donc »
-i de zhi, chi, shi, rira啊是啊。 shì a. — « oui, c’est cela »

Les deux dernières lignes n’ont pas de caractère propre : la prononciation se modifie, la graphie reste 啊. Retenez surtout les trois premières, les seules qui disposent d’un caractère. Encore ces graphies sont-elles d’usage et non obligatoires : 啊 reste correct après n’importe quelle finale, et c’est lui qu’écrivent les exemples de cette page — 好啊, 苹果啊, 你听啊 — transcrits d’après le caractère, alors que la lecture courante y fait entendre la consonne de liaison.

Trois particules de second rang

Elles reviennent constamment dans la conversation, et les manuels les donnent tard. Les reconnaître à l’écoute vaut mieux que les produire trop tôt.

嘛 — l’évidence

嘛 ma signale que ce qu’on dit devrait aller de soi, et marque un léger étonnement devant l’hésitation de l’autre. À ne pas confondre à l’écrit avec 吗 : même son, même clé de la bouche, deux caractères et deux fonctions.

  • 有话就说嘛。 yǒu huà jiù shuō ma. — « si vous avez quelque chose à dire, dites-le donc »
  • 他还小嘛。 tā hái xiǎo ma. — « il est encore petit, voyons »

的 — la certitude

En fin de phrase, 的 de engage le locuteur : il garantit ce qu’il annonce. Les deux exemples ci-dessous portent un verbe modal, qui est son voisinage le plus fréquent, mais la particule n’en réclame aucun. Ce 的 n’a rien à voir avec celui qui qualifie un nom, décrit à la page Les relatives en 的, ni avec la construction 是…的, qui relève de la page Le passé et l’aspect.

  • 你放心,他会来的。 nǐ fàngxīn, tā huì lái de. — « soyez tranquille, il viendra »
  • 我不会忘的。 wǒ bú huì wàng de. — « je n’oublierai pas, c’est certain »

呗 — « et c’est tout »

Familière, du nord, 呗 bei présente la solution comme tellement simple qu’il est presque inutile de la formuler.

  • 不懂就问呗。 bù dǒng jiù wèn bei. — « si vous ne comprenez pas, demandez, et voilà »

Récapitulation, place, et ce qu’il ne faut pas faire

Les particules finales de la conversation courante
ParticuleCe qu’elle ajouteExemple
呢 nereprise du contexte, question elliptique, insistance你呢? nǐ ne ? — « et vous ? »
吧 basuggestion, supposition à confirmer, résignation我们走吧。 wǒmen zǒu ba. — « allons-y »
啊 achaleur, émotion, énumération好啊。 hǎo a. — « volontiers »
嘛 maévidence, léger reproche他还小嘛。 tā hái xiǎo ma. — « il est encore petit, voyons »
的 decertitude, garantie du locuteur他会来的。 tā huì lái de. — « il viendra »
呗 beisolution évidente, ton familier不懂就问呗。 bù dǒng jiù wèn bei. — « demandez, et voilà »

La place est fixe et absolue. La particule vient après tout : après le verbe, après l’objet, après le complément, après la particule d’aspect. Rien ne peut la suivre. Une phrase n’en porte qu’une seule à la fois : 呢 et 吧 ne se cumulent jamais.

Trois erreurs de francophones. La première consiste à traduire la particule par un adverbe français et à l’écrire en plus dans la phrase chinoise : la nuance est déjà portée, il n’y a rien à ajouter. La deuxième consiste à croire que 吧 pose une question ouverte ; il propose une réponse, et celui qui l’emploie s’est déjà décidé. La troisième consiste à supprimer toutes les particules par prudence : un mandarin sans particules finales est grammatical, mais il tombe comme une suite d’ordres.

Ces particules touchent à deux voisines du dossier. Le 呢 qui suit un élément mis en tête de phrase — 我呢,不太喜欢 wǒ ne, bú tài xǐhuan, « moi, je n’aime pas trop » — relève de la page Thème et commentaire, qui décrit ce déplacement. La négation employée dans plusieurs exemples ci-dessus obéit à ses propres règles, exposées à la page Les deux négations. La place de cette page dans l’ensemble est indiquée par La grammaire complète, et le dossier entier se trouve depuis la page des grammaires.

Ces particules ne s’apprennent pas par la règle. On peut mémoriser que 吧 adoucit ; la placer au bon endroit, au bon moment, sans y penser, relève de l’oreille. C’est exactement le terrain de Le cours de chinois, entièrement audio, en leçons courtes.

Exercez-vous

Choisissez la particule qu’appelle chaque phrase. La traduction française précise l’intention du locuteur : c’est elle qui décide. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. 我很好,你 ___ ? wǒ hěn hǎo, nǐ ___ ? (Je vais bien, et vous ?)
  2. 我的手机 ___ ? wǒ de shǒujī ___ ? (Où est mon téléphone ?)
  3. 老师 ___ ?他在办公室。 lǎoshī ___ ? tā zài bàngōngshì. (Et le professeur ? — Il est dans son bureau.)
  4. 外面下雨 ___ 。 wàimiàn xià yǔ ___. (Il pleut dehors en ce moment.)
  5. 还早 ___ ,别急。 hái zǎo ___, bié jí. (Il est encore tôt, voyons : vous contredisez celui qui vous presse.)
  6. 你在做什么 ___ ? nǐ zài zuò shénme ___ ? (Qu’est-ce que vous faites donc ?)
  7. 我们走 ___ 。 wǒmen zǒu ___. (Allons-y : vous proposez au groupe de partir.)
  8. 明天再说 ___ 。 míngtiān zài shuō ___. (On en reparlera demain : vous proposez de remettre.)
  9. 你是法国人 ___ ? nǐ shì Fǎguórén ___ ? (Vous êtes français, je suppose ? — vous attendez une confirmation.)
  10. 你今天不舒服 ___ ? nǐ jīntiān bù shūfu ___ ? (Vous ne vous sentez pas bien aujourd’hui, je me trompe ?)
  11. 好 ___ ,我去。 hǎo ___, wǒ qù. (Bon, d’accord, j’y vais : vous cédez à contrecœur.)
  12. 好 ___ ,我们一起去。 hǎo ___, wǒmen yìqǐ qù. (Volontiers, allons-y ensemble : vous acceptez avec entrain.)
  13. 是 ___ ,我也这么想。 shì ___, wǒ yě zhème xiǎng. (Oui, c’est bien cela, je pense la même chose.)
  14. 快点儿 ___ ! kuài diǎnr ___ ! (Dépêchez-vous donc : vous pressez avec un peu d’impatience.)
  15. 苹果 ___ ,香蕉啊,我都喜欢。 píngguǒ ___, xiāngjiāo a, wǒ dōu xǐhuan. (Les pommes, les bananes, j’aime tout cela : vous énumérez.)
  16. 你是谁 ___ ? nǐ shì shéi ___ ? (Qui êtes-vous donc ? — forme de 啊 après shéi.)
  17. 你看 ___ ! nǐ kàn ___ ! (Regardez donc ! — forme de 啊 après kàn.)
  18. 你快走 ___ ! nǐ kuài zǒu ___ ! (Partez vite ! — forme de 啊 après zǒu.)
  19. 真难 ___ ! zhēn nán ___ ! (Que c’est difficile ! — forme de 啊 après nán.)
  20. 你听 ___ 。 nǐ tīng ___. (Écoutez donc. — forme de 啊 après tīng.)
  21. 有话就说 ___ 。 yǒu huà jiù shuō ___. (Si vous avez quelque chose à dire, dites-le donc : la chose va de soi.)
  22. 他还小 ___ 。 tā hái xiǎo ___. (Il est encore petit, voyons : vous rappelez une évidence.)
  23. 你放心,他会来 ___ 。 nǐ fàngxīn, tā huì lái ___. (Soyez tranquille, il viendra, c’est certain.)
  24. 我们六点见 ___ ? wǒmen liù diǎn jiàn ___ ? (On se voit à six heures, d’accord ? — vous proposez et attendez l’accord.)

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Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une particule finale en chinois mandarin ?

Une syllabe au ton neutre, placée à l’extrême fin de l’énoncé, qui ne change pas ce que la phrase affirme mais l’attitude du locuteur envers ce qu’il affirme. 好吧 hǎo ba et 好啊 hǎo a se traduisent tous deux par « d’accord » : le premier cède, le second adhère.

Quelle différence entre 吧 et 呢 ?

吧 avance quelque chose — une suggestion, ou une réponse qu’on demande de confirmer. 呢 s’appuie sur ce que la conversation a déjà posé et le reprend : 你呢? nǐ ne ?, « et vous ? ». Les deux ne se cumulent jamais dans une même phrase.

Pourquoi écrit-on parfois 呀, 哇 ou 哪 au lieu de 啊 ?

Parce que la fin du mot précédent se reporte au début de la particule. Après a, e, i, o ou ü, on écrit 呀 ; après u, ao ou ou, 哇 ; après un -n, 哪. Après -ng et après le -i de zhi, chi, shi, ri, la prononciation change aussi, mais la graphie reste 啊. Ces graphies particulières sont d’usage et non obligatoires : 啊 reste correct après n’importe quelle finale.

吗 et 嘛 sont-ils le même mot ?

Non. Les deux se prononcent ma au ton neutre et partagent la clé de la bouche, mais 吗 pose une question fermée, tandis que 嘛 présente un fait comme allant de soi : 他还小嘛。 tā hái xiǎo ma., « il est encore petit, voyons ». La page Poser une question traite le premier.

Peut-on se passer des particules finales ?

Une phrase sans particule finale reste grammaticale. Elle sonne seulement plate, et souvent sèche : un impératif nu, en mandarin, passe pour un ordre. Les particules sont le principal moyen dont dispose la langue pour adoucir, proposer ou nuancer.

Peut-on en mettre deux à la suite ?

Deux particules de modalité, non : 呢, 吧 et 啊 s’excluent. En revanche une particule d’aspect peut précéder la particule finale, dans cet ordre et jamais l’inverse, car rien ne se place après la particule finale.

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