Le mandarin ne conjugue pas, n’accorde pas, ne décline pas. La position d’un mot est la seule chose qui dise sa fonction — et cette position obéit à peu de règles, mais elles ne se laissent pas contourner.
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Dans une langue à désinences, la terminaison d’un mot indique sa fonction, et l’on peut déplacer ce mot sans détruire la phrase. Le mandarin n’a rien de tel : ni cas, ni accord, ni conjugaison, comme l’expose la page ce qui n’existe pas. Il ne reste que la position. Deux mots intervertis, et le sens bascule.
Les quatre phrases sont également correctes : aucune marque ne signale l’agent ni le patient, c’est le rang qui les désigne. Le francophone y gagne de n’avoir jamais de forme à calculer, et y perd toute liberté de placement.
Cette page traite l’ordre canonique et la place des circonstants. Tout constituant déplacé en tête pour être annoncé relève de la page thème et commentaire ; le mot de mesure obligatoire entre le nombre et le nom, de la page les classificateurs.
Le point de départ est confortable : l’ossature est celle du français. Le sujet ouvre, le verbe suit, l’objet ferme. Mais aucun pronom ne remonte devant le verbe, et c’est là une des premières fautes du débutant francophone : 我看见你, jamais 我你看见.
Le sujet peut disparaître quand le contexte le donne, et il disparaît souvent : le mandarin ne remplit pas une place par principe. Mais s’il est exprimé, il est en tête. La négation, elle, se glisse devant le verbe et devant tout ce qui le précède — règle exposée à la page les deux négations.
Voici le décalage principal avec le français. Le quand, le où, le avec quoi, le avec qui : tout cela se place entre le sujet et le verbe. Le français range ces précisions après le verbe ; le mandarin plante le décor, puis agit.
Le mot de temps a deux places, après le sujet ou avant lui. Les deux sont correctes ; en tête, le temps est un peu mis en relief. Ce qui est impossible, c’est de le renvoyer après le verbe.
Le lieu se construit avec 在 zài et se place, lui aussi, devant le verbe. 在 est un verbe employé comme un outil de liaison : on appelle coverbe cette classe de verbes qui ont perdu leur autonomie et n’introduisent plus qu’un complément. Les nommer « prépositions » serait commode et faux ; la page les prépositions verbales décrit la série complète.
Une poignée de verbes fait exception et accepte le lieu après eux : 住 zhù, « habiter », 坐 zuò, « s’asseoir », 放 fàng, « poser ». Le lieu n’y est plus un circonstant mais le résultat de l’action.
在 employé seul comme verbe — 他在家 tā zài jiā, « il est à la maison » — et les tournures d’existence appartiennent à la page être, avoir, se trouver.
Les autres coverbes occupent la même zone préverbale.
Les adverbes courants se rangent eux aussi avant le verbe, et même avant le coverbe.
Notez le pinyin du dernier exemple : 不 se prononce bú devant un quatrième ton, descendant, et bù ailleurs — changement mécanique décrit à la page quand les tons changent.
Une phrase peut en aligner trois ou quatre. Chacun a son rang, et ce rang va du plus large au plus serré : le temps encadre la scène et vient en premier, le lieu la délimite et vient ensuite, le moyen et l’accompagnement touchent à l’action et se collent au verbe.
| Rang | Ce qui l’occupe | Exemple |
|---|---|---|
| 1 | le sujet, ou le temps mis en relief | 我 wǒ — moi |
| 2 | le temps | 明天 míngtiān — demain |
| 3 | les adverbes, puis la négation | 也 yě — aussi |
| 4 | le lieu, groupe en 在 | 在图书馆 zài túshūguǎn — à la bibliothèque |
| 5 | le moyen ou l’accompagnement | 用电脑 yòng diànnǎo — avec l’ordinateur |
| 6 | le verbe | 学习 xuéxí — étudier |
| 7 | l’objet, ou un complément | 汉语 Hànyǔ — le chinois |
La séquence tient donc en cinq temps : qui, quand, où, comment, fait quoi. Retenez-la sous cette forme plutôt qu’en tableau : elle se récite plus vite qu’elle ne se déduit.
Le même principe gouverne l’intérieur des groupes : une date part de l’année, une adresse du pays. Le français fait l’inverse, et c’est une source de fautes durables, parce que la tournure française paraît naturelle jusqu’au bout.
La règle vaut aussi entre deux circonstants de temps : le plus large précède le plus étroit, et l’on dit 明天下午 et non l’ordre inverse. La formation des dates, des heures et des nombres eux-mêmes est décrite à la page nombres, dates et heures ; la présente page n’en retient que le principe d’ordre.
Troisième règle, et la plus constante de toutes : ce qui précise se place avant ce qui est précisé. L’adjectif avant le nom, le possesseur avant le possédé, et jusqu’à la proposition entière avant le nom qu’elle qualifie. Rien ne se place jamais après un nom pour le déterminer.
L’avant-dernier exemple inverse entièrement la phrase française : là où nous disons « le livre que j’ai acheté hier », le mandarin dit « j’ai acheté hier 的 livre ». Cette construction, qui remplace à elle seule toutes nos relatives, est décrite à la page les relatives en 的. Le comportement de l’adjectif, qui se conduit en mandarin comme un verbe, relève de la page les adjectifs sont des verbes.
La place d’après le verbe est étroite et disputée : elle reçoit l’objet, ou un complément, rarement les deux sans précaution.
Le dernier exemple porte les deux faces de la même opposition, et elle mérite d’être apprise telle quelle : le moment où l’on agit précède le verbe, la durée pendant laquelle on agit le suit. 昨天 situe, 三个小时 mesure. Les quantités de temps et le nombre de fois sont traités à la page durée et fréquence.
Les autres occupants de cette place ont chacun leur page : l’aboutissement de l’action, à le complément de résultat ; l’orientation dans l’espace, à le complément directionnel ; et la manière, évaluée après coup au moyen de 得, à le complément de degré.
L’ordre canonique n’est pas une prison : le mandarin autorise plusieurs remaniements, chacun avec son motif et sa marque.
L’objet passe devant le verbe, derrière une marque, pour dire ce qu’on lui a fait subir : 我把门关了 wǒ bǎ mén guānle, « j’ai fermé la porte ». Les trois conditions de cette tournure sont exposées à la page la construction en 把.
Le patient peut devenir sujet : 我的手机被偷了 wǒ de shǒujī bèi tōule, « on m’a volé mon téléphone ». La page le passif en 被 montre aussi que le mandarin se passe le plus souvent de toute marque.
Un constituant peut sortir du prédicat et s’installer avant le sujet, sans marque : 这本书我看过了 zhè běn shū wǒ kànguo le, « ce livre, je l’ai déjà lu ». C’est le sujet de la page thème et commentaire.
Deux actions qui s’enchaînent se suivent dans l’ordre où elles se produisent : 我坐飞机去北京 wǒ zuò fēijī qù Běijīng, « je vais à Pékin en avion ». Voyez les verbes qui s’enchaînent.
Deux dernières remarques d’ordre. La position d’un nom en dit aussi la détermination : placé avant le verbe il est tenu pour connu, placé après il ne l’est pas — 客人来了 kèrén lái le, « les invités sont arrivés », contre 来客人了 lái kèrén le, « des invités sont arrivés ». Le sens de cette opposition est expliqué à la page défini, indéfini, pluriel. Enfin, le mot interrogatif ne bouge pas : il reste exactement là où se trouvera la réponse — 你买什么 nǐ mǎi shénme, « qu’achètes-tu ». La page poser une question en tire toutes les conséquences.
La règle se comprend en dix minutes ; le réflexe demande des mois. Savoir que le lieu précède le verbe ne sert à rien si, en parlant, vous devez chaque fois reconstruire la phrase comme un puzzle. Ce qu’il faut, c’est que 在家 arrive avant 吃饭 parce que vous l’avez entendu deux cents fois. C’est ce que travaille le cours de chinois, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le dossier entier part de la grammaire complète.
Reconstituez chaque phrase. Une seule suite de mots traduit la phrase française donnée entre parenthèses. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, mais les phrases alignent maintenant deux ou trois circonstants, et l’ordre interne des dates et des heures entre en jeu. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Sujet, verbe, objet, comme en français : 我喝茶 wǒ hē chá, « je bois du thé ». La différence vient de ce qui entoure le verbe : tout ce qui situe l’action se place devant lui, jamais derrière.
Avant le verbe, et à deux endroits possibles : après le sujet, 我明天去北京 wǒ míngtiān qù Běijīng, ou avant lui, 明天我去北京 míngtiān wǒ qù Běijīng. Le placer après le verbe est une faute.
Du plus large au plus serré : le temps, puis le lieu, puis le moyen ou l’accompagnement, puis le verbe. 我明天在图书馆看书 wǒ míngtiān zài túshūguǎn kàn shū, « demain je lis à la bibliothèque ». Retenez la formule : qui, quand, où, comment, fait quoi.
Il ne l’inverse pas : il applique partout le même principe, du grand au petit. L’année précède le mois, le mois précède le jour, le pays précède la ville. 二〇二四年十二月 èr líng èr sì nián shí'èr yuè, « en décembre 2024 ». C’est le français qui prend l’ordre inverse.
Toujours avant le nom : 大房子 dà fángzi, « une grande maison ». La règle vaut pour tout ce qui précise un nom, y compris une proposition entière, qui se ferme alors par 的 : 我昨天买的书 wǒ zuótiān mǎi de shū, « le livre que j’ai acheté hier ».
Oui, mais selon des schémas précis : un constituant posé en tête comme thème, l’objet avancé derrière 把, le patient promu sujet derrière 被. Chacun a ses conditions et sa page. En dehors de ces tournures, l’ordre ne se réarrange pas librement.
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