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Cours de langues›Défini et indéfini

Défini, indéfini, pluriel : comment le nom se détermine

La détermination existe en mandarin. Elle ne se lit pas sur le nom, qui ne bouge jamais, mais sur la place qu’il occupe dans la phrase et sur une poignée de mots-outils.

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Un nom nu ne dit ni « le », ni « un », ni « des »

Prenez le caractère 书 shū. Isolé, il se traduit par « un livre », « le livre », « des livres » ou « les livres » : rien dans sa forme ne tranche. C’est le lecteur francophone qui attend une marque, et le mandarin n’en fournit aucune sur le mot lui-même. Il en fournit ailleurs, et cette page décrit où.

Ce que le mandarin ne possède pas — article, genre, marque de nombre obligatoire — est recensé à la page ce qui n’existe pas ; on ne dresse ici aucune liste d’absences, on décrit le système positif qui occupe la place. Le comptage proprement dit, c’est-à-dire l’obligation d’intercaler un classificateur entre un nombre et un nom, relève de la page les classificateurs, et le choix du bon classificateur de la page quel classificateur choisir.

Les trois dernières phrases montrent un emploi que le français rend par un article défini pluriel, mais qui ne désigne aucun groupe précis : le nom nu y vaut pour l’espèce entière. Retenez ce point : l’apprenant francophone surcharge ses phrases parce qu’il cherche à traduire une marque que sa langue impose et que le mandarin ignore.

La position décide : avant le verbe, c’est connu ; après, c’est nouveau

C’est le mécanisme principal, et le moins visible pour un francophone. Un nom placé devant le verbe est compris comme déjà identifié, connu des deux interlocuteurs. Le même nom placé après le verbe est compris comme nouveau, indéterminé. La forme du mot ne change pas d’un millimètre ; seul son rang change.

  • 客人来了。 kèrén lái le — « les invités sont arrivés », ceux que l’on attendait
  • 来客人了。 [venir invité] lái kèrén le — « des invités sont arrivés », personne ne les attendait
  • 车来了。 chē lái le — « le bus arrive », celui que nous guettons
  • 人都走了。 rén dōu zǒu le — « les gens sont tous partis », ceux dont nous parlions
  • 我在等朋友。 wǒ zài děng péngyou — « j’attends un ami »

La conséquence est immédiate : un groupe indéterminé tient mal la tête de phrase. Pour présenter quelqu’un ou quelque chose d’inconnu en position de sujet, le mandarin ouvre avec le verbe d’existence 有 yǒu.

  • 有人找你。 [il-y-a personne chercher toi] yǒu rén zhǎo nǐ — « quelqu’un te cherche »
  • 有一个学生没来。 yǒu yí ge xuésheng méi lái — « un étudiant n’est pas venu »
  • 有一个人在门口等你。 yǒu yí ge rén zài ménkǒu děng nǐ — « quelqu’un t’attend à la porte »

Trois prolongements, nommés sans être développés. Les phrases d’existence et le partage entre 有 et 在 — 书在桌子上 shū zài zhuōzi shang, « le livre est sur la table », contre 桌子上有一本书 zhuōzi shang yǒu yì běn shū, « il y a un livre sur la table » — relèvent de la page être, avoir, se trouver. L’ordre canonique des constituants est exposé à la page l’ordre des mots. Enfin un constituant déplacé avant le sujet est un thème, et un thème est toujours déterminé : voyez la page thème et commentaire.

Un dernier effet, très concret : la construction en 把 bǎ exige un complément déterminé. 我把书看完了 wǒ bǎ shū kànwán le, « j’ai fini de lire le livre », parle d’un livre connu ; la page la construction en 把 en détaille les conditions.

一个, l’indéfini qui ne dit pas son nom

Le mandarin n’a pas d’article indéfini, mais il possède un groupe qui en fait le travail : le numéral 一 yī suivi d’un classificateur. Employé sans insistance sur le nombre, il présente un élément que l’interlocuteur ne connaît pas encore. Dans 我有一个问题, personne ne compte les questions.

Deux traits distinguent ce groupe d’un véritable article. D’abord il reste postverbal : il se place après le verbe et refuse la position de sujet, sauf à être introduit par 有, comme on vient de le voir. Ensuite le numéral 一 tombe volontiers dans la langue parlée, le classificateur restant seul. Cette forme réduite est toujours indéterminée et toujours après le verbe.

En face, le démonstratif détermine. 这 zhè désigne ce qui est proche, 那 nà ce qui est éloigné, 哪 nǎ interroge. Tous trois appellent un classificateur devant le nom, exactement comme un nombre.

L’ordre interne du groupe ne varie jamais : démonstratif, nombre, classificateur, nom. Le tableau aligne les combinaisons les plus fréquentes.

Le nom nu et ce qui vient le déterminer
GroupePinyinLecture
书shūun livre, le livre, des livres, les livres : rien n’est dit
一本书yì běn shūun livre, un parmi d’autres
这本书zhè běn shūce livre, celui-ci précisément
那个人nàge réncette personne-là
哪本书nǎ běn shūquel livre
三本书sān běn shūtrois livres, sans détermination
这三本书zhè sān běn shūces trois livres
一些书yìxiē shūquelques livres
这些书zhèxiē shūces livres
我的书wǒ de shūmon livre, mes livres

La dernière ligne introduit le possessif, qui détermine lui aussi : un nom précédé de 我的 est identifié. La particule 的 et tout ce qu’elle sert à construire relèvent de la page les relatives en 的. Quant aux nombres eux-mêmes, avec leurs pièges — 二 contre 两, les dates, les heures — ils sont à la page nombres, dates et heures.

Un mot sur la prononciation de 一. Le numéral change de ton selon ce qui suit : deuxième ton, montant, devant un quatrième ton — yí ge, yí jiàn — et quatrième ton, descendant, partout ailleurs — yì běn, yìxiē. La règle complète est à la page quand les tons changent.

Le nombre : 们 et 些, deux outils étroits

们, un collectif humain

Le suffixe 们 men, au ton neutre, marque le pluriel des pronoms, où il est obligatoire, et s’ajoute à certains noms d’êtres humains, où il ne l’est jamais. Le traiter comme un « s » chinois est la faute la plus répandue.

Trois limites, toutes fermes. Un nom de chose ne prend pas 们 : on dit 很多书 hěn duō shū, « beaucoup de livres », et jamais la forme suffixée. Un nom précédé d’un nombre ou d’un mot de quantité ne le prend pas davantage : 三个学生 sān ge xuésheng, « trois étudiants », exclut le suffixe, puisque la pluralité est déjà dite. Enfin 们 rend le groupe déterminé : 朋友们 péngyoumen signifie « les amis », un groupe que l’on identifie, et ne peut pas signifier « des amis ».

些, un pluriel indéterminé

Le morphème 些 xiē se fixe derrière un démonstratif, derrière 一 ou derrière 有, et occupe à lui seul la place du classificateur. Il s’applique aux humains comme aux choses, ce qui en fait le plus large des deux outils.

La dernière ligne oppose 一些, qui prélève un petit nombre d’unités, à 一点儿 yìdiǎnr, qui prélève une petite quantité de matière : devant un liquide ou une durée, c’est la seconde forme.

都 : la totalité se dit devant le verbe

Voici le point qui demande le plus de vigilance. Le français porte la totalité sur le groupe nominal — « tous les étudiants » ; le mandarin la porte sur le prédicat, au moyen de l’adverbe 都 dōu, placé après ce qu’il totalise et avant le verbe, dont seule une négation ou un autre adverbe peut le séparer. Il regarde toujours à sa gauche.

Notez la dernière phrase : 朋友 n’y porte aucune marque de pluriel. C’est 都, et lui seul, qui impose la lecture plurielle. Placé en tête, devant le sujet, l’adverbe n’aurait rien à sa gauche à totaliser.

每 appelle 都

Le distributif 每 měi, « chaque », prend un classificateur comme un nombre et réclame presque toujours 都 dans le prédicat, même là où aucun pluriel n’est en jeu.

都不 et 不都

L’ordre relatif de l’adverbe et de la négation change le sens de fond en comble. Négation après 都 : aucun membre du groupe n’est concerné. Négation avant 都 : le groupe n’est pas entier, donc certains le sont. Le détail des deux négations du mandarin est à la page les deux négations ; seule leur place nous occupe ici.

Un mot interrogatif suivi de 都

Placé devant 都, un mot interrogatif cesse d’interroger et balaie toute la série. C’est ainsi que le mandarin dit « tout le monde », « rien », « partout ».

Les quatre marques, et ce que chacune fait
MarqueSe poseCe qu’elle ditExemple
们 menaprès un pronom ou un nom d’humaingroupe humain déterminé, jamais après un nombre孩子们 háizimen — « les enfants »
些 xiēaprès 这, 那, 哪, 一, 有pluriel indéterminé, sans classificateur一些朋友 yìxiē péngyou — « quelques amis »
都 dōudevant le verbetotalité de ce qui précède他们都来了 tāmen dōu lái le — « ils sont tous venus »
每 měidevant classificateur et nomchaque élément pris un à un, avec 都每个人 měi ge rén — « chaque personne »

Ce qu’il faut emporter

Quatre réflexes résument la page. Un nom nu ne dit rien du nombre ni de la détermination. La position tranche : devant le verbe, l’élément est connu ; derrière, il est neuf. 一 suivi d’un classificateur présente ce qui est neuf, et 有 l’introduit quand il doit être sujet. Enfin la totalité ne se pose jamais sur le nom : elle se dit devant le verbe.

Ces quatre points se comprennent en une lecture. Ce qui prend du temps, c’est de cesser de chercher un article là où il n’y en a pas, et de placer 都 au bon endroit sans y penser.

C’est un travail d’oreille. Aucune règle de cette page n’est difficile à lire ; toutes sont difficiles à appliquer en parlant, parce qu’elles portent sur l’ordre des mots, et que l’ordre se décide en une fraction de seconde. C’est ce qu’entraîne notre cours de chinois, entièrement audio. Le dossier entier part de la grammaire complète et de nos dossiers de grammaire.

Exercez-vous

Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. On travaille la détermination, le nombre et la totalité : la place du nom, 一个, 们, 些, 都 et 每. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. 这里有三个 ___。 zhèlǐ yǒu sān ge ___ (Il y a trois étudiants ici.)
  2. 桌子上有很多 ___。 zhuōzi shang yǒu hěn duō ___ (Il y a beaucoup de livres sur la table.)
  3. ___,请坐。 ___, qǐng zuò (Chers étudiants, asseyez-vous.)
  4. 我要买这 ___ 书。 wǒ yào mǎi zhè ___ shū (Je veux acheter ces livres, plusieurs.)
  5. 我买了 ___ 水果。 wǒ mǎile ___ shuǐguǒ (J’ai acheté quelques fruits.)
  6. ___ (Des invités sont arrivés, on ne les attendait pas.)
  7. ___ (Le bus est arrivé, celui que nous attendions.)
  8. ___ 在门口等你。 ___ zài ménkǒu děng nǐ (Quelqu’un t’attend à la porte.)
  9. 我有 ___ 问题。 wǒ yǒu ___ wèntí (J’ai une question.)
  10. 我买 ___ 苹果。 wǒ mǎi ___ píngguǒ (J’achète une pomme.)
  11. 我要买 ___ 书。 wǒ yào mǎi ___ shū (Je veux acheter ces trois livres.)
  12. 我们 ___ 是学生。 wǒmen ___ shì xuésheng (Nous sommes tous étudiants.)
  13. ___ (Ils sont tous venus.)
  14. 每个人 ___ 有名字。 měi ge rén ___ yǒu míngzi (Chacun a un nom.)
  15. 他们 ___ 去。 tāmen ___ qù (Aucun d’eux n’y va.)
  16. 他们 ___ 去。 tāmen ___ qù (Ils n’y vont pas tous : certains y vont.)
  17. 他 ___ 不吃。 tā ___ bù chī (Il ne mange rien.)
  18. ___ 喜欢喝茶。 ___ xǐhuan hē chá (Les Chinois aiment le thé, les Chinois en général.)
  19. ___ 人不喜欢咖啡。 ___ rén bù xǐhuan kāfēi (Certaines personnes n’aiment pas le café.)
  20. 你要 ___ 本书? nǐ yào ___ běn shū (Quel livre voulez-vous ?)
  21. 我买了 ___ 书。 wǒ mǎile ___ shū (J’ai acheté ce livre-là.)
  22. 这些菜 ___ 很好吃。 zhèxiē cài ___ hěn hǎochī (Ces plats sont tous excellents.)
  23. 我去买 ___。 wǒ qù mǎi ___ (Je vais acheter du pain.)
  24. ___ 都走了。 ___ dōu zǒu le (Les gens sont tous partis, ceux dont nous parlions.)
  25. 我不认识 ___ 人。 wǒ bú rènshi ___ rén (Je ne connais pas ces gens-là.)
  26. 我每天 ___ 喝咖啡。 wǒ měi tiān ___ hē kāfēi (Je bois du café tous les jours.)

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Questions fréquentes

Comment dit-on « le » et « un » en mandarin ?

Par la position et par des mots-outils. Un nom placé devant le verbe est compris comme défini : 客人来了 kèrén lái le, « les invités sont arrivés ». Le même nom après le verbe est indéfini : 来客人了 lái kèrén le, « des invités sont arrivés ». Pour insister sur l’indéfini, on emploie 一 suivi d’un classificateur ; pour insister sur le défini, un démonstratif.

们 est-il le pluriel du chinois ?

Non. Il est obligatoire sur les pronoms — 我们 wǒmen, « nous » — et facultatif sur quelques noms d’humains, où il désigne un groupe déjà identifié : 孩子们 háizimen, « les enfants ». Il ne se pose jamais sur un nom de chose, ni après un nombre : on dit 三个学生 sān ge xuésheng, « trois étudiants », sans suffixe.

Quelle différence entre 这些 et 一些 ?

这些 zhèxiē désigne un groupe que l’interlocuteur peut identifier, « ces livres-ci ». 一些 yìxiē en introduit un qu’il découvre, « quelques livres ». Ni l’un ni l’autre n’accepte un classificateur derrière lui, car 些 en occupe déjà la place.

Pourquoi 都 se place-t-il devant le verbe et non devant le sujet ?

Parce que c’est un adverbe, et qu’il totalise ce qui se trouve à sa gauche. 我们都是学生 wǒmen dōu shì xuésheng signifie « nous sommes tous étudiants » : l’adverbe reprend le groupe qui vient d’être nommé. Placé avant le sujet, il n’aurait rien à totaliser.

他们都不去 et 他们不都去 : quelle différence ?

La première phrase, tāmen dōu bú qù, signifie « aucun d’eux n’y va » : la négation, venant après l’adverbe, atteint chaque membre. La seconde, tāmen bù dōu qù, signifie « ils n’y vont pas tous » : la négation porte sur la totalité elle-même, donc certains y vont.

Un nom chinois est-il singulier ou pluriel ?

Ni l’un ni l’autre tant que rien ne le précise. 书 shū vaut pour un livre comme pour plusieurs, et 我的朋友都在北京 wǒ de péngyou dōu zài Běijīng, « mes amis sont tous à Pékin », ne porte aucune marque de pluriel sur le nom : c’est 都 qui impose la lecture.

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