Le mandarin n’a ni imparfait, ni passé composé, ni plus-que-parfait. La difficulté n’est pas de comprendre ses marqueurs d’aspect un à un, mais de savoir lequel employer : 我去了中国 — wǒ qùle Zhōngguó — et 我去过中国 — wǒ qùguo Zhōngguó — se traduisent l’un et l’autre par « je suis allé en Chine ».
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Le verbe du mandarin ne change jamais de forme. Il n’a ni personne, ni nombre, ni temps, et cette absence de flexion est décrite à la page ce qui n’existe pas. Ce que le français inscrit dans la terminaison — avant, maintenant, après — le mandarin ne l’inscrit nulle part.
Il pose une autre question. Non pas « quand ? », mais « l’action est-elle menée à son terme ? », « la situation a-t-elle changé ? », « l’expérience a-t-elle été faite ? », « le procès avance-t-il ? ». C’est ce qu’on appelle l’aspect, et il se marque par une poignée de particules qui ne disent rien du moment.
Cette page n’explique le fonctionnement d’aucune de ces particules : chacune a la sienne, et vous ne trouverez ici que des phrases déjà résolues. Le détail est à 了 après le verbe, 了 en fin de phrase, 过 et l’expérience vécue et 着 et l’action en cours. Ce que cette page fait, et qu’aucune des quatre ne peut faire, c’est trancher entre elles.
C’est là que le francophone se perd. On lui présente 了 comme « la marque du passé », il le pose partout où le français mettrait un passé composé, et il se trompe une fois sur deux : tantôt il marque ce qui ne se marque pas, tantôt il choisit le mauvais marqueur.
Avant toute particule vient le mot de temps. C’est le moyen le plus fréquent, et le plus négligé. Une fois le repère posé, il vaut pour la suite du récit, et le verbe reste nu. Bien des phrases au passé ne contiennent aucun marqueur d’aspect.
| Mot | Pinyin | Sens |
|---|---|---|
| 昨天 | zuótiān | hier |
| 前天 | qiántiān | avant-hier |
| 刚才 | gāngcái | à l’instant |
| 上个星期 | shàng ge xīngqī | la semaine dernière |
| 上个月 | shàng ge yuè | le mois dernier |
| 去年 | qùnián | l’an dernier |
| 以前 | yǐqián | avant, autrefois |
| 那时候 | nàshíhou | à cette époque-là |
| 当时 | dāngshí | sur le moment |
| 小时候 | xiǎoshíhou | dans l’enfance |
| 后来 | hòulái | ensuite, par la suite |
Aucune de ces cinq phrases ne porte de marqueur d’aspect, et toutes sont au passé en français. Le mot de temps a suffi. Notez encore qu’il se place avant le verbe, jamais après : la règle de position relève de l’ordre des mots. Et ne confondez pas ces mots, qui situent, avec les quantités de temps qui mesurent : 两个小时 liǎng ge xiǎoshí, « deux heures », et 三次 sān cì, « trois fois », relèvent de durée et fréquence.
Quand un marqueur est nécessaire, une seule question décide : qu’est-ce que vous affirmez au juste ? Non pas à quel temps le français le dirait, mais ce que vous voulez faire savoir. Sept réponses possibles, sept outils.
| Ce que vous affirmez | L’outil | Exemple résolu |
|---|---|---|
| Un état, une habitude ancienne | aucun marqueur, un mot de temps | 我以前不喜欢咖啡 wǒ yǐqián bù xǐhuan kāfēi — « avant, je n’aimais pas le café » |
| L’action est menée à son terme | 了 collé au verbe | 我昨天买了两本书 wǒ zuótiān mǎile liǎng běn shū — « hier j’ai acheté deux livres » |
| La situation est nouvelle | 了 en fin d’énoncé | 外面下雨了 wàimiàn xià yǔ le — « il s’est mis à pleuvoir dehors » |
| L’expérience est à votre actif | 过 | 我去过中国 wǒ qùguo Zhōngguó — « je suis déjà allé en Chine » |
| Le procès avance en ce moment | 在, 正在 | 他在打电话 tā zài dǎ diànhuà — « il est en train de téléphoner » |
| Un état se maintient | 着 | 门开着 mén kāizhe — « la porte reste ouverte » |
| Le fait est acquis, le détail est en cause | 是…的 | 我是昨天来的 wǒ shì zuótiān lái de — « c’est hier que je suis arrivé » |
Lisez la première colonne en français, et rien d’autre. Dès qu’on raisonne à partir de la traduction, on se trompe, parce que le passé composé français couvre à lui seul quatre lignes du tableau. « Il a téléphoné », « il a déjà téléphoné », « il s’est mis à téléphoner » et « c’est hier qu’il a téléphoné » sont quatre phrases chinoises différentes.
La meilleure façon de fixer le tableau est de comparer deux phrases qui ne diffèrent que par le marqueur. Le français les traduit presque identiquement ; le mandarin dit deux choses distinctes.
Aucune de ces dix phrases n’est plus « au passé » que les autres. Elles se répartissent selon ce que le locuteur met en avant, et c’est pourquoi un tableau de conjugaison ne serait d’aucun secours : il n’y a rien à conjuguer.
Une action niée n’a pas été menée à son terme : il ne reste rien à marquer. Le 了 collé au verbe disparaît donc sous 没. Conserver les deux ensemble est la faute la plus répandue des débutants francophones, et elle s’entend aussitôt.
La règle vise le 了 du verbe, et lui seul. Un 了 placé en fin d’énoncé, qui signale une situation nouvelle, cohabite très bien avec 没 : 他好久没来了 Tā hǎojiǔ méi lái le [lui longtemps ne-pas venir marque], « cela fait longtemps qu’il n’est pas venu ». Le marqueur d’expérience, lui, se conserve intact : 我没吃过日本菜 Wǒ méi chīguo Rìběn cài, « je n’ai jamais mangé de cuisine japonaise ». Le partage entre 不 et 没 appartient en propre aux deux négations.
« Avant, j’habitais à Shanghai » décrit une situation, non un événement achevé. Rien n’est arrivé à son terme, rien n’a changé : le mandarin s’en tire avec un mot de temps et un verbe nu. Cette classe de verbes — ceux qui disent un état plutôt qu’un procès — est décrite à la page les classes de verbes.
Le discours rapporté ne déplace rien, puisque rien ne se déplace jamais. Le verbe de la subordonnée garde la forme qu’il aurait eue en discours direct, et c’est au français de reculer ses temps.
Toute une difficulté du français disparaît ici sans contrepartie. La forme interrogative employée dans le dernier exemple est traitée à la page poser une question.
Il reste un cas que les quatre particules ne couvrent pas, et qui revient sans cesse dans la conversation courante. L’événement est connu des deux interlocuteurs ; on ne discute plus qu’un de ses détails : quand, où, comment, avec qui, par qui. Le mandarin encadre alors ce détail entre 是 devant lui et 的 à la fin de la phrase.
Le 跟 du cinquième exemple et le 在 du sixième sont des coverbes, c’est-à-dire d’anciens verbes devenus introducteurs de complément ; ils sont réunis à la page les prépositions verbales.
À l’affirmative et à l’interrogative, 是 s’omet couramment à l’oral sans rien changer au sens : 你什么时候来的? Nǐ shénme shíhou lái de? Le 的 final, lui, ne s’omet jamais : c’est lui qui porte la construction.
没 est impossible, car il ne nie pas 是. Et nier 是…的 ne nie pas l’événement, seulement le détail : 我不是昨天来的 Wǒ bú shì zuótiān lái de, « ce n’est pas hier que je suis venu » — mais je suis bien venu.
Les deux ordres existent : 她是在北京学的中文 Tā shì zài Běijīng xué de Zhōngwén et 她是在北京学中文的 Tā shì zài Běijīng xué Zhōngwén de sont corrects, le premier étant plus courant à l’oral. C’est une des rares libertés de placement du mandarin.
La condition d’emploi tient en une ligne. 是…的 suppose un fait déjà acquis, connu de celui qui écoute. On ne l’emploie pas pour annoncer une nouvelle : à quelqu’un qui ignore votre arrivée, vous direz 我来了 Wǒ lái le, « me voilà ». C’est seulement une fois votre arrivée admise qu’on vous demandera 你是什么时候来的? Nǐ shì shénme shíhou lái de? et que vous répondrez 我是昨天来的 Wǒ shì zuótiān lái de.
Trois réflexes valent mieux qu’un tableau appris par cœur. Premier réflexe : demandez-vous d’abord si un mot de temps ne suffit pas, car c’est souvent le cas. Deuxième : ne partez jamais du temps français, partez de ce que vous affirmez. Troisième : sous 没, retirez le 了 du verbe.
Le reste s’apprend particule par particule, et chacune demande sa page. Le partage entre les deux positions de 了 — collé au verbe pour l’accomplissement, en fin d’énoncé pour la situation nouvelle — est le point le plus délicat du dossier. L’expérience vécue est traitée à 过 et l’expérience vécue, le procès en cours et l’état qui persiste à 着 et l’action en cours.
Le choix ne se décide pas, il s’entend. Comprendre que 我去过中国 Wǒ qùguo Zhōngguó dit autre chose que 我去了中国 Wǒ qùle Zhōngguó prend une minute ; produire le bon marqueur sans y penser, dans une phrase qui avance, demande des centaines d’occurrences entendues. C’est exactement le travail du cours de chinois, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le plan du dossier est à la page la grammaire complète, et les autres langues à la page toute la grammaire.
Choisissez l’outil que réclame chaque phrase : un mot de temps seul, un marqueur d’aspect, ou la construction 是…的. La traduction française indique ce qu’il faut affirmer. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Non, aucun. Ni imparfait, ni passé composé, ni plus-que-parfait : le verbe ne change jamais de forme. Le mandarin marque l’aspect — action menée à son terme, situation nouvelle, expérience vécue, procès en cours — et jamais le moment, qu’un simple mot de temps suffit à indiquer.
En partant de ce que vous affirmez, et non du temps que le français emploierait. Un état ou une habitude ancienne ne prennent aucun marqueur : 我以前不喜欢咖啡 Wǒ yǐqián bù xǐhuan kāfēi. Une action menée à son terme prend 了 collé au verbe, une expérience prend 过, une situation nouvelle prend 了 en fin d’énoncé.
Le français traduit les deux par « je suis allé en Chine ». 我去了中国 Wǒ qùle Zhōngguó rapporte un déplacement mené à son terme ; 我去过中国 Wǒ qùguo Zhōngguó dit que l’expérience est à votre actif, au moins une fois dans votre vie. Le second répond à « y es-tu déjà allé ? ».
Parce qu’une action niée n’a pas atteint son terme : il n’y a plus rien à marquer, et 了 tombe. On dit 我没去 Wǒ méi qù. La règle ne vise que le 了 collé au verbe ; un 了 en fin d’énoncé reste possible, comme dans 他好久没来了 Tā hǎojiǔ méi lái le, « cela fait longtemps qu’il n’est pas venu ».
À insister sur le quand, le où, le comment ou l’avec qui d’un fait déjà acquis. 你是什么时候来的? Nǐ shì shénme shíhou lái de? suppose que votre arrivée est connue et n’interroge que sa date. Pour annoncer le fait lui-même à quelqu’un qui l’ignore, on dit 我来了 Wǒ lái le.
Jamais. 他说他明天来 Tā shuō tā míngtiān lái se traduit par « il a dit qu’il viendrait demain », sans que le verbe chinois bouge d’un caractère. La concordance des temps est une difficulté du français qui n’a pas d’équivalent ici.
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