Le mandarin range d’ordinaire l’objet après le verbe. 把 le fait passer devant, et la phrase cesse de raconter une action pour dire ce que l’objet est devenu.
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L’ordre ordinaire du mandarin place le complément après le verbe, comme l’expose la page l’ordre des mots. La construction en 把 bǎ, au troisième ton, descendant-montant, rompt cet ordre : elle tire l’objet devant le verbe et le fait précéder d’une marque. Le schéma devient sujet + 把 + objet + verbe + complément.
Les deux phrases rapportent le même événement ; elles ne le regardent pas du même endroit. La première dit ce que le sujet a fait. La seconde dit ce qui est arrivé à la tasse de café. C’est pourquoi les grammaires chinoises nomment cette tournure la construction du traitement : on prend un objet déjà connu, on le pose devant, et le reste de la phrase dit ce qu’on en a fait, où il a fini, en quel état il se trouve.
把 était à l’origine un verbe qui signifiait « saisir, tenir en main ». Il en reste un coverbe : un verbe qui a perdu son autonomie et ne sert plus qu’à introduire un complément, là où le français emploierait une préposition. D’autres coverbes existent, décrits à la page les prépositions verbales ; celui-ci a la particularité de n’introduire rien d’autre que l’objet du verbe qui suit.
Deux mécanismes voisins sont écartés de cette page. Le déplacement d’un élément avant le sujet, sans marque et sans condition, relève de thème et commentaire ; la phrase qui dit ce que le sujet subit relève du passif en 被. Ici, l’objet reste à l’intérieur du prédicat, après le sujet, et le sujet reste celui qui agit.
Cette construction n’est pas une variante libre de la phrase ordinaire. On ne peut pas déplacer n’importe quel objet, ni derrière n’importe quel verbe. Trois conditions doivent être réunies, et c’est en oubliant l’une des trois qu’un francophone fabrique des phrases impossibles.
Celui qui écoute doit déjà savoir de quelle chose on parle. On ne traite pas un objet quelconque : on traite celui-là. Un objet nouveau, qu’on introduit dans la conversation, reste après le verbe.
Le mandarin n’ayant pas d’article, cette détermination se lit à la place des mots et aux démonstratifs ; le système entier est exposé à la page défini, indéfini, pluriel. Retenez seulement ceci : ce qui suit 把 est toujours connu.
C’est la condition la plus visible, et la plus mécanique. Le verbe doit être suivi ou accompagné de quelque chose qui dise le résultat, la direction, la destination, la durée ou la manière. Un verbe seul, après 把, produit une phrase qui reste en l’air et qu’un locuteur natif n’achèvera pas.
La raison se devine : puisque la phrase annonce un traitement, elle doit dire lequel. 我把门关 reviendrait à dire « la porte, moi, fermer » sans jamais livrer ce qu’il en est advenu.
Il faut enfin que le verbe fasse réellement quelque chose à cette chose. Les verbes qui se contentent de constater, de percevoir ou de ressentir refusent la construction : rien n’est déplacé, transformé ni consommé. 是, 有, 在, 知道 zhīdào, 喜欢 xǐhuan, 认识 rènshi, 看见 kànjiàn, 觉得 juéde n’apparaissent jamais après 把. Les verbes de déplacement intransitifs non plus : 来, 去 n’ont pas d’objet à traiter.
La deuxième condition ouvre une liste fermée. Voici tout ce qui satisfait l’exigence, du plus léger au plus lourd. Un seul de ces éléments suffit.
| Ce qui suit le verbe | Exemple |
|---|---|
| 了 | 他把汤喝了。 Tā bǎ tāng hēle. — « il a bu la soupe » |
| un résultatif | 我把作业做完了。 Wǒ bǎ zuòyè zuòwán le. — « j’ai fini mes devoirs » |
| un directionnel | 他把书拿出来了。 Tā bǎ shū ná chūlai le. — « il a sorti le livre » |
| 在 + lieu | 我把书放在桌子上。 Wǒ bǎ shū fàng zài zhuōzi shang. — « j’ai posé le livre sur la table » |
| 到 + lieu | 请把桌子搬到那边。 Qǐng bǎ zhuōzi bān dào nàbiān. — « déplace la table là-bas » |
| 成 + résultat | 请把这句话翻译成法语。 Qǐng bǎ zhè jù huà fānyì chéng Fǎyǔ. — « traduis cette phrase en français » |
| le verbe redoublé, ou 一下 | 你把房间打扫打扫。 Nǐ bǎ fángjiān dǎsǎo dǎsǎo. — « range un peu la chambre » |
| 得 + évaluation | 他把房间收拾得很干净。 Tā bǎ fángjiān shōushi de hěn gānjìng. — « il a rangé la chambre impeccablement » |
Deux lignes du tableau renvoient à des pages entières : l’aboutissement d’une action est traité par le complément de résultat, l’orientation dans l’espace par le complément directionnel. La particule de l’accompli, elle, garde sa place habituelle contre le verbe, ce que détaille la page 了 après le verbe.
Jusqu’ici, la construction ressemble à un choix de présentation. Il existe un cas où elle s’impose : quand le verbe est suivi d’un complément introduit par 在, 到 ou 成, l’objet ne peut plus rester derrière le verbe. La place est déjà prise. Il faut donc le faire passer devant, et 把 est le seul outil disponible.
Un second terrain la rend presque inévitable : l’ordre et la demande. Quand on dit à quelqu’un de faire quelque chose d’un objet présent, le mandarin passe par 把 avec une régularité frappante. C’est, dans la vie courante, la phrase en 把 que vous entendrez le plus souvent.
Notez au passage que le résultat n’a pas à être voulu. On emploie tout aussi bien la construction pour des accidents : ce qui compte est que l’objet ait changé d’état, non que quelqu’un l’ait décidé.
La règle est unique et sans exception : tout ce qui porte sur la phrase entière passe devant 把, jamais entre la marque et le verbe. Négation, adverbe, auxiliaire modal, tous s’installent avant. Le groupe 把 + objet forme un bloc que rien ne vient couper.
La négation. Elle précède la marque en entier. Le partage entre les deux négations du mandarin et leur place exacte relèvent de la page les deux négations ; retenez ici que rien ne se glisse après 把.
L’auxiliaire modal. Même position, pour la même raison : il porte sur tout ce qui suit. Ces auxiliaires sont décrits à la page pouvoir, vouloir, devoir.
L’adverbe et le circonstant. Le moment, la fréquence, l’adverbe de phrase se placent avant le sujet ou entre le sujet et 把, jamais plus loin.
Le mandarin peut aussi poser un élément tout en tête de phrase, avant le sujet. Ce thème ne porte aucune marque et n’impose aucune condition au verbe ; il annonce simplement ce dont on va parler. La construction en 把, elle, reste à l’intérieur du prédicat, après le sujet, et paie son déplacement d’une marque et de trois contraintes. La page thème et commentaire décrit ce premier procédé.
Les deux constructions parlent du même événement et exigent toutes deux un verbe qui ne reste pas nu. Elles diffèrent par le point de vue : 把 regarde ce que le sujet fait à l’objet, 被 bèi ce que le sujet subit. Le passif en 被 traite cette seconde tournure, ainsi que les phrases qui expriment le passif sans aucune marque.
Le même caractère sert de classificateur aux objets qu’on prend en main — souvenir direct de son sens ancien. Il n’a alors rien à voir avec la construction décrite ici : il se place entre un nombre et un nom, comme l’explique la page quel classificateur choisir.
Laisser le verbe nu. C’est la plus fréquente, parce que le français s’arrête au verbe : « j’ai fermé la porte » n’ajoute rien après « fermé ». Le mandarin, lui, attend la suite : 我把门关上了, et non 我把门关.
Traiter un objet inconnu. Une chose qu’on introduit pour la première fois ne se place pas après 把. On dit 我买了一件衣服 Wǒ mǎile yí jiàn yīfu, « j’ai acheté un vêtement », et non 我把一件衣服买了.
Glisser la négation à l’intérieur. La forme attendue est 我没把作业做完, jamais 我把作业没做完.
Employer la construction avec un verbe qui ne traite rien. Un sentiment, une connaissance, une perception ne transforment pas leur objet, et refusent donc 把.
Aucune de ces quatre fautes ne vient d’une règle mal comprise : elles viennent toutes du réflexe français, qui pousse à traduire mot à mot. Le remède n’est pas de relire la règle mais d’entendre la tournure assez souvent pour qu’elle devienne la manière normale de dire « ferme la porte » ou « range ta chambre ». C’est le travail que fait le cours de chinois de LIMBA, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le dossier complet est accessible depuis la grammaire complète, et les autres langues depuis nos dossiers de grammaire.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. On travaille ici la marque, la place de l’objet et l’obligation de compléter le verbe. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, plus exigeant. On y travaille la place de la négation, des adverbes et des auxiliaires, les verbes qui refusent la construction, et la différence avec le thème et le passif. Touchez une réponse, puis Correction.
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À dire ce qu’on fait d’un objet déjà connu. L’objet passe devant le verbe, précédé de la marque, et la phrase annonce le traitement qu’il a subi : 我把门关上了 Wǒ bǎ mén guānshàng le, « j’ai fermé la porte ». La phrase ordinaire dirait ce que le sujet a fait ; celle-ci dit ce que l’objet est devenu.
Trois. L’objet doit être déterminé, connu de celui qui écoute. Le verbe doit être suivi d’un complément — une particule, un résultatif, un directionnel, un lieu, un redoublement. Et le verbe doit agir réellement sur l’objet : 是, 有, 知道, 喜欢 sont exclus.
Parce que le verbe reste nu. La construction annonce un traitement : elle doit dire lequel. Il faut au minimum une particule ou un résultatif — 我把门关上了 Wǒ bǎ mén guānshàng le, ou 我把门关了 Wǒ bǎ mén guānle.
Devant la marque, jamais à l’intérieur : 我没把作业做完 Wǒ méi bǎ zuòyè zuòwán, « je n’ai pas fini mes devoirs ». Il en va de même de l’auxiliaire modal et de l’adverbe. La page des deux négations expose le partage entre les deux mots de négation du mandarin.
Cette phrase pose un thème avant le sujet, sans marque et sans condition sur le verbe. La construction en 把 reste après le sujet, porte une marque et impose ses trois conditions. Les deux déplacent un élément vers la gauche, mais pas au même endroit ni au même prix.
Oui. Quand le verbe est suivi d’un complément introduit par 在, 到 ou 成, la place derrière le verbe est prise et l’objet doit passer devant : 我把书放在桌子上 Wǒ bǎ shū fàng zài zhuōzi shang. Les ordres et les demandes l’emploient aussi presque systématiquement.
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